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Le monopole de la SAQ menacé par les Australiens

Des producteurs réclament un accès direct aux épiceries et dépanneurs

SAQ
Photo d'archives La SAQ entend faire valoir ses droits devant l’OMC aux côtés du gouvernement du Québec.

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La Société des alcools du Québec (SAQ) plaidera sa cause devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), alors qu’une plainte déposée par l’Australie contre le Canada attaque pour la première fois son monopole. La menace est réelle, prévient le PDG de la SAQ, Alain Brunet.

« On est sous pression. La menace ne vient plus du gouvernement qui pourrait nous privatiser. La pression vient de l’ouest, des marchés qui s’ouvrent et du web », a indiqué le grand patron de la SAQ en entrevue au Journal.

Selon ce dernier, le monopole de la vente d’alcool (vins et spiritueux) des provinces pourrait tomber si l’OMC donne raison aux producteurs de vins de l’Australie qui réclament un accès direct à leurs produits dans les épiceries et les dépanneurs partout au pays. « On va se défendre. Mais cela pourrait avoir un impact important pour la SAQ, sur la valeur de la société d’État, sur les actifs, sur les points de vente, sur nos magasins, sur nos baux, sur nos conventions collectives et sur nos employés », prévient M. Brunet.

Faire valoir ses droits

La SAQ entend faire valoir ses droits devant l’OMC aux côtés du gouvernement du Québec, alors que la loi 88 permet depuis l’an dernier aux producteurs de vins québécois de vendre leurs produits dans les 8000 épiceries et dépanneurs du Québec sans passer par la société d’État.

Outre le Québec, la Colombie-Britannique, l’Ontario et la Nouvelle-Écosse sont également visées par la démarche de l’Australie.

L’an dernier, les vignerons californiens ont déposé une plainte devant l’OMC pour vendre leurs produits dans les épiceries et dépanneurs partout au pays. Cette démarche a depuis été mise en veille dans le cadre de la renégociation du traité de l’ALENA avec les États-Unis.

La cause Comeau

La cause Comeau devant la Cour suprême est également suivie de près par la SAQ. Un jugement favorable à ce citoyen (Gérard Comeau) du Nouveau-Brunswick qui conteste les barrières tarifaires sur l’alcool entre les provinces pourrait faire mal à la SAQ. « Ça pourrait être un big bang pour nous », reconnaît le PDG de la SAQ.

Une décision favorable à M. Comeau ouvrirait ainsi la porte aux détaillants qui seraient tentés de commander directement à des vignobles canadiens en ne passant plus par la SAQ.

D’ici là, Alain Brunet soutient que la SAQ est condamnée à « être la meilleure » dans son domaine. « On planifie nos affaires pour les trois prochaines années. Si ça ouvre, on sera capable de répondre. Soyons mobilisés pour faire les bonnes choses et être les meilleurs en termes de coûts, d’offre, de service et de satisfaction de la clientèle. C’est ça qui va driver le show », souligne-t-il.

Pourquoi avoir accès aux épiceries et dépanneurs ?

  • Près de 8000 points de vente au Québec comparativement aux 400 magasins de la SAQ
  • Permet de joindre un plus grand nombre de consommateurs
  • Possibilité de vendre des vins embouteillés en Australie qui sont seulement en vente dans les magasins de la SAQ
  • Actuellement, la législation québécoise permet seulement aux vins australiens importés en vrac et embouteillés au Québec d’être vendus dans les épiceries et dépanneurs.
  • Avec l’éventuelle entrée en vigueur du Partenariat transpacifique (TPP), les prix des vins australiens vont baisser. Ils seront concurrentiels avec les vins européens.
  • La plainte de l’Australie devant l’OMC arrive deux ans après une demande faite au Canada d’abaisser les tarifs douaniers sur les vins australiens.
  • Les ventes des vins australiens avoisinent les 230 millions $ CA au pays
  • Les vins australiens représentent 6 % des ventes de vins à la SAQ

Lettre envoyée à l’OMC par l’Australie, qui attaque le monopole de la Société des alcools au Québec