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La Ville est accusée de fermer les yeux

Un promoteur et une propriétaire croient que le patrimoine passe avant la sécurité

immeuble fin de vie
Photo Agence QMI, Simon Clark Seuls des travaux de restauration de l’enveloppe extérieure et de l’intérieur au coût de 1 063 650 $ sont envisagés par la CUCQ, parmi les trois scénarios proposés par BFH Architectes.

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Un promoteur et la propriétaire d’un immeuble vétuste de la rue Saint-Paul, à Québec, estiment que la Commission d’urbanisme et de conservation de Québec (CUCQ) ferme les yeux sur des rapports inquiétants sur la sécurité du 209, rue Saint-Paul, au profit de la conservation de l’aspect patrimonial de la bâtisse.

Dominique Albernhe possède le 209, rue Saint-Paul depuis 2011. Elle essaie de vendre la bâtisse, qui a déjà fait l’objet d’un incendie, depuis environ 2014. Un véritable calvaire, puisque la restauration du bâtiment – rapports à l’appui – nécessite des travaux de plus d’un million de dollars. L’évaluation municipale est de 405 000 $, selon Mme Albernhe.

Un entrepreneur de Saint-Hyacinthe, Dominic Rodier, a voulu acquérir la bâtisse de Mme Albernhe, sous la condition d’obtenir un permis de démolition, ce que la Commission d’urbanisme et de conservation de Québec (CUCQ) refuse.

« Un bâtiment dangereux »

« Mme Albernhe est aux prises avec un bâtiment qui ne peut plus être utilisé, qui doit être démoli et qui n’a pas de possibilité de rénovation à moindre coût. La décision est clairement à prendre dans ce cas-ci, le rapport de structure est probant, c’est carrément un bâtiment dangereux », plaide M. Rodier, qui souhaite acquérir le 209, rue Saint-Paul pour un projet d’hôtel. Il possède déjà le 213, juste à côté.

Deux rapports – l’un de la firme d’ingénieur St-Georges Structures et Civil et l’autre de la société d’architecture Boudreau, Fortier et Huot (BFH) – sont sans équivoques ; la fin de vie du bâtiment est atteinte et pose un problème au niveau de la sécurité des occupants et la sécurité du public.

« La CUCQ se limite à parler de la valeur patrimoniale, mais à part ça, elle ne dit rien d’autre. Je peux décoder qu’elle ne croyait pas l’ingénieur », se désole Mme Albernhe, qui ne sait plus comment faire entendre raison à la CUCQ.

« Ils sont déconnectés de la réalité et c’est le principal danger d’une Ville. Ce que je trouve déconcertant, c’est que le CUCQ demande d’engager des experts, et ils ne se fient pas à leur conclusion », observe la propriétaire.

La Ville se défend

La Ville se défend en indiquant que les rapports font état d’alternatives à la démolition permettant la conservation du bâtiment. « On n’a pas en main de preuve comme quoi il n’y a aucune autre solution pour restaurer le bâtiment que de le démolir », fait valoir la porte-parole, Marjorie Potvin.

 

Extraits des rapports

« Les travaux de restauration nécessaires pour l’immeuble du 209, rue St-Paul effaceront ce qui est présentement unique et accrocheur de la façade, telle l’enseigne “Antiques”. [...] Est-il vraiment justifiable alors de déployer autant d’efforts pour sauvegarder une architecture majoritairement construite à neuf, ayant perdu ses caractéristiques distinctives. Il est permis d’en douter fortement, surtout pas à n’importe quel prix. »

– Michel Boudreau, architecte chez BFH Architectes

Au sujet de l’incendie : « Il est impossible d’évaluer les conséquences sur la capacité portante du bâtiment, mais il est de notre jugement qu’une diminution considérable de celle-ci est à mettre de l’avant, ce qui nous porte à considérer cette structure comme inapte et non sécuritaire. [...] Nonobstant les considérations patrimoniales, ce bâtiment devrait être démoli, car il pose un risque pour le public. »

« Lors de la visite d’inspection, bien des éléments de vétusté ou d’endommagement ont été constatés et sont jugés comme délétères pour le bâtiment et la sécurité des usagers. »

– Eric St-Georges, ingénieur, St-Georges Structures et Civil

 

Trois scénarios proposés par BFH

Restauration complète du bâtiment (approche priorisée par la Ville)

  • Restauration de l’enveloppe extérieure et de l’intérieur du bâtiment : 1 063 650 $

Restauration des façades et démolition (refusé par la Ville)

  • Conserve uniquement les murs sur rue : 509 255 $

Restauration de la façade sur Saint-Paul (refusé par la Ville)

  • Démolition du bâtiment et conservation uniquement du mur donnant sur Saint-Paul, incluant le coin arrondi et l’oriel : 279 000 $