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Maman d’abord médecin ensuite

Alex Harvey vit une relation étroite avec sa mère, Mireille Belzile

Alex Harvey
Photo Alain Bergeron À la fois maman et médecin de l’équipe canadienne, Mireille Belzile fait profiter son fils Alex Harvey de deux présences dans une, comme sur cette photo prise après sa deuxième place au 15 km de la Coupe du monde de Seefeld en Autriche, deux semaines avant les Jeux.

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PYEONGCHANG | Ça doit se passer de la même façon durant une semaine aux Jeux olympiques que lorsqu’il avait 7 ans et qu’il rentrait de l’école. Entre Alex Harvey et Mireille Belzile, ça demeure toujours le même lien affectif qui unit un fiston à sa mère.

Dictée par l’éthique, Mireille Belzile joue en retrait son rôle de médecin de l’équipe canadienne de ski de fond. Aux championnats du monde ou dans l’atmosphère plus relaxe d’un camp d’entraînement préolympique, on la voit peu. Pour une rare fois, cependant, on l’a aperçue dans l’aire des médias pendant que son fils faisait la tournée des entrevues suivant sa septième place du 15 km en style libre, le vendredi 16 février.

Spontanément, on a imaginé un lien entre sa présence et la tourmente du 32e rang d’Harvey au sprint individuel, trois jours plus tôt, générée par sa colère et sa défilade pour échapper aux médias.

« Quand il a quelque chose à dire, ça sort vite. Avec les années, il a fallu lui expliquer que, parfois, il peut attendre un peu avant de s’exprimer. Surtout devant les journalistes ! », nous l’avait décrit sa mère durant le stage d’entraînement préolympique en Italie.

« Un perfectionniste »

Cette image détaillée deux semaines avant les Jeux s’avère aujourd’hui une anecdote de circonstance dans ce contexte olympique. La dame connaît l’athlète pour en avoir tricoté chaque maille. Cette photo qu’elle en faisait avant même cet épisode orageux d’il y a 10 jours devient un sujet d’actualité.

« Alex est un perfectionniste. Les petits détails sont importants pour lui et ça explique pourquoi il progresse. Chaque entraînement sert à améliorer quelque chose. Ce n’est pas pour le plaisir. Il analyse beaucoup, il regarde ce que les autres skieurs font et il ne veut pas être stressé par des petits détails qui ont été oubliés. Ça le choque. Il fait son travail de façon professionnelle, alors il s’attend à ce que l’administration autour de lui le fasse aussi. »

Encore aujourd’hui à 29 ans, le champion du monde en titre du 50 km dit cogner à la porte de sa mère presque après chaque course. Son vécu en médecine du sport et dans l’environnement propre au ski de fond, qui remonte à l’époque où elle partageait le quotidien de l’ancien skieur Pierre Harvey dans sa carrière internationale, fait d’elle l’une des premières confidentes de son fils.

« On échange presque après chaque course, soit par texto, soit par téléphone. Elle a toujours eu les bons mots et su quoi me dire », affirme-t-il, saluant comme un double privilège cette relation d’un fils avec une maman qui est également médecin de l’équipe.

« Ça remplit encore plus ma vie », avoue-t-il.

Le bonheur comme seul souhait

Durant la lecture de ces lignes, le 50 km en style classique disputé la nuit dernière sera terminé et Alex Harvey aura conclu ses troisièmes et derniers Jeux olympiques. On apprendra si le podium olympique tant espéré a continué à le bouder. Peu importe le résultat, Mireille Belzile tiendra avec lui le même discours que lors de ses premières courses aux Jeux du Québec.

« Elle sait tourner les choses en positif, mais jamais trop. Elle demeure réaliste, mais pas aveuglément positive », observe le fiston.

« À partir du moment où tu as fait du mieux que tu as pu, mais qu’il arrive quelque chose d’incontrôlable, il faut quand même être fier si le résultat n’est pas celui que tu souhaitais. Il ne faut pas faire une dépression avec ça », rappelle la mère avec des mots usuels.

La retraite de la compétition active doit se produire à la fin de la saison prochaine pour le skieur de Saint-Ferréol-les-Neiges. Entre-temps, la maman ne souhaite pas d’autres résultats précis pour son fils. Un seul souhait la préoccupe : qu’il garde son bonheur intact à pratiquer ce métier.

« Qu’ils continuent à avoir du plaisir à faire ce qu’il fait, espère-t-elle. C’est trop difficile de faire l’entraînement requis pour réussir dans ce sport, alors quand il n’aura plus de plaisir et qu’il ne sera plus bien là-dedans, il prendra la décision qui lui appartient. Connaissant l’attitude d’Alex, il ne pourra pas le faire à moitié... »

Il y a autre chose que le ski

La beauté avec le ski de fond, c’est qu’il permet de glisser aussi sur d’autres sujets quand Alex Harvey retrouve les siens autour d’un repas.

Le sport a toujours occupé le centre de la famille, mais quand un skieur professionnel entre dans la maison maternelle pour le souper du dimanche, même s’il s’agit d’un champion du monde, tous les acteurs autour de la table y trouveront leur rôle. Le souci de ne négliger personne, autant ses deux sœurs que les amoureux et amoureuse, ne sera jamais négociable dans cette cellule.

« Quand Alex revient à la maison, je m’assure que l’attention ne soit pas centrée à 100 % sur le ski. C’est sûr qu’au premier repas, il va y avoir une révision de ce qu’il a fait et les filles vont lui poser un paquet de questions, mais ensuite, j’essaie de dévier sur ce que les filles ont fait. Il faut que tout le monde trouve son intérêt et ça, ça se fait naturellement », expose sa mère, Mireille Belzile.

« C’est bon qu’elle insiste, concède le fils. C’est bon pour moi et c’est bon pour mes sœurs pour éviter qu’on parle juste de ski. Je suis tellement passionné de ski que je m’emporte, mais c’est bon qu’elle me rappelle de parler d’autres choses. En même temps, mes sœurs aiment aussi que j’en parle. Mes deux plus grandes fans, ce sont mes sœurs. »