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Que réserve 2018 sur la scène fédérale?

Des experts se prononcent sur l’année à venir pour le gouvernement Trudeau et les partis d’opposition

Que réserve 2018 sur la scène fédérale?
Photo d'archives, Boris Proulx

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OTTAWA | L’année 2018 est un champ de mines pour Justin Trudeau, dont le gouvernement est entaché par des problèmes éthiques. L’impulsif Donald Trump, la légalisation du cannabis, les élections provinciales au Québec et en Ontario et des ministres affaiblis au sein de son cabinet sont autant d’écueils qui se trouvent sur la route du premier ministre. Les yeux seront aussi rivés sur les partis d’opposition et leurs chefs, qui peinent à trouver leurs marques. Que réserve la prochaine année sur la scène fédérale ? Tour d’horizon.

L’ALÉNA et l’insaisissable Donald Trump

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Photo d'archives, AFP

Donald Trump pourrait déchirer dans les prochaines semaines l’accord commercial qui unit le Canada, les États-Unis et le Mexique. L’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) régit depuis plus de 20 ans les relations commerciales entre ces pays. Sa renégociation, exigée par M. Trump, est sans contredit le dossier le plus épineux sur le bureau de Justin Trudeau. Un échec des négociations ferait-il mal au premier ministre canadien, compte tenu du caractère intempestif du président américain ? « À l’impossible, nul n’est tenu », résume le politologue François Rocher. Le professeur de Sciences Po à l’Université de l’Alberta Frédéric Boily n’est pas de cet avis. Des attaques bien calibrées sur la stratégie adoptée par les libéraux pourraient faire mouche, selon lui.

La Terre appelle Jagmeet Singh

Que réserve 2018 sur la scène fédérale?
Photo d'archives, Guillaume St-Pierre

Les néo-démocrates ont choisi un jeune chef de 38 ans bien campé à gauche, ami des travailleurs et passionné de selfies pour faire face à Justin Trudeau. Mais jusqu’à présent, la mayonnaise ne prend pas avec l’électorat. S’il souhaite renverser la tendance, M. Singh doit démontrer aux Canadiens que le NPD est le véritable champion de la classe moyenne, et non les libéraux, croit le constitutionnaliste Frédéric Bérard.

Il doit aussi cette année bâtir une organisation et mettre son empreinte sur le parti pour faire oublier Thomas Mulcair. Cela pourrait forcer M. Singh à faire des choix déchirants, comme miser sur l’électorat multiculturel des grandes villes au détriment de certaines régions, dont le Québec, estime Peter Graefe.

Andrew Scheer et l’ombre de Stephen Harper

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Photo d'archives, Guillaume St-Pierre

Andrew Scheer peine à faire sa marque comme nouveau chef du parti conservateur. S’il souhaite à tout le moins chauffer Justin Trudeau aux prochaines élections en 2019, il devra mettre tous ses efforts cette année pour sortir de l’ombre... de Stephen Harper. M. Scheer a en effet remporté la course à la direction de son parti en se comparant à M. Harper, mais avec un sourire. Le problème, c’est que les Canadiens ont justement rejeté l’ancien premier ministre conservateur, fait remarquer Frédéric Boily. « Il doit trouver un moyen d’incarner une certaine continuité, mais en même temps trouver ses propres marques. C’est ce qu’il n’arrive pas à faire », affirme le politologue.

« Cette année, M. Scheer doit donner un aperçu de ce qu’il a à offrir aux Canadiens. Sinon­­, il sera assez facile à ignorer », renchérit un professeur de sciences politiques de l’Université McMaster en Ontario, Peter Graefe.

Élections provinciales cruciales

Justin Trudeau l’a eu relativement facile jusqu’ici sur le front des relations fédérales-provinciales. Mais il pourrait avoir plus de fil à retordre à l’avenir si les Ontariens et les Québécois font le pari du changement en 2018. Les gouvernements libéraux en place actuellement dans ces deux provinces, plutôt sympathiques à leur grand frère fédéral, sont en difficulté dans les sondages. Ils sont devancés par les progressistes-conservateurs en Ontario et la Coalition avenir Québec, au Québec. Deux partis susceptibles d’embêter davantage M. Trudeau, selon Frédéric Boily. « Ces partis ont une dimension provincialiste plus importante. Donc, quand viendra le temps pour M. Trudeau de bâtir des consensus nationaux, par exemple sur l’environnement, il pourrait faire face à plus de provinces qui sont contre une approche pancanadienne. »

Martine Ouellet ou la fin du rôle bicéphale

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Photo d'archives, Guillaume St-Pierre

Le Bloc québécois se bat toujours pour sa pertinence alors que sa chef partage toujours son temps entre Ottawa et Québec. Le rôle bicéphale de Martine Ouellet prendra fin à l’automne avec les élections provinciales au Québec. Avec le Parti québécois qui a mis l’indépendance en veilleuse, le Bloc doit reprendre le flambeau, croit Frédéric Bérard. « La seule chose que le Bloc peut faire en 2018, c’est de mettre l’accent sur la souveraineté en espérant que les indépendantistes continuent de voter pour eux, dit-il. Si t’es pas capable de faire la promotion de l’indépendance quand tu t’appelles Bloc québécois, tu sers à quoi ? »

Vers un nécessaire remaniement

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Photos d'archives

L’équipe ministérielle de Justin Trudeau s’avère plus faible que prévu, selon de nombreux observateurs. Mélanie Joly, Diane Lebouthillier, Kent Hehr et dans une moindre mesure Bill Morneau en sont de parfaites illustrations, selon les experts consultés par Le Journal. Il y a fort à parier que ces quatre ministres seront mutés à d’autres fonctions avant la fin de 2018. Il ne reste plus qu’à savoir quand. Les paris sont ouverts.