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Miguel Bonnefoy – Sucre noir: chasse au trésor parfumée au rhum

Miguel Bonnefoy
Photo Renaud Monfourny

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L’écrivain français Miguel Bonnefoy, véritable prodige littéraire qui s’inspire à la fois des cultures française et sud-américaine, invite les lecteurs à le suivre dans une formidable chasse au trésor parfumée au rhum et teintée de réalisme magique dans son nouvel opus, Sucre noir.

Ce roman – grand coup de cœur de la rentrée littéraire et figurant dans la première sélection du prix Fémina – raconte avec une plume colorée, riche, palpitante, la vie de la famille Otero, des planteurs de canne à sucre d’un petit village continental qu’on imagine près de la mer des Caraïbes.

Grâce à l’imaginaire foisonnant de Miguel, les chercheurs d’or se succèdent à la recherche d’un trésor laissé dans les parages par le pirate Henry Morgan après le naufrage de son navire.

Chasse au trésor, quête d’amour, parfums tropicaux et notes de rhum, sensualité à fleur de peau, tout est distillé à la perfection dans ce roman où la magie flotte au-dessus de chaque page.

Parfum des mots et du rhum

Miguel Bonnefoy a eu envie d’écrire sur le rhum à la suite d’une soirée où il lisait des pages de son premier roman, Le voyage d’Octavio, alors qu’un maître rhumier assemblait et buvait des verres de rhum, « en essayant de voir s’il y avait des passerelles entre le parfum des mots et celui du rhum », dit-il, en entrevue. « J’ai été surpris de voir qu’il utilisait un champ lexical qui était beaucoup plus proche de la poésie que de l’alcool. »

Inspiré, Miguel est parti pour le Venezuela, dans une ferme-distillerie où il a pu rencontrer un maître rhumier qui lui a montré comment se transformait le rhum, depuis la canne à sucre jusqu’au service d’un petit verre de rhum avec un glaçon et un trait de citron vert.

« Je voyais qu’il y avait là un roman possible. J’ai pris énormément de notes dans un Moleskine et je suis parti à la villa Yourcenar. Je me suis enfermé là et pendant deux ou trois mois, j’ai pu passer au propre tout ce que j’avais noté pour créer une structure narrative, reprendre les personnages, donner un déroulé de l’action, travailler mes scènes et utiliser l’argile de ce que j’avais vu au Venezuela pour pouvoir la mettre dans le roman. »

Magie

En se documentant sur l’histoire de la flibuste et la piraterie, il est tombé sur la figure incontournable de Henry Morgan... « Je me suis dit: “comme il serait beau de pouvoir écrire l’histoire d’un naufrage... et de le relier avec l’univers de la faune et de la flore, c’est-à-dire de la forêt !” Je me suis dit que ce serait beau d’ouvrir le livre par un chapitre en remplaçant les poissons par les oiseaux, les écumes par les feuillages, les vagues par les troncs d’arbre et faire un travail de croisement dans lequel on a d’un côté un naufrage classique maritime et, d’un autre côté, l’imaginaire de la forêt. »

Le personnage d’Éva Fuego, né du feu et qui meurt par le feu, lui fait penser à cette phrase de Baudelaire, « User du glaive et périr par le glaive ». « J’aime bien ce personnage parce qu’il permet de montrer à quel point la femme n’a pas besoin d’être, dans les romans, forcément belle ou devoir se marier. Au contraire, elle peut être digne, souveraine, puissante, forte, robuste. »

Tout son roman est teinté de magie. Y croit-il ? « Je fais partie de ces hommes superstitieux qui pensent qu’on n’est pas seuls, et que les forces invisibles peuvent pénétrer à l’intérieur du monde... et avoir un mouvement silencieux et secret. »

  • Miguel Bonnefoy est l’auteur du roman Le voyage d’Octavio, qui a remporté de nombreux prix et a été traduit en plusieurs langues.
  • Sucre noir fait partie de la première sélection du prix Fémina.
  • Il aimerait beaucoup participer à un événement littéraire au Québec.

EXTRAIT

 

« Le jour se leva sur un navire naufragé, planté sur la cime des arbres, au milieu d’une forêt. C’était un trois-mâts de dix-huit canons, à voiles carrées, dont la poupe s’était enfoncée dans un manguier à plusieurs mètres de hauteur. À tribord, des fruits pendaient entre les cordages. À bâbord, d’épaisses broussailles recouvraient la coque.

Tout était sec, si bien qu’il ne restait de la mer qu’un peu de sel entre les planches. Il n’y avait pas de vagues, pas de marées. D’aussi loin que s’étendait le regard, on ne voyait que des collines. Parfois, une brise passait, chargée d’un parfum d’amandes sèches, et l’on sentait craquer tout le corps du navire, depuis la hune jusqu’à la cale, comme un vieux trésor qu’on enterre. »

— Miguel Bonnefoy, Sucre noir