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Barrette ou l’échec des bâtons

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Photo Agence QMI, Joêl Lemay Encore une fois, les médecins ont droit à un traitement spécial… de la part des médecins qui nous gouvernent.

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Pourrions-nous assister à la fin de la carrière politique de Gaétan Barrette en 2018 ?

Après tout, ce n’est pas une petite rebuffade qu’on a servie au ministre-bulldozer, jeudi.

Devant la menace de la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) d’intenter des poursuites contre l’État, Philippe Couillard a carrément exclu son ministre de la Santé des négociations sur l’application des lois 20 et 130.

Ces lois signifient en substance que si les médecins spécialistes ne garantissent pas des résultats au ministre et à la population, leur rémunération pourrait être coupée de 30 % !

C’est la deuxième fois que M. Barrette se retrouve ainsi tassé du chemin lors de négociations.

Privilège

Dans les milieux politiques, plusieurs voient cette autre exclusion non seulement comme une rebuffade à son endroit, mais comme un privilège supplémentaire octroyé aux médecins.

Combien d’autres acteurs du réseau de la santé et de la fonction publique – infirmières, avocats et notaires de l’État, etc. – auraient rêvé, dans leurs négociations, d’obtenir toute l’attention du premier ministre.

Encore une fois, les médecins ont droit à un traitement spécial... de la part des médecins qui nous gouvernent : Philippe Couillard et Roberto Iglesias.

Bâtons cassés

Cette fin d’année 2017 devait être un moment de vérité pour les réformes de Gaétan Barrette.

Elle se solde par son exclusion et par la quasi-élimination des « bâtons » qu’il avait mis dans ses lois afin d’inciter les médecins à améliorer l’accès au système.

Le 28 novembre 2014, lorsqu’il présenta ce qui allait devenir la loi 20, Gaétan Barrette n’avait pas eu peur de dresser un constat d’échec de Philippe Couillard et Yves Bolduc comme ministres.

Pour améliorer l’accès, avait noté avec force M. Barrette, « nous avons, dans les dernières années, tenté quoi ? On a tenté d’augmenter le nombre [de médecins], ça n’a pas marché ; on a tenté de négocier [...] des augmentations [de rémunération] substantielles, ça n’a pas marché ; on a essayé des incitatifs, ça n’a pas marché. »

Après des années à donner des carottes – rémunérations supplémentaires, primes – il était donc temps qu’on agite le bâton ? lui avais-je alors demandé. Sa réponse avait été sans équivoque : « Bien oui. [...] c’est un petit bâton de rien du tout, c’est un bâton incitatif. »

M. Barrette avait alors souligné qu’au moins, c’est un bâton que les fédérations voient arriver dans trois ans. « Vous savez, un bâton, ça fait mal quand on ne le voit pas venir. »

Les fédérations avaient jusqu’au 31 décembre 2017 pour atteindre des cibles fixées par le gouvernement. Sinon, des pénalités seraient infligées.

« On est dans un mode de conséquences. » Terminées, les carottes ? « L’argent, ça ne marche juste pas. Alors là, on est dans une autre ère de responsabilité sociale », tonnait M. Barrette.

Trois ans plus tard, les deux fédérations de médecins se seront débrouillées pour échapper aux pénalités inscrites dans la loi par Gaétan Barrette.

Bonne méthode ?

Peut-être que ce n’était pas la bonne méthode. Ou alors : peut-être que Gaétan Barrette n’était pas la bonne personne pour appliquer ce type de méthode. On le sait, il raffole des rapports de force dans lesquels il peut se montrer odieux.

Que fera-t-il cette année ? Le bureau du premier ministre insiste : il n’a pas été exclu des négociations, il reste un conseiller important. N’empêche, ses « bâtons » ont été cassés ; il n’est pas certain que ses objectifs soient atteints.

Récemment, il disait vouloir faire un deuxième mandat à la Santé pour compléter ses réformes. Et s’il n’est pas certain de rester ministre, sera-t-il tenté de quitter la politique ? Accepterait-il d’être critique de l’opposition, rôle dans lequel il serait sans doute terrifiant ?

Ce sera à suivre en 2018.