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10 millions de négatifs à vendre

Jocelyn Paquet, collectionneur de Québec, veut se départir d’un réel trésor patrimonial

Le sous-sol de Jocelyn Paquet lui sert d’entrepôt pour stocker son incroyable collection. À tel point que le sol s’est fissuré à certains endroits sous le poids des boîtes.
Photo Jean-François Desgagnés Le sous-sol de Jocelyn Paquet lui sert d’entrepôt pour stocker son incroyable collection. À tel point que le sol s’est fissuré à certains endroits sous le poids des boîtes.

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Un photographe et collectionneur d’images de Québec qui prendra sa retraite au cours des prochains jours cherche à vendre l’entièreté des fonds d’archives qu’il possède, soit près de 10 millions de négatifs, un trésor de plus de 50 tonnes.

Le 15 décembre, Jocelyn Paquet fermera définitivement l’entreprise Les Archives du photographe, un projet qu’il a lancé il y a plus de 20 ans. Il a amassé au fil de sa carrière une vingtaine de fonds d’archives provenant de studios de photo et de particuliers de la grande région de Québec.

Souhaitant au départ numériser tout ce contenu, M. Paquet réalise aujourd’hui que la tâche est trop importante pour un seul homme, aussi passionné puisse-t-il être.

« Le mot s’est passé que j’achetais des négatifs quand j’ai commencé. Je n’ai pas vu le temps filer et là, je réalise que je n’aurai pas assez d’une vie pour gérer tout ça », affirme l’homme qui a gagné sa vie en vendant les droits d’utilisation de ses photos pour divers livres, publications ou émissions de télé, en plus de créer une série de plus de 700 cartes postales à partir de ses négatifs.

Certains clichés pourraient avoir une grande valeur historique.
Photo Jean-François Desgagnés
Certains clichés pourraient avoir une grande valeur historique.

« Voyages dans le temps »

On comprend bien l’ampleur de la collection de M. Paquet lorsque l’on entre dans le sous-sol de la maison qui lui sert d’entrepôt. Les boîtes et classeurs empilés jusqu’au plafond à la grandeur de la pièce témoignent du potentiel historique qui s’y cache.

Dans un coin, le plancher de béton a fissuré autour d’une série de caisses tellement le tout est lourd.

« Dès que ça sort, je devrai refaire tout le plancher du sous-sol parce que ça a trop travaillé », s’esclaffe celui qui s’est découvert une passion pour ces « voyages dans le temps » dès son plus jeune âge en compagnie de sa mère.

À travers les boîtes sur lesquelles sont inscrites des indications d’une autre époque, Jocelyn Paquet croit bien posséder quelques petits trésors.

« J’ai des bobines de film et des négatifs du poète et peintre Hector de Saint-Denys-Garneau, qui sont à peu près les seuls originaux connus au monde. L’homme a une renommée mondiale, donc il peut y avoir un intérêt international à ces images », croit le collectionneur qui a déjà eu une évaluation à 2 M$ pour ces pièces.

Des milliers de photos d’époque de Québec, du Carnaval, des grands sportifs et des évènements à avoir marqué la région se trouvent également dans la collection.

Le photographe de Québec aurait entre ses mains près de 10 millions de négatifs et des bobines de films.
Photo Jean-François Desgagnés
Le photographe de Québec aurait entre ses mains près de 10 millions de négatifs et des bobines de films.

Rare opportunité

Décidé à vendre, mais souhaitant voir ce patrimoine historique demeurer propriété québécoise, Jocelyn Paquet s’est tourné vers les différents paliers de gouvernement pour négocier. Il a notamment contacté diverses municipalités, dont la Ville de Québec, en plus du gouvernement fédéral avec qui il dit avoir eu un bon contact. Des lettres ont aussi été envoyées à la ministre provinciale de la Culture Marie Montpetit.

« Je me doute bien que je ne vendrai jamais en un seul lot. Mais chacun peut trouver quelque chose qui l’intéresse et qui aura une valeur historique importante », explique le passionné, qui estime à 10 M$ sa collection. « Comme j’ai 10 millions de négatifs, ça fait 1 $ pièce. Je sais qu’ils ne valent pas tous 1 $, mais certains valent également beaucoup plus. »

L’homme avait été approché à plusieurs reprises par une compagnie étrangère qui a récemment été rachetée par un géant chinois. S’il existe une possibilité de vendre à ces gens, M. Paquet souhaite avant tout garder son trésor ici.

« Je crois que c’est une occasion unique pour nos gouvernements de mettre la main sur un patrimoine important. C’est une occasion qui ne se représentera peut-être jamais », souligne Jocelyn Paquet

La collection de Jocelyn Paquet en chiffres

  • Environ 10 millions de négatifs
  • Couvre la période 1927 à 2007
  • Plus de 50 tonnes de matériel
  • Une vingtaine de fonds d’archives au total
  • Entre 50 000 et 75 000 négatifs numérisés
  • 10 000 ont été documentés