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Que le prochain Alex Harvey se lève!

Le Centre national Pierre Harvey se prépare déjà pour la retraite de son ambassadeur

Que le prochain Alex Harvey se lève!
Photo Jean-François Desgagnés

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«Il faut qu'il y en ait un prochain qui se lève pour permettre d'avoir un niveau plus élevé à l'entraînement. On obtient une progression grâce à la compétition, mais aussi par la compétition à l'interne qu'on crée à l'entraînement.»

Quand Alex Harvey espère l'émergence d'un «prochain», il fait allusion au prochain...Alex Harvey. Sa retraite qu'il envisage au printemps 2019 ne meublait pas les conversations à la soirée-bénéfice du Centre national d'entraînement Pierre Harvey (CNEPH), mercredi dans un restaurant de Québec, mais la relève qui lui suivra pourrait devenir un sujet grandissant avant longtemps.

Retour à la base

L'activité de financement qui a permis d'amasser plus de 14 000$ sert à assurer une santé financière de cette antichambre de l'équipe canadienne, dont la mission en est une de développement du talent. D'un angle sportif, le CNEPH devra cependant réfléchir à ses lendemains lorsque celui qui aura été son plus grand ambassadeur mettra un terme à sa carrière.

«On se l'est dit: ça nous prend plus d'Alex Harvey. Pour ça, il faut aller les trouver. On a décidé de poser des gestes en ce sens et on va collaborer avec les clubs de la province et avec la fédération (Ski de fond Québec). On veut devenir davantage un joueur d'équipe avec la base de notre sport», donne à entendre André Lepage, le nouveau président du CNEPH à la première année de son mandat.

L'importance des «claques au visage»

Un groupe de 16 athlètes forment le centre d'entraînement cette saison. Dans le but de mieux encaisser le ressac après le départ d'Harvey, le CNEPH prendra des actions dès cet hiver pour mieux détecter le talent. Les trois entraîneurs du centre - Louis Bouchard, Charles Castonguay et François Pépin - se rapprocheront des clubs en s'impliquant notamment au moyen de cliniques.

Une quantité et une qualité accrues de skieurs dans le groupe justifieront la participation à plus de compétitions. Par expérience, ce n'est pas Alex Harvey qui s'objectera à une multiplication des courses pour la lignée suivante.

«La meilleure façon de progresser, c'est d'avoir de bonnes claques au visage. Quand tu recommences à t'entraîner au mois de mai, tu te rappelles de cette claque que tu as reçue la saison précédente. Moi, ça m'arrivait quand je participais à des courses du circuit Nor-Am où je finissais 40e. À mes premiers championnats mondiaux juniors aussi. Avec ça, ça t'amène ensuite à vouloir devenir meilleur à chaque entraînement que tu fais», illustre le champion mondial en titre du 50 km.

Aucun regret

Harvey entame sa 13e saison comme membre du centre qui porte le nom de son père. Son refus de s'expatrier à Canmore à la demande de l'équipe nationale, à l'approche des Jeux de Vancouver, s'était transformé en débat politique à la grandeur du pays. Il n'a jamais regretté sa décision. Le salut qu'il est venu adresser hier témoigne de son attachement.

«Entre 2008 et 2012, il y a même des gars de l'ouest qui ont voulu s'entraîner ici en raison de l'expertise et du support professionnel et médical qu'on reçoit. C'est aussi bon sinon mieux que ce qui se fait dans l'ouest. C'est beaucoup plus qu'un centre de développement.»

Une influence indéniable

Même épuisantes, les séances de ski à roulettes au pied du mont Ste-Anne deviennent agréables pour les jeunes athlètes qui s'époumonent aux côtés d'Alex Harvey.

«On a passé l'étape d'être impressionné. On est plus rendu à celle de le voir maintenant comme un modèle pour nous. Beau temps, mauvais temps, Alex nous démontre ce que signifie d'être dévoué à son sport», affirme Antoine Cyr, originaire de Gatineau, qu'on voit aux championnats mondiaux juniors même s'il entame sa première saison au Centre national Pierre Harvey.

À l'approche de ses troisièmes Jeux olympiques, le champion mondial devrait attirer plus que jamais l'intérêt de la génération montante du ski de fond pour laquelle il sert de modèle.

«Je sens encore plus mon influence parce que ma carrière est devenue plus accessible grâce aux réseaux sociaux. Je le vois aussi auprès des plus jeunes du centre d'entraînement qui ont 17 et 18 ans. Nous avons une dizaine d'années de différence et c'est un écart d'âge assez grand pour que je puisse agir comme mentor auprès d'eux. Je peux jouer ce rôle beaucoup plus que lorsque j'avais 25 ans, quand j'avais l'âge pour me comporter seulement comme un coéquipier», explique Harvey, qui quittera le 9 novembre en prévision du début de saison en Finlande, deux semaines plus tard.

Non comme d’entraîneur

De toute évidence, les skieurs en herbe du centre ne pourront jamais compter sur lui s'il espèrent le côtoyer un jour comme entraîneur après sa carrière.

«Honnêtement, je n'ai jamais vraiment pensé «coacher». Un champion du monde ne fera pas nécessairement un meilleur entraîneur parce qu'il faut savoir distinguer le parcours personnel et le parcours de l'athlète que tu es en train de diriger. Des gens comme Louis (Bouchard), par exemple, qui ont une expérience différente et qui en ont bavé un peu plus font les meilleurs entraîneurs», dit-il.

«Aussi, je dois dire que je manque de patience un peu!»