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Un dossier numérique pour chaque nouvel élève

Québec annonce de nouvelles mesures pour aider les enfants de 0 à 8 ans à partir du bon pied

Le premier ministre Philippe Couillard en compagnie des ministres Sébastien Proulx et Luc Fortin.
Photo Stevens LeBlanc Le premier ministre Philippe Couillard en compagnie des ministres Sébastien Proulx et Luc Fortin.

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Québec annonce une série de mesures pour aider les enfants à partir du bon pied, dont la création d’un dossier numérique unique pour chaque nouvel élève, des examens de la vue de même que des petits déjeuners à l’école dès la prochaine année scolaire.

Ces mesures font partie de la stratégie qui vise à favoriser l’égalité des chances pour les enfants de 0 à 8 ans, dévoilée par le gouvernement Couillard mardi. Il s’agit d’une étape «fondamentale» dans le processus de transformation du réseau scolaire amorcé par Québec, a indiqué le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx. «Il faut agir tôt, le plus tôt possible», a-t-il affirmé.

Le premier ministre Philippe Couillard en compagnie des ministres Sébastien Proulx et Luc Fortin.
Photo Stevens Leblanc

Pour faciliter les transitions, un dossier unique numérisé sera créé pour chaque nouvel élève de maternelle. Cet outil suivra l’enfant tout au long de son parcours scolaire, jusqu’au secondaire, afin de faciliter les transitions et l’échange d’information en cas de changement d’école, par exemple. Cette mesure est applaudie par la Fédération des comités de parents, qui la réclame depuis une dizaine d’années.

Dans les services de garde, un dossier standardisé sera aussi créé pour tracer le portrait du développement de chaque enfant, mais ce sera le parent qui sera responsable de le transmettre ensuite à l’école. Tous les enfants de 4 ans dans les services de garde feront aussi des activités pour se familiariser avec leur nouvelle école.

Le premier ministre Philippe Couillard en compagnie des ministres Sébastien Proulx et Luc Fortin.
Photo Stevens Leblanc

Déjeuners et examens de la vue à l’école

Afin de dépister les problèmes de vision qui peuvent nuire à la réussite des élèves, un examen de la vue sera offert à l’école à tous les élèves de la maternelle, dès l’an prochain. L’examen de la vue est déjà gratuit pour les jeunes de 18 ans et moins, mais seulement 20% des enfants s’en prévalent avant leur entrée à l’école.

Le gouvernement Couillard offrira par ailleurs le petit déjeuner à 725 élèves issus d’écoles en milieu défavorisé, par le biais d’une entente avec le Club des petits déjeuners qui est déjà présent dans environ 300 établissements de la province.

Le premier ministre Philippe Couillard en compagnie des ministres Sébastien Proulx et Luc Fortin.
Photo Stevens Leblanc

500 professionnels supplémentaires

Québec prévoit aussi l’embauche dès maintenant de 500 nouveaux professionnels dans le réseau scolaire – dont des orthopédagogues, des orthophonistes et des psychologues - en plus des embauches déjà annoncées dans le dernier budget provincial. L’objectif est d’instaurer un «plancher de ressources» pour chaque école, explique-t-on.

Au total, Québec prévoit consacrer 1,4 milliard $ d’ici 2022 pour une cinquantaine de mesures, dont 350 millions $ proviennent de la mise à jour économique annoncée en novembre. Différentes mesures sont aussi prévues pour améliorer les compétences des élèves en littératie et en numératie dès l’entrée à l’école.

Le premier ministre Philippe Couillard en compagnie des ministres Sébastien Proulx et Luc Fortin.
Photo Stevens Leblanc

La province compte présentement 800 000 enfants âgés entre 0 et 8 ans. Québec mise sur l’intervention précoce auprès de ces enfants puisque cette période représente une «étape cruciale» dans leur développement, explique-t-on. Parmi eux, 25 % présentent des facteurs de vulnérabilité pour leur développement lors de leur entrée à la maternelle. Québec espère réduire cette proportion à 20% d’ici 2022.

Stratégie pour les enfants de 0 à 8 ans :

  • 1,4 milliard $ d’ici 2022 pour mettre en place une cinquantaine de mesures.
  • Vise 800 000 enfants, soit 10 % de la population québécoise.
  • A pour objectif de réduire à 20 % la proportion d’enfants qui entrent à l’école avec un facteur de vulnérabilité (25 % présentement).

Ce qu’ils ont dit :

Dans le réseau de l’éducation, cette stratégie a été relativement bien accueillie. Même si plusieurs y voient un premier pas dans la bonne direction, des acteurs rappellent toutefois qu’à l’approche des élections, le gouvernement Couillard ne fait que réinvestir des sommes qui ont été amputées lors des compressions des dernières années.

De la chair autour de l’os

«On commence à mettre de la chair autour de l’os que représente la Politique de réussite éducative. On commence à voir des choses concrètes comme les examens de la vue et le dossier uniforme pour nos enfants. On sait qu’il y a plein d’informations importantes qui se perdent lors des transitions.»

– Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents du Québec

Un éveil à l’approche des élections

«C’est fou ce qu’une élection prochaine peut réveiller le gouvernement! Cette prise de conscience et les efforts qui seront faits pour soutenir les enfants âgés entre 0 à 8 ans dans leur développement sont des orientations qui vont dans la bonne direction. Cependant, plusieurs mesures n’ont pas d’échéancier précis quant à leur mise en œuvre et on n’en connaît pas les détails.»

– Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats de l’enseignement

Maternelle 4 ans en milieu défavorisé : une «occasion manquée» selon un expert

Le gouvernement Couillard poursuivra le déploiement des classes de maternelle 4 ans en milieu défavorisé d’ici cinq ans, plutôt que de l’offrir à tous. Égide Royer, professeur en adaptation scolaire à l’Université Laval, y voit une «occasion manquée» et invite Québec à «refaire ses devoirs».

«Je m’attendais, compte tenu des marges de manœuvre budgétaires, qu’on puisse implanter une maternelle temps plein à 4 ans inclusive, pour tous. La majorité des jeunes vulnérables ne vivent pas en milieu défavorisé» puisque les troubles d’apprentissage ou de comportement n’ont rien à voir avec le rapport d’impôt, martèle M. Royer.

En excluant de sa stratégie la maternelle à 4 ans pour tous, Québec vient considérablement affaiblir ses efforts en matière de réussite scolaire. «C’est comme si on avait une table avec une patte qui est chambranlante. C’est du bricolage éducatif», lance M. Royer, tout en rappelant qu’une grande proportion d’enfants de quatre ans ne fréquentent pas les services de garde.

Dans un récent mémoire, l’Ordre des psychologues s’est aussi prononcé en faveur de la maternelle à 4 ans pour tous les enfants du Québec.

À la Centrale des syndicats du Québec, on estime au contraire que le déploiement doit se poursuivre dans les milieux défavorisés, tout en rappelant que la qualité doit aussi être au rendez-vous.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, n’a pas précisé mardi combien de nouvelles classes de maternelle 4 ans à temps plein en milieu défavorisé seront offertes l’an prochain. Présentement, on en compte 289 dans le réseau scolaire.