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L’infirmière en 2018 est bien plus que ce que vous croyez

Entre collaboration et formation, sa passion demeure et évolue

L’infirmière en 2018 est bien plus que ce que vous croyez

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Ma mère est infirmière. Vous le savez, je l’ai dit ici. Mais ce que vous ne savez pas, c’est qu’elle est à l’aube de la retraite de ce milieu qu’elle chérit autant pour ses défis que pour sa progression fulgurante. Or, comment la santé physique (et mentale) peut-elle avoir à ce point évolué?

J’ai voulu comprendre. Rachida Moudjed, infirmière assistante au supérieur immédiat au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, et Joël Brodeur, directeur du Développement et soutien professionnel à l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) ont eu la générosité de m’expliquer.

Ils m’ont parlé des changements législatifs soutenus par l’OIIQ, mais surtout de la façon dont la pratique infirmière s’élargit, se dynamise et s’actualise en suivant l’évolution de la santé au Québec.

Par-dessus tout, ils m’ont témoigné d’une passion toujours aussi vive après plusieurs années de pratique.

L’infirmière idéale en 2018 n’est pas celle qui connaît tout (cela relève de l’impossible!), mais celle qui sait faire bénéficier les autres de ses forces et avoir recours aux autres lorsque ses compétences atteignent leur limite. Et le patient là-dedans? Il est au centre, au premier plan. 

 

Une capacité d’évaluation aiguisée

«À titre d’infirmière, j’ai l’autonomie, la compétence et l’autorité d’exercer plusieurs activités réservées, dont l’évaluation de la condition physique et mentale de la personne», explique Rachida Moudjed, infirmière assistante au supérieur immédiat. Mme Moudjed exerce en unité spécifique de santé mentale en CHSLD.

«Il est important que les résidents confient leur état de santé à l’infirmière», poursuit-elle. «Comme infirmière, j’utilise mon jugement clinique et ma capacité d’évaluation avec acuité: j’observe et j’analyse l’état général du résident et j’objectivise ses dires bien au-delà des propos qu’il me révèle.» C’est sur la base de cette évaluation qu’elle intervient grâce à des activités de prévention ou de traitement des problèmes de santé.

«Une fois cela fait, je transmets l’information aux autres professionnels de la santé, dont le médecin, afin que chacun puisse pleinement jouer son rôle. Je suis en quelque sorte les yeux et les oreilles de l’équipe interprofessionnelle qui collabore à la santé du résident», complète-t-elle.

L’infirmière en 2018 est bien plus que ce que vous croyez
Rachida Moudjed, infirmière assistante au supérieur immédiat en CHSLD

«J’ai la responsabilité et l’assurance de faire tout ce qui est possible en termes d’observation et de soins dans la mesure de mes activités réservées», ajoute Rachida Moudjed. Pour offrir des soins sécuritaires et de qualité aux résidents, l’infirmière fait régulièrement l’évaluation du risque de chutes et de développement des plaies, élabore des plans d’intervention avec les autres intervenants, coordonne le travail d’équipe sur son unité et offre même de la formation à ses pairs.

«Autrefois, le patient attendait le médecin pour lui parler de son état, puis passait d’un professionnel de la santé à l’autre. Aujourd’hui, l’équipe de professionnels gravite autour du patient en apportant tour à tour le meilleur de leurs compétences. Et cette liaison se fait d’abord par l’infirmière», soutient Joël Brodeur, infirmier et directeur du Développement et soutien professionnel à l’OIIQ.

 

Une relation de confiance avec le patient

En 2018, il y a d’abord la confiance, puis les soins.

«Nous situons le résident au centre d’une relation basée sur la confiance. Nous arrivons ainsi à poser les bons gestes et à offrir des interventions individualisées. Cette confiance ne se développe que dans un grand respect de la personne: de sa condition de santé, certes, mais aussi de son rythme, de son niveau d’autonomie et de son entourage», précise Rachida Moudjed.

L’infirmière en 2018 est bien plus que ce que vous croyez
Rachida Moudjed, infirmière assistante au supérieur immédiat en CHSLD

«D’ailleurs, la famille et l’entourage sont des alliés de première ligne qu’on inclut au cœur de nos approches participatives. Ils sont à même de nous fournir une foule d’informations sur le patient et jouent donc un rôle clé. En 2018, la famille fait partie de notre équipe. Tous ensemble, nous relevons le défi d’une meilleure santé», soutient l’infirmière.

 

La collaboration interprofessionnelle comme atout

«De nos jours, il est impossible de fournir les meilleurs soins avec une seule infirmière ni seulement qu’avec des infirmières. L’interdisciplinarité est un incontournable. Heureusement, à travers le réseau de la santé, nous avons les infirmières qui sont présentes 24/7, 365 jours par année et qui veillent sur la santé des patients et alimentent les réflexions de l’équipe de soins», souligne Joël Brodeur.

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Rachida Moudjed, infirmière assistante au supérieur immédiat en CHSLD et sa collègue Chloé Beerens, ergothérapeute

«En m’investissant pleinement dans l’évaluation de la condition physique et mentale du patient, j’arrive à cerner la problématique, à la présenter à l’équipe de soins et à occuper le rôle d’un bon leader clinique. Nos expertises professionnelles sont complémentaires. Dans le domaine de la santé, il n’y a pas de place pour l’orgueil, nous allions nos forces sans jamais perdre de vue notre objectif commun: la sécurité et la santé du patient», insiste Rachida Moudjed.

Le travail interprofessionnel en devient mathématique. Tous multiplient leurs forces et leurs compétences en travaillant systématiquement en équipe. Le résident a ainsi accès au meilleur de son équipe interprofessionnelle. Il reçoit des soins concertés en fonction de ce qu’il souhaite et de ce qu’il priorise pour sa santé.

 

Des changements de lois, mais surtout de pratiques

L’OIIQ assure la protection du public par et avec les infirmières et les infirmiers du Québec grâce à des mécanismes qui encadrent la pratique des soins infirmiers.

«En 2003, le milieu des soins infirmiers a vécu une “grande révolution”», explique Joël Brodeur. «À la suite de nombreux travaux menés par l’OIIQ, la Loi sur les infirmières et les infirmiers (LII) a été révisée. Ces modifications tiennent compte de l’évolution de la santé au Québec dans une perspective d’avenir, car une pratique qui semble audacieuse aujourd’hui sera peut-être salvatrice demain. Il nous fallait donc une loi évolutive.»

L’infirmière en 2018 est bien plus que ce que vous croyez
Joël Brodeur, directeur du Développement et soutien professionnel à l’OIIQ (Photo Dominick Gravel/Agence QMI)

«Grâce aux lois 21 et 90 qui ont modifié la LII, nous sommes passés des activités déléguées par le médecin, c’est-à-dire dictées aux infirmières, aux activités réservées aux infirmières, dont elles gardent l’entière responsabilité. Il s’agit d’activités pour lesquelles elles ont été formées et qui leur permettent de pleinement occuper leur champ de compétences.»

«Pensons par exemple à la vaccination des enfants qui était autrefois prescrite par le médecin et qui est maintenant complètement sous la responsabilité de l’infirmière. Ou encore à la capacité d’évaluation de la santé physique et mentale que toutes les infirmières exercent», poursuit-il.

«Le champ d’exercice des infirmières est très vaste. Bien sûr, il ne revient pas aux infirmières de tout savoir. Or, il est de leur responsabilité d’obtenir la formation complémentaire à leur pratique. Ainsi, toute infirmière, qu’importe son domaine, doit effectuer au moins 20 heures de formation continue par année afin de faire évoluer ses connaissances.»

 

La formation continue comme planche de salut

«À l’OIIQ, nous protégeons le public afin qu’il reçoive les soins nécessaires de manière sécuritaire. Pour ce faire, il est important de ne pas demeurer figés dans certaines façons de soigner», souligne Joël Brodeur. 

Si depuis les années 1970, il y a bon an mal an 9 % d’hommes qui occupent la profession d’infirmier, le milieu demeure fortement féminin. Le féminin est donc utilisé afin d’alléger le texte et surtout, de refléter la réalité du terrain.

«Cela passe d’abord par les infirmières, ajoute le directeur du Développement et soutien professionnel à l’OIIQ, que nous soutenons en offrant de la formation continue en ligne et en salle, des guides, des outils de soutien, des cadres de références et des lignes directrices. Le tout est développé à la suite d’analyses de besoins afin de s’assurer que le développement des formations et d’autres outils de soutien soient adaptés aux besoins des infirmières et de leurs clientèles.»

«En tant qu’infirmières, nous avons toutes réussi une formation scolaire initiale offerte au cégep ou à l’université. Il s’agit d’un levier qui nous mène à pratiquer en toute sécurité dans un milieu de soins», dit Rachida Moudjed.

«Cela dit, avec les années, la science et la technologie évoluent. La clientèle change aussi. Elle se fait vieillissante et présente une forte comorbidité, soit plusieurs pathologies à la fois, dont des maladies mentales. La réalité du terrain se transforme si rapidement qu’il nous faut actualiser nos connaissances acquises lors de la formation initiale», explique l’infirmière.

L’infirmière en 2018 est bien plus que ce que vous croyez
Rachida Moudjed, infirmière assistante au supérieur immédiat en CHSLD

 

«La formation continue nous permet ainsi de maintenir nos capacités à intervenir sur le terrain, d’améliorer nos techniques et d’actualiser nos connaissances. Elle est un vecteur de développement professionnel pour les infirmières, mais surtout une façon de protéger le public auprès duquel nous pratiquons. Car en somme, c’est pour le public que nous travaillons si fort», conclut-elle.

L’infirmière en 2018 est bien plus que ce que vous croyez
Rachida Moudjed, infirmière assistante au supérieur immédiat au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et Joël Brodeur, directeur du Développement et soutien professionnel à l’OIIQ (Photo Dominick Gravel/Agence QMI))

 

Même après tant d’années passées dans le milieu des soins, l’étincelle brille encore dans les regards de Joël Brodeur et de Rachida Moudjed, qui lance spontanément: «J’aime ce que je fais, j’aime ma profession et pour l’aimer encore davantage, cela passe par de l’enrichissement au quotidien. Mais en toute honnêteté, je ne ferais rien d’autre, tant j’aime ce que je fais».


J’imagine que c’est de ces soins infirmiers que ma mère me parlait... une histoire de passion qui évolue.

 

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