/misc
Navigation

Radio communautaire? Pourquoi?

Coup d'oeil sur cet article

On apprenait vendredi que la vie de la radio communautaire CIBL, de Montréal, ne tient qu’à un fil.

Tous les employés ont été mis à pied, jusqu’à nouvel ordre.

CIBL est la radio communautaire qui a permis (entre autres) à une gang de ti-culs de faire leurs premiers pas dans l’espace public dans les années 80. Ils avaient pour noms Guy-A. Lepage, Richard Z. Sirois, Bruno Landry, André Ducharme, Yves P. Pelletier et Chantale Francke. Et Jean-René Dufort. Et Marie-France Bazzo. Et Bruno Blanchet.

Vous connaissez la suite.

La radio CKRL de Québec a vu passer un certain François Pérusse qui s’est assez bien débrouillé à la radio commerciale également. En revanche, ses sketchs dépeignant la radio communautaire a créé une image négative de ces radios, image tenace dont elles ont encore de la difficulté à se débarrasser encore aujourd’hui, 25 ans plus tard.

Puis, il y a celles que les gens des grands centres ne connaissent pas et c’est sans importance d’ailleurs puisque, par exemple, le mandat de CHME Les Escoumins, CFIN Lac Etchemin ou CIEU FM dans la Baie des Chaleurs n’est pas de plaire au public de Québec ou Montréal ; elles sont fermement implantées dans leurs communautés dont elles sont les places publiques.

Et je n’ai pas parlé des radios communautaires francophones hors-Québec qui vivent actuellement des moments très difficiles en raison d’un arrêt brusque du financement par le gouvernement de Justin Trudeau.

Dans ce dossier, la ministre Mélanie Joly se comporte comme Néron qui regarde Rome brûler avec indifférence.

Mais pourquoi diable doit-on s’émouvoir de la situation des radios communautaires ?

  • Parce qu’il s’agit des dernières tribunes VRAIMENT accessibles, sans formation ou CV ronflant pour qui veut faire de la radio.
  • Parce que ce sont, dans les grands centres, les derniers véritables laboratoires radiophoniques.
  • Parce qu’en région, la radio communautaire est l’équivalent d’une caisse populaire. Vous en trouverez là où l’entreprise privée n’ira jamais.

Par ailleurs, j’ai souvent rencontré des animateurs qui faisaient des sacrifices majeurs pour le simple plaisir d’être en ondes.

À Québec par exemple, les amateurs de blues écoutent l’émission Rue D’Auteuil à CKRL le vendredi soir à 20 heures, animée avec brio par Michel Dubois depuis 25 ans.

25 ans !

TOUS les vendredis soirs.

Bénévolement.

Et il y en a d’autres. Il se trouve des artisans dans une foule de radios qui, par un beau samedi après-midi de juillet, entrent dans une station pour partager leur passion pour la musique latino, le reggae, la grande chanson française ou pour vous parler d’animaux de compagnie.

Ces radios occupent un espace que les grands diffuseurs ne peuvent pas combler.

C’est souvent ce qui a allumé ou entretenu la flamme de plusieurs animateurs avant qu’ils puissent gagner leur vie en exerçant leur passion.

La concentration des efforts pour rejoindre le sacro-saint public de 25 à 54 ans fait que le nombre de stations commerciales dans un marché n’est plus garant de la variété de la programmation.

Québec en est l’exemple.

Par contre, dans ce même marché, pas moins de 5 radios communautaires (CKRL, CKIA, CHYZ, CIHW et la surprenante CJMD à Lévis) compensent amplement pour le manque de variété de l’offre des radios privées.

Pierre-Yves Mc Sween dirait : « La radio communautaire, en as-tu vraiment besoin ? »

La réponse pourrait être : « La variété de couleurs, en as-tu vraiment besoin ? On pourrait se limiter au gris, au blanc et au noir... ».

Ça dépend du genre de monde dans lequel on souhaite vivre.