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Un saisissant roman d’apprentissage

JEAN-MICHHEL GUENASSIA
Photo courtoisie

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Avec ce sixième roman, qui met en scène un ado au look androgyne, l’écrivain français Jean-Michel Guenassia a eu envie de raconter l’une des innombrables facettes assez marquantes de la réalité d’aujourd’hui.

En janvier 2016, Jean-Michel Guenassia a profondément été marqué par la mort de David Bowie. Parce qu’il a grandi avec lui, et parce qu’il travaillait déjà sur De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles lorsque cette mégastar du rock a exhalé son dernier soupir. « En écrivant ce livre, j’ai donc fait très attention à ne pas salir son image », confie l’écrivain, qu’on a pu joindre chez lui, à Paris, vers la mi-septembre.

Ceci étant, il ne faut surtout pas s’attendre à lire un bouquin consacré à la vie de Bowie, même si dans son précédent roman, La Valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Guenassia a flirté avec la bio en narrant les derniers jours du peintre Vincent Van Gogh.

« Je voulais écrire un roman sans arrière-plan politique, un roman dans lequel l’Histoire avec un grand H soit absente, précise-t-il. Il y a d’autres façons de raconter notre époque, et Paul Martineau m’a facilement permis de le faire, car très jeune, il aura des problèmes du fait de sa situation personnelle. »

Drôle de famille

Comme chacun le sait, les enfants peuvent parfois se montrer assez cruels entre eux, surtout lorsqu’ils sont confrontés à tout ce qui sort de l’ordinaire. Et de ce côté-là, Paul Martineau a dès son plus jeune âge été particulièrement « choyé ».

En plus d’avoir hérité d’un physique qui ne permet à personne de deviner au premier coup d’œil s’il est garçon ou fille, il n’a jamais eu de père. En revanche, il a presque toujours eu deux mères : l’extravagante Léna, une tatoueuse de renom adepte de hard rock qui ne se déplace qu’en Harley, et sa douce compagne Stella, une ex-hôtesse de l’air qui a troqué les plateaux-repas des lignes aériennes contre un sympathique bistro parisien régalant uniquement les fins palais féminins.

Après avoir servi de punching-ball aux petits durs du primaire et du lycée, Paul finira donc par abandonner l’école – avec la bénédiction de Léna ! – pour suivre sa propre voie.

Une voie qui sortira d’emblée des sentiers battus à cause de son look androgyne, qui l’incite à penser qu’il est « lesbien ».

Car même à 17 ans, alors qu’il est exclusivement attiré par les femmes, il n’a qu’à enfiler des vêtements unisexes pour berner n’importe qui, y compris la redoutable portière postée à l’entrée de la boîte de nuit réservée aux femmes où il a l’habitude d’aller danser.

« Tout est complètement imaginé, je n’ai pas fait de recherches particulières sur le milieu lesbien, ajoute Jean-Michel Guenassia. L’un des objectifs de ce roman consistait à montrer une famille à la normalité différente, la réalité d’aujourd’hui s’exprimant aussi de cette manière-là. C’est parfois limite caricatural, mais je voulais y aller à fond avec ses bons et ses mauvais côtés pour faire sourire les lecteurs et désamorcer les tensions, sinon ça aurait été un peu trop glauque... »

Des Platters à Bowie

Avec beaucoup d’humour et de délicatesse, l’auteur du Club des incorrigibles optimistes (Goncourt des lycéens 2009) et de Trompe-la-mort (l’un de nos romans préférés de 2015) nous permettra ainsi de côtoyer pendant quelques heures un ado franchement attachant qui, en plus d’être lesbien, devra faire croire à sa vraie mère qu’il est gay, cette dernière détestant viscéralement les hétérosexuels.

Et comme il n’en est plus à un mensonge près, il n’hésitera pas à se ranger aussi du côté des transgenres dans l’espoir d’intriguer et de séduire la très jolie psy bisexuelle dont il est tombé amoureux.

Mais peu importe ce qu’il dit ou pense être, Paul ne sera vraiment lui-même qu’en jouant du piano dans le resto de Stella, où il peut librement interpréter chaque soir les plus grands succès des Platters, d’Elton John, de Dalida, de Joe Dassin ou d’Adamo.

Et David Bowie, dans tout ça ?

Pour ne surtout pas courir le risque d’éventer l’intrigue, on vous laisse le soin de découvrir par vous-même ce qu’il vient faire dans cette très belle histoire.

<b><i>De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles</i></b><br>
Jean-Michel Guenassia, aux Éditions Albin Michel, 336 pages
Photo courtoisie
De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles
Jean-Michel Guenassia, aux Éditions Albin Michel, 336 pages

 

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