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Désespérance politique

Désespérance politique
JOEL LEMAY/AGENCE QMI

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Paul St-Pierre Plamondon avait lancé le mouvement des orphelins politiques qui devait normalement contribuer à l’émergence d’une nouvelle voie politique plus consensuelle. L’intention a pris fin abruptement lorsqu’il s’est inscrit dans la course à la chefferie du Parti québécois, bien qu’une foule de Québécois désespère toujours de trouver un parti correspondant mieux à leurs aspirations.

Durant son congrès en fin de semaine, le Parti libéral fêtera ses 150 ans en grandes pompes et fera une belle place à son ancien chef, Jean Charest, fortement associé par plusieurs aux scandales de corruption et aux manœuvres frauduleuses pour récolter des fonds pour le parti. Philippe Couillard a soudainement abattu le mur qu’il érigeait depuis des mois pour distinguer son administration de la précédente. En effet, il a compris qu’il était plus utile de profiter, pour le prochain rendez-vous électoral, du courant de sympathie dont jouit son prédécesseur plutôt que d’avoir l’air de le renier en nourrissant des soupçons sur un gouvernement dont il a fait partie à titre de ministre de la Santé. Après tout, les libéraux demeurent en tête dans les sondages malgré tous les scandales qui les secouent. Désespérant!

Comble de malheur, la CAQ, le clone du Parti libéral, talonne ce dernier avec un François Legault qui joue le populiste à la Donald Trump de plus en plus régulièrement. La CAQ nous promet une péréquation à zéro impossible dans un Canada alors que le développement économique est centré sur l’Ontario quand ce n’est pas sur l’Ouest du pays. Vivement les promesses irréalistes pour un parti qui n’a jamais occupé le pouvoir, le chef caquiste obsédé par la chaise de premier ministre est prêt à dire n’importe quoi et à changer d’idée trois fois dans la même journée pour racoler des électeurs. La CAQ ne peut prétendre à un changement du paysage électoral et sa venue consacrerait une vieille expression de nos aïeux lorsqu’ils parlaient d’élection entre libéraux et unionistes en disant que « c’est changer pour du pareil au même ». Désespérant!

Les derniers sondages ont ramené Québec solidaire à ce qu’il a toujours été depuis une décennie, soit une force de nuisance qui ne peut réalistement aspirer au pouvoir. Le capital sympathie gagné avec l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois semble s’être dissout et ce n’est pas la participation de la député Manon Massé à une manifestation d’antifascistes qui redorera le blason du parti. Frayant avec l’extrême-gauche et en étant réfractaire à toutes préoccupations identitaires, Québec solidaire accroit le scepticisme sur ses ambitions indépendantistes ainsi que sur son embryon de programme économique. Pire encore, il contribue au maintien d’un gouvernement plus à droite sur l’échiquier politique. Désespérant!

Pour ce qui est du Parti québécois, mon ami de l’Aut’Journal, Pierre Dubuc, a longtemps soutenu que c’est l’abstentionnisme qui bat le PQ. Quelques conversations récentes avec d’ex-sympathisants du PQ renforcent son analyse appuyée sur les données des derniers scrutins. Le parti de René Lévesque souffre d’un manque de crédibilité occasionné par son comportement à la gouvernance de l’État, alors que les dirigeants péquistes font généralement campagne avec les progressistes pour ensuite se plier aux diktats des gens d’affaire lorsqu’arrivés au pouvoir. Les orphelins politiques de St-Pierre Plamondon sont ces péquistes déçus qui ne vont plus voter parce qu’ils sont de centre gauche et qu’ils se sont sentis trahis par les politiques d’austérité des Lévesque, Bouchard et Marois ainsi que par les lois répressives à l’égard des travailleurs. Désespérant!

Le mouvement de St-Pierre Plamondon avait donc tout son sens et les orphelins politiques errent encore dans le désert électoral. Le jeune politicien a misé sur le PQ pour redonner un véhicule qui raviverait l’espoir des Québécois en une société meilleure et profitable à tous, mais son défi sera de taille parce qu’il est plus difficile de reconquérir la confiance pour un parti qui a trahi trop souvent son idéal socio-démocrate. Il aurait pu œuvrer à la création d’un nouveau parti progressiste avec la perspective d’arriver au sommet dans une décennie ou deux. Il a toutefois décidé d’agir dans le court terme pour mettre fin à la catastrophe d’une gouvernance qui accroit les inégalités, en souhaitant réinventer le Parti québécois. L’avenir lui donnera peut-être  raison. Espérance!