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Autopsie d’un message de souffrance mal décodé

Autopsie d’un message de souffrance mal décodé
Illustration Philippe Melbourne Dufour

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Le 27 novembre dernier, la route 138 est fermée à la circulation dans un quartier de Donnacona. L’escouade tactique d’intervention est sur place avec plusieurs policiers armés. Des maisons sont évacuées. Les médias relaient la nouvelle, un homme en crise est armé et barricadé chez lui. Or, pendant tout ce branle-bas de combat, l’homme dort paisiblement, son arme de chasse rangée dans un garage plus loin sur sa terre. Autopsie d’un message de souffrance mal décodé.

Fin d’après-midi. Claude se réveille d’un sommeil profond de plusieurs heures. La médication qu’il prend pour soigner sa dépression l’assomme. Alors qu’il reprend tranquillement ses esprits en descendant à son bureau au rez-de-chaussée, l’homme dans la cinquantaine remarque un message laissé sur le répondeur. C’est la police. Un agent le somme de mettre immédiatement son manteau rouge et de sortir de chez lui les mains en l’air, tout en précisant qu’ils sont là pour l’aider. « Les mains en l’air? Comment la police peut-elle savoir que j’ai un manteau rouge? », s’étonne-t-il.

L’agriculteur ignore que sa femme pleure seule dans sa voiture depuis des heures. Elle a, en effet, été appelée d’urgence à son travail pour se rendre chez elle afin d’informer les policiers de tous les détails qui pourraient aider le «GTI » à contraindre le « forcené » à se rendre. Dès que Claude met le pied sur sa galerie, un groupe de policiers cagoulés, tous vêtus de noir et armés, l’arrête. C’est le choc total. L’homme est alors transporté en ambulance à l’hôpital et la route, rouverte à la circulation. Après quelques heures d’observation en psychiatrie, il reçoit son congé avec une recommandation : rencontrer un psychiatre en consultation externe. De retour à la maison, le couple encore ébranlé se demande ce qui a bien pu provoquer une telle opération policière. Comment rassurer les voisins et leur faire comprendre que Claude n’est pas dangereux?

Message électronique et malaise entourant la détresse

En cette matinée du 27 novembre, l’agriculteur a eu un échange électronique avec une amie. Conversation lors de laquelle il a mentionné qu’il était passablement dépressif par les temps qui courent, au point où il serait sans doute sage pour lui de se débarrasser de son arme de chasse. L’interlocutrice inquiète a téléphoné au 9-1-1 alors que Claude, lui, est allé se coucher. Il n’avait pas d’idées suicidaires au moment où il a écrit son message. Vous connaissez la suite...

Je vous raconte cette intervention musclée, car, pour moi, elle s’avère une magnifique opportunité d’aborder le sujet du malaise et de l’impuissance que l’on peut ressentir lorsque quelqu’un - un proche, un ami, un voisin ou un collègue - nous partage son mal de vivre. Quoi faire? Comment intervenir et aider? Dans la mésaventure de Claude, tout le monde a agi de bonne foi, j’en suis profondément convaincue.

Les ressources sont là 24/7 pour les gens souffrants et leurs proches

Les messages électroniques portent parfois à confusion, davantage peut-être lorsqu’ils sont lourdement chargés d’émotion. C’est pourquoi, au Centre de prévention du suicide de Québec, Lynda Poirier suggère d’emblée une conversation de vive voix. Posez la question directement : « Penses-tu au suicide? Je m’inquiète pour toi. » Certains d’entre nous peuvent être très mal à l’aise d’aborder le sujet de manière aussi frontale ou même d’évoquer le mot « suicide ». Si c’est le cas, un intervenant du Centre de prévention du suicide peut s’occuper de faire l’appel. Dans certains cas, il peut même se déplacer pour rencontrer la personne souffrante. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, partout au Québec, des intervenants sont là pour aider et guider les Québécois qui ont des pensées suicidaires et ceux et celles qui les entourent.

Quarante ans plus tard, les services d’aide sont encore méconnus pour certains

Ce mois-ci, le Centre de prévention du suicide de Québec fête ses quarante ans. Encore trop de citoyens ignorent les mains tendues que peut offrir le centre ou hésitent à y faire appel. À l’heure où encore trois Québécois s’enlèvent la vie chaque jour et où des messages de détresse comme celui de Claude peuvent être mal interprétés, je redonne le numéro de la ligne québécoise d’intervention avec l’espoir qu’il soit utilisé sans retenue. Toutefois, pour les menaces de suicide imminent, vous connaissez bien le numéro : 9-1-1. Les policiers seront là pour réagir promptement, comme l’a constaté Claude.

Pour joindre un intervenant spécialisé en prévention du suicide, partout au Québec: 1-866-APPELLE / 1-866-277-3553

Pour le site Web du Centre de prévention du suicide, vous pouvez cliquer ici.