/news/education
Navigation

Développement humain: le bonheur comme motivation

DM gaston marcotte-01
Photo d'archives, Daniel Mallard

Coup d'oeil sur cet article

L’abandon de l’école obligatoire avant la diplomation est un problème qui préoccupe les parents, les enseignants et les politiciens. Comme éducateur, j’estime que le problème ne découle pas d’un manque de persévérance de la part des jeunes. C’est pourquoi je propose une solution qui s’attaque à la cause principale des nombreux problèmes de l’éducation obligatoire y compris celui de la persévérance plutôt qu’à ses effets récurrents.

Aspiration au bonheur

Les êtres humains sont biologiquement une fin en soi, donc à eux-mêmes leur valeur absolue. Ils aspirent tous naturellement à vivre heureux ici et maintenant. Ils ont cherché sans répit à diminuer leur misère et leur souffrance et à augmenter leur plaisir et leur joie de vivre. Cette aspiration innée au bonheur a été et continue d’être le principal moteur du progrès dans tous leurs secteurs d’activités. Chaque nouvelle génération a donc un droit naturel et inaliénable à une éducation au bonheur adaptée à toutes les catégories d’âge.

Pour respecter ce droit, il faut que l’éducation soit fondée sur une science et un art transdisciplinaires du développement humain. Cette approche globale et personnelle susciterait l’intérêt des jeunes envers l’école et les contenus de ses programmes, condition fondamentale de leur persévérance. Sans quoi, le discours de l’éducation sur le développement intégral de l’élève continuera d’être pure mystification.

Assujettissement de l’école

Mettons les choses au clair. L’éducation obligatoire n’a jamais fait du bonheur humain sa raison d’être. En fait, la plus importante institution publique a toujours été assujettie aux différents pouvoirs en place qui se disputent son contrôle. Les religions, les idéologies politiques, les industries, les professions et les syndicats ont toujours cherché à mettre l’éducation au service de leurs intérêts particuliers au détriment des nouvelles générations et du bien commun. Dépourvue d’une finalité éducative fondée sur une conception naturelle, rationnelle et scientifique, donc universelle, de la commune nature des êtres humains, l’école continuera d’être en crise malgré toutes les réformes dont elle est l’objet.

Un être d’apprentissage

Les jeunes sont naturellement curieux. Ils veulent tout toucher, tout voir, tout savoir et tout faire. Ils n’arrêtent jamais. De plus, leur mode d’apprentissage par excellence n’est pas la mémorisation, mais l’imitation et l’expérience. Ce n’est pas motivant pour des jeunes remplis d’énergie et de curiosité d’être cantonnés dans une salle pour apprendre des matières pour lesquelles on n’a pas su créer de l’intérêt. On ne leur a pas enseigné à relier ce qu’ils apprennent à leur propre développement et à leur bonheur. Faut-il alors se surprendre que 75 % des jeunes s’ennuient à l’école ? Pour un enfant, s’ennuyer est la pire des choses, alors qu’intégré dans des activités qui l’intéressent, il est capable d’une persévérance surprenante.

Montaigne (1533-1592) nous a avertis qu’il fallait viser la tête bien faite plutôt que bien pleine. En fait, l’éducation obligatoire devrait avoir comme fonction sociale d’aider les membres de chaque nouvelle génération à s’humaniser toujours davantage. Or, pour réussir à relever le plus important défi de l’humanité, elle doit enseigner aux jeunes à connaître et surtout à développer le plus possible chacune des grandes dimensions de leur être (physique, intellectuelle, affective, sexuelle, morale, etc.) qu’ils ont héritées en potentiel à la naissance.

Quand l’école sera centrée sur l’actualisation des potentialités humaines des enfants et des adolescents et sur la satisfaction de leur aspiration naturelle à vouloir vivre heureux ici et maintenant, j’estime que la persévérance scolaire ne sera plus un problème majeur.

Une approche préventive par excellence

Respecter le droit inaliénable d’une éducation au bonheur est, quant à moi, l’approche préventive par excellence puisqu’elle est rationnelle, morale, scientifique et économique. Ne pas respecter le plus fondamental des droits de la personne est, selon moi, le premier crime contre l’humanité puisque tous les autres en découlent directement ou indirectement. Ce crime est d’autant plus inexcusable que les humains possèdent présentement suffisamment d’experts, de connaissances, d’institutions éducatives, d’argent et de technologies pour élaborer et diffuser à la grandeur de la planète des programmes d’éducation au bonheur.

Gaston Marcotte est professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval et président fondateur du Mouvement Humanisation.