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La loi 62 sera contestée en Cour supérieure

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Photo Dominique Scali Warda Naili, ou Marie-Michelle Lacoste de son nom légal, porte le niqab depuis six ans. « Tout ce que je veux, c’est vivre en paix et selon mes convictions », a-t-elle dit.

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Une musulmane qui était «terrorisée» d’aller voter dimanche a déposé conjointement avec d’autres citoyens une action en justice hier pour contester la loi 62 sur la neutralité religieuse.

«Il n’y a qu’une seule place pour cette loi-là: à la poubelle», a déclaré Warda Naili au Journal de Montréal hier. Convertie à l’islam en 2003, elle porte le niqab depuis six ans.

Elle fait partie des deux femmes portant le niqab qui sont nommées dans le document déposé en Cour supérieure.

Mme Naili, qui avoue avoir voté pour le Parti libéral aux dernières élections, raconte vivre dans la peur depuis que le débat sur la loi 62 fait rage.

Elle n’a pas eu recours à des services publics depuis que la loi est entrée en vigueur il y a trois semaines, sauf lorsqu’elle est allée voter dimanche. «J’étais terrorisée.» Elle ignorait si elle aurait à rester découverte tout le long de l’exercice. Elle n’a finalement eu qu’à se découvrir brièvement pour s’identifier, ce qu’elle est habituée à faire.

«Cette loi envoie le message à tous ceux qui sont intolérants qu’ils ont raison de nous harceler», craint-elle.

«Abandonnée»

«Mon gouvernement m’a abandonné», a dit Mme Naili, qui a raconté en conférence de presse avoir voté pour le Parti libéral aux dernières élections. «Il n’y a aucune hostilité de ma part envers le gouvernement ni envers mes concitoyens [...] Tout ce que je veux, c’est vivre en paix et selon mes convictions».

L’autre femme nommée dans le document, Fatima Ahmad, est une étudiante de McGill qui souhaite devenir enseignante au primaire. La nouvelle loi l’empêcherait de travailler au Québec, même si elle avait le visage découvert en classe, a-t-elle expliqué au Journal.

Les femmes nommées dans le document légal ont toutes deux indiqué au Journal n’avoir pas de problème à se découvrir brièvement le visage pour s’identifier lorsque nécessaire, mais craignent de devoir rester longtemps découvertes en public.

Suspension demandée

Les plaignants demandent à ce que la loi soit suspendue «de manière urgente» en attendant que les tribunaux se penchent sur le fond de la question.

«Cette loi est discriminatoire, inconstitutionnelle et superflue», a déclaré Ihsan Gardee, directeur exécutif du Conseil national des musulmans canadiens, l’un des regroupements à l’origine de la contestation.

«C’est un autre exemple de politique identitaire nauséabonde» qui s’en prend à une «population marginalisée», à savoir une minorité de femmes musulmanes, a-t-il ajouté.

Pour Clara Zwibel, avocate pour l’Association canadienne des libertés civiles, il ne fait aucun doute que la loi 62 est inconstitutionnelle.

Mais de son côté, la ministre Stéphanie Vallée a dit avoir bon espoir que sa loi passerait le test des tribunaux. «On a délibérément rédigé un projet qui respecte les chartes», a abondé Philippe Couillard hier.

Blanchie

Mme Vallée a par ailleurs été blanchie hier par la présidence de l’Assemblée nationale des accusations d’outrage au Parlement qui pesaient sur elle. L’opposition lui reprochait d’avoir affirmé que les passagers d’un autobus devaient garder le visage découvert pour tout le trajet, avant de faire volte-face. Il s’agissait de déclarations «mal préparées», mais qui ne constituaient pas d’outrage au Parlement, a tranché la présidence de l’Assemblée nationale.

Quant aux élus fédéraux, ils ont réagi à la contestation avec prudence hier, préférant ne pas se mêler au débat. «Le gouvernement fédéral ne s’en mêle pas. La poursuite vient du secteur civil et c’est ce que beaucoup de gens anticipaient», a quant à lui indiqué le ministre de la Famille, Jean-Yves Duclos. Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré à plusieurs reprises qu’Ottawa étudierait la loi 62, mais a choisi de ne pas intervenir pour l’instant.

 

– Avec Kathryne Lamontagne, Bureau parlementaire, et Maxime Huard, Agence QMI