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Le Dagobert est là pour rester

Les fermetures se multiplient dans le milieu des bars, mais le club de Grande-Allée opère depuis plus de 40 ans

Après 41 ans à la tête du Dagobert, Gilles Laberge est sur le point de léguer l’établissement à ses enfants. D’ici là, aucune rénovation majeure n’est prévue à l’intérieur des murs de la discothèque de la Grande-Allée, qui ne s’est pas refait une beauté depuis son ouverture. « Nous, on vend de l’ambiance, et ça, on n’achète pas ça dans les magasins », indique-t-il.
Photo Stevens Leblanc Après 41 ans à la tête du Dagobert, Gilles Laberge est sur le point de léguer l’établissement à ses enfants. D’ici là, aucune rénovation majeure n’est prévue à l’intérieur des murs de la discothèque de la Grande-Allée, qui ne s’est pas refait une beauté depuis son ouverture. « Nous, on vend de l’ambiance, et ça, on n’achète pas ça dans les magasins », indique-t-il.

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Malgré les nombreuses fermetures de bars et discothèques à Québec au cours des derniers mois, le Dagobert est là pour rester, assure son propriétaire.

« Il n’est pas question que ça ferme », mentionne Gilles Laberge, propriétaire de la légendaire discothèque de la Grande-Allée depuis maintenant 41 ans, écartant du même coup les rumeurs en ce sens. « Des rumeurs, il y en a toujours eu, mais je ne m’en occupe plus, je ne veux pas perdre de temps avec ça », mentionne l’homme d’affaires.

L’année n’a définitivement pas été facile pour les tenanciers de bars, avec les fermetures du Boudoir, du Beaugarte, et plus récemment du Maurice Night Club. Malgré tout, M. Laberge confirme qu’il tire toujours son épingle du jeu. Il s’avoue toutefois « désolé que les autres ferment autour ». « C’est la ville de Québec qui perd le plus là-dedans. Puis, ça nous force à être meilleur quand nous avons de la compétition » affirme-t-il, précisant par ailleurs que son achalandage a légèrement augmenté depuis la fermeture de ses compétiteurs. « Les vendredis et samedis, c’est plein », indique-t-il, alors que l’établissement peut accueillir plus d’un millier de fêtards.

« La danse, les night-clubs, ça en prend dans chaque ville, et ici c’est un cul-de-sac. Des places comme la nôtre, avec des lasers, des lumières qui descendent du plafond, il n’y en a plus », indique-t-il, précisant que le système de son et d’éclairage de l’établissement est évalué à au moins un million et demi de dollars.

Miser sur la nostalgie

« C’est certain que nous devons nous ajuster, être à l’écoute de ce que les jeunes aiment », mentionne M. Laberge, qui possède aussi une confiserie dans la Côte de la Fabrique, ainsi qu’une salle de spectacles à Montréal.

Avec les années, une chose n’a pas changé d’un iota : le décor. Banquettes, tabourets, bars et même les couleurs sont restés les mêmes depuis l’ouverture, à quelques exceptions près, ce qui lui donne aujourd’hui des allures « vintage ». Malgré tout, aucun projet de rénovation majeur n’est dans les cartons. « J’ai peur du changement. Les gens se reconnaissent dans le Dagobert. Si je fais un changement radical, ils ne seront plus chez eux », affirme M. Laberge. « C’est même intéressant pour les gens qui viennent pour la première fois, puisqu’on ne retrouve plus ça nulle part », indique celui qui admet même miser sur la « nostalgie ».

L’heure de la retraite

Âgé de 76 ans, M. Laberge admet que sa retraite approche à grands pas. « Mes deux associés sont décédés. Il va falloir que je me retire un moment donné, je suis acculé au pied du mur », confie-t-il. Ainsi, d’ici « un an ou un an et demi », ses enfants, Marie-Christine et Jean-Frédérick, âgés de 42 et 43 ans – qui y travaillent en tant que gestionnaires depuis plusieurs années –, prendront le relais. « Ils feront ce qu’ils veulent avec, advienne que pourra. Pour moi, ce sera une peine, mais aussi un soulagement », mentionne-t-il.

Acquéreurs potentiels

M. Laberge admet par ailleurs avoir reçu des offres de la part de « grosses brasseries » désirant se porter acquéreuses de son établissement évalué à 3,8 M$ par la ville. Il a toujours refusé.

« J’hésite à vendre à des étrangers. Le Dagobert, ça fait partie de Québec. Je suis nationaliste, je ne m’en cache pas, j’aimerais que ça reste à Québec », a mentionné le propriétaire, qui vient régulièrement faire son tour dans sa discothèque, à l’heure de la fermeture. « J’ai des caméras chez moi, j’observe tout ce qui se passe », précise-t-il. « Mais petit à petit, je commence à être plus fatigué », conclut-il.

Des anecdotes

« L’homme d’affaires Guy Laliberté est venu ici, ça fait longtemps, c’était avant même qu’il ne fonde le Cirque du Soleil. Il est entré ici sur des échasses et il faisait le bouffon. Je l’ai mis à la porte. Quelques mois plus tard, il fréquentait ma salle de spectacle à Montréal et mon fils est venu me le présenter. Il m’a tout de suite reconnu en disant que je l’avais sorti du Dagobert ! »

« Quand j’ai ouvert ici [il y a 40ans], notre plus gros client c’était Jacques Parizeau. Il avaitmarié une Polonaise et on avait un chanteur polonais. Il venaitprendre son scotch tous les soirs. »

– Gilles Laberge