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CAQ: la tentation des «défusions»

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Heureusement, la Coalition avenir Québec, si elle forme le gouvernement, ne favorisera pas la tenue d’un référendum à Québec, sur le projet de transport «structurant».

On ne risque pas de rejouer, en la capitale, dans un film du type «Les défusions», triste souvenir de 2004.

Vous l’avez presque oublié, mais en 2003, Jean Charest avait voulu raffermir sa base en promettant aux villes fusionnées par le gouvernement Bouchard de décider si elles voulaient se détacher ou non des grandes villes créées.

Résultat : Jean Charest, qui agitait l’épouvantail du «référendum»... s’est trouvé à en organiser des dizaines ! Dans la métropole, 13 arrondissements décideront ainsi de démembrer la grande ville de Montréal, ce qui l’a engluée dans un débat de structures sans fin, redivisant francos et anglos.

Jean Charest avait manqué de «sens de l’État», disaient plusieurs observateurs à l’époque avec raison. Cette hauteur de vue veut qu’on ne cherche pas à prendre le pouvoir en promettant de démolir ce qui vient d’être fait par l’«adversaire». La gestion de l’État requiert une certaine continuité des grandes décisions.

Intéressant

Même si elle met de côté l’option du référendum, la CAQ aura-t-elle le sens de l’État assez développé pour poursuivre ce projet essentiel à la capitale nationale?

Pour l’instant, elle le promet : «Ce qui a été présenté par la Ville, vendredi dernier, nous apparaît intéressant», a même soutenu le député Éric Caire, les dents serrées, paraissant forcé de tenir la ligne du parti.

Un journaliste sadique lui rappelait que, récemment, il avait pourtant déclaré ceci : «Il faut arrêter d’enfoncer dans la gorge des gens des projets dont ils ne veulent pas. Je ne jouerai pas dans ce mauvais film du SRB ou du tramway.»

Globalement, les caquistes de la région de Québec se sont toutefois bien débrouillés dans leur exercice de double salto arrière. Ils ont expliqué que le projet de Régis Labeaume tenait compte des critiques émises par eux et que c’était maintenant beaucoup plus qu’un simple choix de technologie, mais un réseau reliant entre elles les banlieues et la ville.

Il faudrait toutefois, ont-ils insisté, améliorer l’interconnexion entre les deux rives, et faire le «troisième lien» – leur projet prioritaire – en même temps. Ah oui, il faut plafonner les dépenses pour le projet de Québec à 2,9 milliards, pas un sou de plus. Le coût du troisième lien, lui, étant pour l’instant très élastique...

Base choquée

À Québec, cet appui, si conditionnel soit-il au «troisième lien», ne passera pas dans une partie de la base de la CAQ. Plusieurs des sympathisants caquistes s’opposent au transport en commun, point. On pensait bien qu’Éric Caire en faisait partie, comme Geneviève Guilbault. Plusieurs continueront à Québec à réclamer un référendum municipal sur un projet qui sera pourtant entièrement payé par les ordres supérieurs de gouvernement.

La tentation sera forte, à la CAQ, dans les prochains mois, d’ajouter des conditions, de découvrir soudainement des failles insoupçonnées à ce projet, afin de se montrer le moins enthousiaste possible pour convaincre les plus farouches anti-tramways de revenir au bercail de la CAQ.

Il faudra aux Legault, Caire, Guilbault et compagnie un certain sens de l’État pour résister à cette tentation.