/opinion/blogs/columnists
Navigation

L’intégration à la mode libérale: les exclus ne sont pas toujours ceux qu’on pense

Période des questions
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

«Ce que je dis aux parents du Québec, c’est qu’on n’abandonne personne; la réussite, c’est pour tout le monde. On met des ressources de l’avant et on veut une mixité.» 

– Sébastien Proulx

 
Ainsi, au nom de la mixité, le ministre de l’Éducation veut intégrer davantage d’élèves dans les classes ordinaires. 
 
C’est, selon lui, ce à quoi l’encourage le dernier avis du Conseil supérieur de l’Éducation (CSE). Un organisme qu’il choisit d’écouter, de toute évidence, quand et comme il lui convient*. 
 
Selon cet avis, la limite est atteinte. L’ampleur et la complexité de l’intégration des élèves aux besoins particuliers** sont telles qu’il faut maintenant revoir les approches globalement, et non plus individuellement. La classe ordinaire n’est plus homogène, mais constituée d’une multitude de besoins différents pour lesquels les services devraient être a priori disponibles, de sorte que les élèves en difficulté ne seront plus isolés ou stigmatisés.
 
De mon point de vue, ce constat inquiète, mais aux oreilles du ministre, «sky semble être the limit». C'est le forfait de groupe qu'il attendait. Il suffit de revoir la gestion et promettre des ressources. 
 
Les priorités libérales en éducation
 
Ces fameuses ressources. Aussi populaires que le monstre du Loch Ness. Comment ont-elles été priorisées ces 15 dernières années?
 
Pour les résumer grossièrement en une phrase: les ambitions libérales en éducation furent de tenter d’intégrer à moindres coûts des élèves en difficultés dans des classes ordinaires, alors même qu’on tenait à implanter des cours d’anglais intensif, et ce dans les remous d’une réforme mort-vivante, au sein d’écoles qu’on se contentait de rénover avec des tableaux blancs. 
 
Respiration.
 
L’augmentation du nombre d’élèves était prévue depuis plus de dix ans, pourtant des écoles tombent aujourd'hui en ruine et les nouvelles peinent à sortir de terre. Fallait-il, comme cela semble être le cas, que les grands gourous du Conseil du Trésor misent sur les établissements privés pour absorber le plus possible cette hausse de clientèle?
 
Fallait-il, pour des motifs purement économiques, prioriser à ce point l’implantation au primaire de l’anglais intensif, sans tenir comptes des possibles dommages collatéraux sur les élèves plus faibles?
 
Fallait-il aussi brutalement imposer le cours d’éducation financière, comme celui à la sexualité, sans même questionner la place qu’accaparent les programmes particuliers*** ?
 
La mixité selon Sébastien Proulx
 
Quelle crédibilité pouvons-nous donc accorder aux paroles de politiciens qui, de prime abord, n’ont pas voulu envoyer leurs enfants dans cette école publique dont ils ont pourtant la responsabilité? L’Assemblée nationale en est pleine. 
 
M. Proulx le premier, malgré ses beaux discours, ne pourra jamais rassurer tous ceux qui, concernés et inquiets, l’entendent dire qu’il compte intensifier cette intégration. 
Beaucoup tenteront d’éviter cette réalité. C’est prévisible.
 
Car cette réalité, n’en déplaise à certains cravatés de l’éducation, c’est que pour chaque élève intégré d’un côté, c’est un autre qui s’en va par l’autre porte. 
 
C’est qu’après 15 ans de règne libéral, le réseau public intègre si bien que ceux qui peuvent s’en exclure tentent de le faire, vers le privé ou vers ces programmes particuliers que les écoles n’ont pas le choix de proposer afin de garder et d’attirer les élèves performants. 
 
Est-ce donc au nom de la mixité que le ministre refuse de revoir le financement des écoles privées? D’encadrer concrètement les programmes particuliers et la compétition entre les écoles? Qu’est-ce que l’intégration et la mixité dans un système où l’on valorise ouvertement un tel double-écrémage? 
 
«Je crois à cet équilibre-là, à ce choix-là pour les parents.» répond-il, impassible.
De toute évidence, la mixité qu’il prône est pour les autres****.
 
Entendez-vous le paradoxe? La contradiction? Distinguez-vous ce qui sort de chaque côté de cette bouche? 
 
C’est tout le savoir-faire libéral en éducation : intégrer d’un côté, exclure de l’autre.
 
Pour une meilleure mixité.

* Sur l’implantation du cours d’éducation financière, l’iniquité découlant de la concurrence,  et plusieurs autres recommandations trop idéalistes.

**  Élèves handicapés, en difficulté d’apprentissage, issus des milieux défavorisés ou de l’immigration.
 
*** Ces programmes, généralement, exigent des élèves qu’ils soient assez bons pour réussir leurs cours de base en moins de périodes.
 
**** Le ministre, ainsi que ses enfants, seront passés par l’école privée.