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Être un enfant du divorce

Être un enfant du divorce

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Aujourd’hui je parle de ce que c’est qu’être une enfant du divorce, parce que j’en suis une. En fait je dis ça, mais je suis d’abord et avant tout l’enfant d’une... union ratée. Mine de rien, ça comporte quand même son lot d’avantages.

Être un enfant du divorce c’est pouvoir choisir chez qui tu soupes en fonction de ce qu’il y a au menu.

C’est savoir qu’avec ta famille recomposée, ton quotidien est tellement plus l’fun. Imaginez comme Ramdam aurait été plate si la prémisse avait tourné autour d’une famille nucléaire. Ça aurait été quoi le show? Deux parents unis avec leurs trois enfants ben normaux qui vivent une vie ordinaire? Ouin, dans le fond ça aurait été Les Parent... Laissez-faire.

Par contre, être un enfant du divorce, ça vient aussi avec beaucoup de sacrifices.

C’est passer ton adolescence à avoir l’air d’un itinérant quand t’es dans l’autobus avec tes 28 valises pour la semaine.

C’est se faire regarder avec pitié par ceux dont les parents font encore semblant de s’aimer.

C’est devoir faire comme si tu n’avais pas de parent préféré pour ne pas que ton père soit blessé. Ce n’est pas méchant, c’est juste que j’ai le droit de déjeuner des Toasters Strudels chez maman!

Quand j’étais enfant, l’image que j’avais du divorce était assez clichée. Deux maisons, deux chambres, deux Noëls, deux nouveaux beaux-pères chaque année. J’ai assez bien vécu ça, parce que mes parents ont su faire la distinction entre ce qu’on peut dire à un enfant et ce qui doit rester dans le bureau d’Anne-France Goldwater. C’est important ça. De dire à l’enfant que ce n’est pas de sa faute, que vous l’aimez et de le distraire tout de suite en lui donnant un p’tit chien. N’allez pas lui dire: «Ouin, ben notre vie sexuelle est vraiment rendue monotone depuis qu’on t’as eu et on ne s’endure plus, alors toi, tu vas aller voir un psy jusqu’à tes 30 ans pour gérer ta peur de l’abandon!»

C’est sûr que malgré tout, quand tu vois tes parents se séparer, ça te fait grandir plus vite que prévu. Moi à 8 ans, c’était fini, je ne croyais déjà plus à l’amour. Quand le p’tit Sébastien m’avait demandé si je voulais sortir avec lui, je lui ai répondu avec ma palette manquante : «Pour quoi faire Seb? Pour qu’on vive dans l’illusion d’un couple qui nous comble puis réaliser à 40 ans qu’on n’est pas faits l’un pour l’autre? Pour aller gaspiller la moitié de nos RÉER en cour quand on va s’obstiner pour la garde des enfants? Pour vivre dans le regret et me dire que j’aurais peut-être été plus heureuse en acceptant de sortir avec le petit Mathieu à la place? Je vais passer mon tour.»

D’ailleurs, si vous êtes présentement pleine procédure de divorce, il y a certains trucs à éviter.

Faites attention pour ne pas embarquer vos enfants dans vos chicanes. Votre petit Félix de 8 ans n’est pas un pigeon voyageur. Il n’y a pas un enfant qui devrait se retrouver à dire : «Maman, papa fait dire que tu dois signer mon bulletin, pis que t’es une vieille sèche.»

Come on. Faites pas comme si vous n’étiez pas doués pour les cachotteries. Si vous avez été capable de nous cacher vos amants, vous devriez pouvoir nous cacher vos différends!

Évitez aussi d’acheter la paix avec des cadeaux. Oui, ça peut nous faire plaisir sur le coup, mais avec le recul, on réalise que ça fait juste baisser le montant de notre héritage!

Mais ce qui est le plus important de retenir, c’est que divorcer, c’est mieux que de rester ensemble pis de se forcer. Là où tu peux te forcer par exemple, c’est lors du choix initial de ton partenaire! (N’est-ce pas maman?) Moi, quand mon beau-père me faisait suer, ma mère me disait «Rosie, ça prend un village pour élever un enfant.» Je ne savais pas que ça voulait dire «Rosie, tiens-toi prête parce que je vais dater le village au complet! »

Finalement, quand on y pense le divorce ce n’est vraiment pas la fin du monde. Même si nos photos de famille sont faites en déco-patch avec des petits bouts de têtes déchirés et recollés, même si on est obligés de faire un schéma sur papier pour expliquer comment ça se fait que chez nous il y a cinq noms de famille, on s’en remet.

Tout ce qui compte, c’est la douceur avec laquelle vous déchirez l’arbre généalogique. Arrangez-vous juste pour ne pas briser par mégarde la branche sur laquelle vos enfants se tiennent. Après, tant que vous réussissez ça, on peut aller pousser à peu près n’importe où.

► Vous pouvez entendre Rosalie Bonenfant sur les ondes du 107,3 Rouge tous les vendredis matin à 7 h 30.