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Le Guide du parfait harceleur

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Comme ça, vous voulez devenir un harceleur, comme votre mononcle et votre premier patron ?

Parfait !

Vous participerez ainsi à maintenir en vie de vieilles traditions folkloriques, comme conduire saoul, une bière entre les cuisses ; fumer dans une auto en présence d’enfants ; ou se lever de table après un gros souper et laisser bobonne ramasser les assiettes sales et faire la vaisselle.

Faut ce qu’il faut pour sauver le patrimoine...

Droit de cuissage

Mais on ne s’improvise pas harceleur du jour au lendemain.

Il y a des règles à suivre.

Premièrement : devenez patron.

Personne n’accepte les agressions commises par un simple employé.

Un plombier qui harcèle est un pervers. Un patron qui harcèle est un esprit libre qui n’obéit pas aux règles et se fout de la rectitude politique.

Pour harceler en toute impunité pendant des années, vous devez être en position d’autorité.

Comme ça, personne ne va vous reprocher quoi que ce soit.

Mieux : on va rire quand vous allez pogner les fesses de la secrétaire ou embrasser de force la réceptionniste !

On va dire : « Ah, ce Marcel, quel numéro ! »

Deuxièmement : n’approchez pas vos proies en cachette, comme si vous aviez honte de ce que vous faites.

Rappelez-vous : vous n’êtes pas un délinquant dangereux qui viole la loi, mais un personnage truculent, un drôle de pistolet !

Ce n’est pas vous qui avez un problème : ce sont les autres, qui sont coincés, pognés !

Plus il y aura de gens présents lorsque vous vous montrerez la bizoune, mieux ça passera !

Les gens vont même rire pour cacher leur malaise et détendre l’atmosphère !

Méchant Playboy !

Des rumeurs circulent à votre sujet ?

Au lieu d’essayer de les faire taire, utilisez-les à votre avantage.

Oui, vous êtes un homme à femmes ! Et alors ? Où est le problème ? Est-ce votre faute si les femmes sont attirées par les hommes de pouvoir ? Est-ce votre faute si les hommes puissants ont tous une forte libido ?

Vous êtes un jouisseur ! Un playboy ! Un Casanova ! Un bon vivant ! Un fêtard ! Un épicurien !

Portez des vestons de velours comme Rozon, exhibez votre bedaine comme Weinstein ou Aubut, faites le fou comme Salvail !

Autre conseil : essayez de faire partie de « la gang ». C’est votre meilleure assurance.

Un harceleur qui fait partie de « la gang » ne sera jamais jugé aussi sévèrement qu’un harceleur qui n’en fait pas partie.

Cultivez vos contacts, flattez les bonnes personnes dans le sens du poil.

Agenouillez-vous devant les évêques de l’Église unie du Plateau.

Pardon !

Maintenant, si jamais vous êtes dénoncé par des puritains qui n’ont pas le sens de l’humour...

Ne perdez pas une seconde et demandez à un expert en gestion de crise d’écrire (en votre nom) une longue lettre dans laquelle vous demandez pardon, et annoncez à la foule en délire que vous mettez votre carrière en pause pour aller suivre une thérapie.

Les gens adorent les malades !

C’est votre seule chance de vous en sortir...

Bienvenue dans le club des gros cochons, nous vous souhaitons une longue et fructueuse carrière !