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L’hypocrisie de François Legault

Periode des questions
Photo Simon Clark

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Depuis quelques jours, une guerre de mots est en cours sur la colline parlementaire de Québec. On reproche au ministre des Finances, Carlos Leitão, d’avoir utilisé l’expression « ethnic based nationalism » pour qualifier la posture de la Coalition Avenir Québec. Monsieur Leitão a tenu ces propos dans un journal anglophone de surcroit.
 
Tout le monde y va de son opinion sur le sujet et on est en droit de se demander ce qu’il en est vraiment.
 
Le poids des mots
 
Quand on parle de nationalisme ethnique, bon nombre d’analystes collent au plafond. C’est bien le nationalisme ethnique qui est à la base de purges sanguinaires dans certains pays de l’Est, non ? Le pas n’est pas grand pour qu’on en vienne à parler des petits hystériques à moustache.
 
Pourtant, les gestes et les propos des caquistes donnent souvent à croire qu’ils sombrent dans une politique clientéliste désolante qui s’approche réellement du nationalisme ethnique dans sa moins belle expression. 
 
Comment, me direz-vous ? 
 
D’abord en démonisant subtilement les musulmans.
 
« Ah, mais non ! On n’a jamais fait ça ! » se lamentent les caquistes. 
 
C’est pourtant eux qui ont publié le montage visuel dans lequel on voit Philippe Couillard et Jean-François Lisée à côté d’une femme vêtue du tchador et mentionnant que c’est ce que proposent les deux hommes pour nos écoles. 
 

Comme si la simple vue d’un tchador allait corrompre la jeunesse. VITE, LA CIGUË !

C’est François Legault aussi qui dit avoir un malaise avec le burkini et qu’on pourra savoir si les immigrants sont en faveur du port de celui-ci en les questionnant sur l’égalité « homme-femme ». 
 
Parce que selon lui, on devrait faire passer un « test de valeurs » aux nouveaux arrivants avant de leur donner le privilège de devenir Québécois. Ce test, dont les questions demeurent inconnues à ce jour, serait imposé après 3 ou 4 ans de résidence temporaire et d’apprentissage du français.Il viserait à protéger le "genre de société que nous ont laissé nos ancêtres".
 
Vous échouez à ce test ? OUT! Retour à la case départ.
 
Dire que cette approche ne rappelle pas les meilleurs moments de Donald Trump serait mentir. 
 
Par ailleurs, il faudrait rappeler à monsieur Legault que les nouveaux arrivants doivent DÉJÀ signer une Déclaration sur les valeurs communes de la société québécoise. Ça pourrait au moins l’inspirer la prochaine fois qu’on lui demandera quelles valeurs il voudrait tester.
 
Une campagne qui sent la peur
 
La CAQ mène dans les sondages et nombreux sont ceux qui croient que la sortie de Carlos Leitão n’est motivée que par la crainte de voir le PLQ perdre des appuis au sein des communautés culturelles au profit du parti de François Legault. Mais le malaise est bien plus profond que ça.
 
D’une part, Carlos Leitão est lui-même un immigrant qui a choisi le Québec comme terre d’accueil, comme pays de cœur. Si les propos et les actions de la CAQ le dérangent, il est fort probable que plusieurs immigrants ressentent le même inconfort.
 
D’autre part, les engagements de la Coalition Avenir Québec, notamment en faveur d’une hausse de la natalité et de la décroissance de l’immigration, laissent penser qu’on veut se prémunir contre l’envahisseur imaginaire que représente l’étranger.
 
Quand on observe les faits avec un peu de recul, sans tomber dans le mélodrame, il est difficile de ne pas ressentir le même malaise que Carlos Leitão.  Dans l'entrevue qu'il accordait au quotidien  Montreal Gazette, le ministre de Finances invitait les Québécois à être attentifs au discours de la CAQ dans les mois à venir. Il sera intéressant de voir si le temps lui donne raison.
 
Pour l'heure, il est grand temps que François Legault assume ses propres faits et gestes et dise clairement à quelle enseigne il loge.