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[VIDÉO] Affaire Guy Ouellette: Jour historique à l’Assemblée nationale

Le président Jacques Chagnon demande à ce que «des accusations soient portées ou des excuses soient faites»

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Dans un moment historique, les élus de l’Assemblée nationale se sont rangés derrière le président Jacques Chagnon, qui a dénoncé le traitement réservé à Guy Ouellette, contre qui aucune accusation n’a été portée une semaine après son arrestation.

« Un député a perdu une charge importante et sa réputation a été entachée. [...] Que des accusations soient portées ou que des excuses publiques soient faites, qu'on accuse ou qu'on s'excuse », a lancé M. Chagnon mardi au Parlement.

À la suite de sa déclaration fracassante, les élus de tous les partis se sont levés en bloc et l’ont longuement applaudi dans un inhabituel geste d’unité.

Il est très rare que le président de l’Assemblée nationale se prononce sur des événements d’actualité. Il est encore plus exceptionnel que le président de la branche législative de l’État se retrouve en choc frontal avec un autre pouvoir : celui de la police, qui relève de l’exécutif.

Plus tôt, le premier ministre Philippe Couillard avait demandé à l’UPAC de fournir « le plus de précisions possible » sur les motifs de l’arrestation de Guy Ouellette.

Dérive totalitaire

Dans son discours, M. Chagnon indique qu’il craint les risques « de dérive totalitaire » si les corps policiers ne sont plus redevables au Parlement. Il est allé jusqu’à dire qu’il n’y a qu’une seule victime pour le moment : le député Ouellette, arrêté mercredi dernier, mais qui n’est accusé de rien (voir texte en page 2).

La question qu’il soulève est grave puisque M. Ouellette, avant d’être arrêté, était président de la commission des institutions, dont le rôle est de superviser les corps policiers.

« S’ils ont pris la décision d’appâter un parlementaire, le président de la commission, qui était justement en train d’étudier leur situation, ça soulève des questions assez intéressantes et importantes en termes d’éthique et de fonctionnement pour l’organisation policière », a-t-il indiqué en fin de journée.

C’est aussi la notion de privilège des députés qu’il compte défendre devant les tribunaux pour empêcher l’UPAC d’utiliser le contenu du téléphone et de l’ordinateur de M. Ouellette, saisis par les policiers.

Rien appris

Quant au point de presse de l’UPAC (voir autre texte en page 5 ), Jacques Chagnon y accorde peu d’importance.

«Avez-vous appris quelque chose ? Moi je n'ai rien appris. » Il qualifie de « malsain » l’absence de volonté du commissaire Robert Lafrenière de se presser pour déposer des accusations ou blanchir M. Ouellette.

« Ça ne peut pas durer longtemps. Je suggère à l’UPAC de sortir ses accusations s’ils ont des choses à dire. Je ne parlerai pas en termes d’heure, mais ça ne peut pas être long », a-t-il indiqué.

Il doute même de la parole des dirigeants de l’UPAC, qui affirment avoir eu toutes les autorisations d’un juge de la Cour du Québec pour procéder à cette opération.

« Je ne suis pas certain de ça », a-t-il laissé tomber.

Ce qu'ils ont dit

« En 10 ans de vie parlementaire, c’est la première fois que j’entends un discours aussi fort, aussi clair, aussi net, aussi puissant de la part d’un président de l’Assemblée nationale. Je n’ai pas senti que ça avait été assimilé dans le discours de l’UPAC. [...] Je sens que l’orgueil de l’UPAC est touché. »

- Pascal Bérubé, leader parlementaire du Parti québécois

« Nous avons été agréablement surpris par un président de l’Assemblée nationale qui a su être à la hauteur de la situation. [...] On a vécu un moment historique. [...] L’UPAC ne peut pas entretenir le doute sur Guy Ouellette. »

- Amir Khadir, député solidaire de Mercier

« Maintenant, on a deux versions. On a celle de l’UPAC, on a celle de Guy Ouellette. Il y a plein de zones grises. [...] Les parlementaires doivent aller au bout de cette histoire et rassurer la population. »

- François Bonnardel, leader parlementaire de la Coalition avenir Québec