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Transport collectif à Québec: la facture avoisinera les 5 milliards $, prédit un ingénieur

Transport collectif à Québec: la facture avoisinera les 5 milliards $, prédit un ingénieur
Photo courtoisie, Ville de Québec

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La facture du méga projet de transport collectif à Québec risque de friser les 5 milliards $ selon l’ingénieur Robert Vandewinkel, sceptique devant le coût de 3 milliards $ avancé par l’administration Labeaume.

«Moi, j’ai fait des calculs mais juste pour le tramway et le site dédié pour le trambus, j’arrive à 3,4 milliards $ et c’est relativement conservateur. Si je regarde l’ensemble du réseau, il y a aussi les sites dédiés qu’il va falloir créer pour les Métrobus. On approche les 5 milliards $», a confié l’ingénieur de la firme Arkobold à Saint-Augustin-de-Desmaures, en entrevue avec Le Journal.

Robert Vandewinkel
PHOTO D'ARCHIVES, DIDIER DEBUSSCHÈRE
Robert Vandewinkel

M. Vandewinkel reconnaît qu’il n’a pas pu consulter l’ensemble des documents de la Ville de Québec ni les annexes techniques qui détaillent les nombreuses composantes de ce projet d’envergure. Il base son estimation sur un coût moyen par kilomètre en s’appuyant sur «diverses publications sur les techniques de construction pour ce genre de construction».

Ainsi donc, il conclut qu’il en coûterait environ 600 M$ uniquement pour les deux tunnels, 2,8 G $ pour 37 kilomètres de voies exclusives (tramway et trambus) puis environ 1,2 G $ pour les nouvelles voies réservées aux futurs Métrobus si la Ville choisit de déplacer les infrastructures souterraines pour éviter d’éventuels bris et des interruptions de service. Total : 4,6 G $.

Vendredi, le maire Régis Labeaume et le premier ministre Philippe Couillard avaient tous deux affirmé avec conviction qu’ils ne s’attendaient pas à des dépassement de coûts en raison de l’expertise acquise par la Ville et le Bureau de projet du SRB au fil des ans.

Promotion d’un projet de métro

«Là, on vend le concept et on vend le rêve. C’est une approche d’urbanistes mais pas une approche d’ingénierie. Je suis sûr qu’ils ont dû consulter des gens au service de l’ingénierie mais tant que la Ville ne nous donnera pas des chiffres plus précis, je suis dubitatif», a renchéri celui qui fait la promotion d’un projet de métro pour Québec et Lévis.

Un tel projet, encore plus coûteux, serait évalué entre 6,5 G $ et 8 G $ mais se justifierait davantage auprès de la population, croit-il. «Grosso modo, un tramway en surface coûte environ 75 M$ du kilomètre et un métro souterrain coûte 300 M$. Par contre, la durée de vie est cinq fois plus longue que celle du tramway. Le métro, une fois qu’il est en place, il est bon pour 150 ans minimum», plaide-t-il.

Le projet dévoilé vendredi dernier, qualifié d’«ambitieux» par le maire Régis Labeaume, n’incitera pas suffisamment d’automobilistes à abandonner leur voiture selon lui. En pourcentage, le transfert du mode de déplacement sera «au mieux de 1,5 % à 3 %» alors qu’avec un métro, «la littérature nous enseigne que le transfert modal varie entre 16 % et 21 % et dans certains cas jusqu’à 35 %».

L’ingénieur de Saint-Augustin se désole par ailleurs qu’aucune connexion n’ait été planifiée à ce stade-ci avec la rive-sud, bien que le gouvernement Couillard se soit engagé à aller dans cette voie. «C’est un peu triste. On rate aussi Marly alors qu’il y a quelques milliers de fonctionnaires qui travaillent là», observe-t-il.

Voies retirées à l’automobile

M. Vandewinkel ne comprend pas non plus les calculs de la Ville de Québec, qui avançait vendredi que seulement 1,7 kilomètres de voies seraient retranchées pour la circulation automobile, notamment dans le secteur Charest entre Saint-Sacrement et Marie-de-l’Incarnation.

Il demande encore à être convaincu puisqu’il anticipe des retranchements de voies sur René-Lévesque, dans Limoilou et même sur Laurier, bien que la Ville assure le contraire.

L’ingénieur se questionne aussi sur les effets du dynamitage au centre-ville pour creuser le tunnel de 2,6 km. «Quand on va commencer à faire le dynamitage, il ne faut pas oublier que dans le roc, les ondes vont se propager et ça peut avoir des effets dans tout le quartier Saint-Jean-Baptiste.»

Les impacts de l’utilisation d’une foreuse rotative – qu’on appelle communément un tunnelier – seraient nettement moins irritants pour les citoyens de Québec selon lui.

Robert Vandewinkel effectuera une présentation de son projet de métro, jeudi, à l’occasion d’un colloque ferroviaire qui se tiendra au Terminal de croisières du Port de Québec.