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Intérêts communs en collision

FAE
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Parents et enseignants ont à cœur le bien-être et la réussite des enfants, mais il semble qu’une opération bien légitime, pour mieux cerner la composition des groupes de la part des syndicats d’enseignants, heurte à un point tel les parents que ceux-ci la dénoncent et espèrent un recours juridique de la part des commissions scolaires. C’est tout un contraste avec les chaines humaines autour des écoles, observées lors des dernières négociations, alors que les parents soutenaient les revendications axées sur les services aux élèves.

En bref, les enseignants, membres de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), sont invités à compléter un formulaire qui permettra d’établir le nombre d’élèves nécessitant des besoins particuliers et le nombre d’élèves réguliers dans chacune des classes. Les syndicats de la FAE veulent faire la démonstration du trop grand nombre d’élèves en difficulté qui sont intégrés dans les classes régulières et s’en servir pour revendiquer l’ouverture de classes spéciales. Les parents considèrent qu’une telle opération stigmatise les enfants ayant des problèmes d’apprentissage et espèrent un parcours scolaire le plus près de la normale pour leurs enfants en comptant sur la commission scolaire pour faire barrage au syndicat. Les commissions scolaires somment leurs enseignants de ne pas remplir ces formulaires et envisagent un recours aux injonctions pour s’assurer du respect de la directive.

Il est de la responsabilité des syndicats de faire respecter la convention collective et l’opération menée est en concordance avec cette responsabilité, car le contrat de travail comprend une multitude de dispositions sur les règles de formation de groupe et la dispensation de services aux élèves ayant des besoins particuliers. En corollaire à cette obligation, les syndicats naviguent avec la détresse quasi quotidienne de leurs membres qui déplorent la lourdeur des groupes, qui croulent sous la tâche et se désespèrent de ne pas pouvoir répondre aux besoins de tous leurs élèves.

D’autre part, il est de la responsabilité des comités de parents de bien représenter les usagers et de refléter leurs attentes. Nous ne pouvons nous surprendre qu’ils soient particulièrement préoccupés par le respect de la dignité des enfants et qu’ils favorisent leur épanouissement dans les conditions les plus naturelles possibles. Cela les rend d’autant plus sensibles à la stigmatisation que pourrait entrainer la circulation de renseignements nominatifs ou au problème d’estime de soi que pourrait engendrer le refoulement d’un enfant dans une classe spéciale.

Pour leur part, les commissions scolaires ont l’obligation en vertu des articles 234 et 235 de la loi sur l’instruction publique, d’adopter une politique relative à l’organisation des services éducatifs aux élèves [HDAA] qui assure l’intégration harmonieuse dans une classe lorsque l’évaluation des capacités et des besoins de ces élèves démontre que cette intégration est de nature à faciliter ses apprentissages et son insertion sociale et qu’elle ne constitue pas une contrainte excessive ou ne porte pas atteinte de façon importante aux droits des autres élèves.  Elle semble exercer à première vue leurs prérogatives dans le respect de la loi en tendant le plus possible vers l’intégration des élèves, mais les évaluations font souvent défaut.

Nous nous retrouvons devant une situation où un dialogue constructif entre les syndicats et les comités de parents aurait été beaucoup plus profitable, tant pour le bien-être des enfants que pour l’exercice professionnel des enseignants. Malheureusement, nous assistons à l’effet contraire avec les forces des parents et des enseignants qui se neutralisent, faute d’avoir développé une perspective commune. En parallèle, le ministre doit se bidonner en les voyant se prendre au collet pendant qu’il n’offre pas les services nécessaires et fait tout reposer sur le dos du personnel enseignant. Bien à l’abri dans son bunker, il se garde frais pour bien soigner les apparences et se donner des airs d’homme d’action.

À défaut de pouvoir se rejoindre entre parents et enseignants, il ne pourra y avoir que des perdants, car un discours axé sur l’exclusion d’élèves des classes régulières, sans plus de nuances, n’ira pas loin, car on ne peut discriminer sur la base d’un handicap, et le statu quo continuera de rendre malade une foule d’enseignants et d’autres intervenants scolaires. Toutefois, sans vouloir souffler les réponses en attendant que le monde se parle, j’ai la conviction que l’école se porterait mieux avec des groupes plus hétérogènes et si on en finissait avec les programmes particuliers pour les plus talentueux. En y ajoutant les ressources professionnelles et le soutien technique nécessaire, le personnel enseignant se retrouverait avec des groupes plus fonctionnels où chaque enfant aurait l’opportunité de grandir dans le respect de sa singularité.