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Je m'insurge donc je suis

Je m'insurge donc je suis

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Ce qui est particulièrement tendance en 2017, c’est de s’insurger, constamment. Même si la cible est un peu floue, on ne se retient pas de lancer des flèches. Par contre, on vise parfois un peu à côté du but. On s’insurge contre une mère qui allaite en public, mais pas contre les tonnes de paires de seins qu’on expose en publicité. On s’insurge contre le gérant d’un magasin Adidas qui a voulu maladroitement accommoder les médias francos, mais pas contre la marque elle-même qui sous-paye et exploite ses employés.

Souvent, pour exprimer notre mécontentement, on choisit d’aller manifester. C’est délicat, les manifestations, parce qu’il faut s’insurger, mais pas trop. Si tu veux la gratuité scolaire, vas-y, fesse sur tes chaudrons et manifeste! Si toutefois, tu veux ramener une fille dans ton lit, ne manifeste pas trop ton intérêt, parce que ce que tu risques de ramener chez vous, c’est une plainte pour harcèlement.

Moi je m’y connais en manifestation parce que j’ai étudié au cégep du Vieux. Je dis que j’y ai étudié mais il serait plus approprié de dire que j’ai «fréquenté» l’endroit. Disons que tu devines facilement que le prix Nobel n’est pas gagné d’avance quand la Coop de ton cégep vend du Clear Eyes. Même si les étudiants du Vieux ne sont pas reconnus pour être les plus studieux, ils ont de la suite dans les idées et leurs idées, ils savent les faire entendre. C’est sur que c’est difficile de truster le bon jugement de quelqu’un qui étudie en macramé et qui se teint les cheveux lui-même avec du curcuma. Mais de toutes les manifs confondues, c’est toujours le monde de notre cégep qui avait les plus belles pancartes.

C’est important dans la vie de défendre son point de vue. Il faut juste s’assurer de le faire au bon moment et de façon cohérente. Par exemple, on ne verra jamais un souverainiste crier «en français s’il-vous-plaît» pendant un discours du Dalai-Lama. On ne verra pas non plus une Femen aller se flasher les boules dans un show d’Annie Brocoli. Ou encore, on ne verra jamais des militants pro-gun manifester au mémorial de la polytechnique. En tout cas, ce n’est pas supposé.

Ils voulaient se faire remarquer, qu’ils ont dit. Mais ce n’est pas nouveau, il y en a bien d’autres qui avaient compris le concept avant eux. Comme les policiers qui enfilent des pantalons funky ou les employés de la SAQ en bas de pyjama. Dans cet ordre d’idées si les militants pro-gun veulent qu’on les remarque, ils pourraient peut-être manifester en portant des camisoles de force! Moi aussi j’aimerais ça militer plus activement pour ce qui me tient à cœur, comme l’abolition du patriarcat. C’est bien beau d’aller brailler à la radio parce que je ne voulais pas faire l’amour, mais ça ne procure juste pas le même feelingque d’être une grosse gang de féministes à s’époumoner qu’au lieu de dire patrimoine on devrait dire matrimoine. Et quand un douchebag nous dirait que si on pète notre coche, c’est juste parce qu’on est SPM, on lui prouverait qu’il a tort en lui vidant nos Divas Cup sur la tête. Je ne sais pas si c’est légal, mais même si la police venait à s’en mêler, peut-on vraiment dire qu’on a vécu si on n’a pas reçu un litre de poivre de cayenne dans les yeux?

Je sais, je suis un peu intense et c’est souvent ça le problème. La plupart du temps, ce ne sont que quelques extrémistes qui font mauvaise presse à toute une cause, qui est super noble au départ. En même temps, il faut dire qu’on a «l’extrémiss» facile. Prenez juste l’exemple du carnivore qui va dire au végétalien : «Omg tu manges des plantes parce que tu veux le bien des animaux, sérieux arrête d’essayer de me convertir, t’es ben extrême avec ton éthique pis toute! C’est une secte ton affaire ou quoi?». C’est vrai que comparé à quelqu’un qui encourage quotidiennement une industrie qui tue sa planète, sa santé et des billions d’animaux par année, se priver de bacon pour foutre la paix aux animaux, c’est ASSEZ intense!

De toute façon, même si tu trouves que quelqu’un est achalant à force d’essayer de sensibiliser les autres, tu ne peux pas essayer de le taire, parce que des cris du cœur, ça ne se chuchote pas. Les grandes révolutions, ça se fait avec de grands mouvements. Ça se passe quand collectivement, brique par brique, on s’allie pour façonner une belle grande maison, encore plus solide que celle des trois p’tits cochons. Oui, ça arrive que ça dégénère, mais il faut savoir regarder le positif. Au lieu de te choquer parce qu’on a lancé une brique dans la fenêtre de ton magasin, réjouis-toi donc de ne pas l’avoir reçue dans face.

C’est vrai que c’est chaotique quand on se met à lancer des briques, mais ce qui serait pire encore, c’est si on arrêtait de se battre pour nos convictions et qu’on acceptait en peureux d’être rien de plus qu’another brick in the wall.

► Vous pouvez entendre Rosalie Bonenfant sur les ondes du 107,3 Rouge tous les vendredis matins 7h30.