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Marc-Urbain Proulx en exige encore plus

L’économiste croit que c’est au tour de la région de recevoir des investissements

L’économiste Marc-Urbain Proulx pense qu’il faut mettre un peu de pression sur Rio Tinto pour obtenir plus d’investissements.
Photo Stéphane Bouchard L’économiste Marc-Urbain Proulx pense qu’il faut mettre un peu de pression sur Rio Tinto pour obtenir plus d’investissements.

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Rio Tinto s’apprête lundi à lancer la phase 1 projet Vaudreuil 2022. Si cette annonce a été généralement bien accueillie, l’économiste Marc-Urbain Proulx pense que la région pourrait exiger davantage de la multinationale. Le Journal l’a rencontré chez lui pour en discuter.

Vous êtes à la tête d’un projet de déclaration commune régionale qui vise à demander davantage d’investissements de Rio Tinto. Pourquoi ?

« On est dans une situation où on avait 12 000 emplois chez Alcan et il en reste aujourd’hui moins de 3000. Bien sûr, Rio Tinto en crée un peu dans la sous-traitance, mais ce n’est pas le même type d’emploi ni même de volume. Ici, les gens sont déçus et sont épuisés. On a un leadership éclaté, et Rio Tinto domine le discours sur l’aluminium au Saguenay–Lac-Saint-Jean. [...] On a fait un forum apolitique en 2016 parce que plein de dossiers n’aboutissaient pas. Il doit y avoir une prise en main. »

Quel est le but de cette déclaration ?

« Le prix de l’aluminium augmente. Rio Tinto a fait des profits l’an dernier assez important. On se dit que ce serait bien à notre tour là, avant qu’ils investissent dans le fer ou dans le cuivre... Ils nous ont promis des investissements et de s’occuper des conditions pour que nos transformateurs puissent avoir des conditions de profitabilité. On a formulé six grandes revendications [poursuite d’AP-60, installation d’un laminoir, investir en recherche, etc.] et on a mis en place un comité de suivi pour les concrétiser. »

L’annonce de la phase 1 de l’usine Vaudreuil fait partie d’un plan d’investissement d’environ 1,5 milliard de dollars. C’est tout de même un bon début, non ?

« Oui, mais la moitié de cette somme, c’est de l’entretien des équipements. Ce n’est pas de l’investissement. Les 16 nouvelles cuves AP-60, ça a du sens. On espère que ça va nous conduire vers un complexe neuf à Arvida. C’est un pas vers ce que l’on demande. On réclame des immobilisations majeures et ils nous font miroiter que ça s’en vient. Mais c’est une promesse qui a été faite en 2006... »

La transformation de la bauxite en alumine à Arvida est présentée par Rio Tinto comme une condition au bon fonctionnement de leur complexe d’alumineries. Qu’en pensez-vous ?

« Rio Tinto s’est aperçu de la valeur stratégique de Vaudreuil. Dans une étude que j’ai faite il y a quelques années, on s’était rendu compte qu’elle était rentable. Avant, aux six mois, il menaçait de fermer l’usine. Leur discours a changé. C’est déjà un gain de rendre les travailleurs moins nerveux et de donner un peu de pouvoir au syndicat. »

Gervais Jacques, la semaine dernière, a parlé de ses inquiétudes quant au commerce avec les Américains. Est-ce que Rio Tinto doit craindre les négociations de l’ALÉNA ?

« Je serais très surpris si ça avait un effet sur Rio Tinto. Ils se servent de ça comme argument pour illustrer leur insécurité, pour démontrer qu’elle est réelle. Ça me surprendrait beaucoup que l’ALÉNA touche à l’aluminium pour la simple et bonne raison que les Américains ont fermé leurs alumineries qui étaient polluantes et désuètes. »