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[VIDÉO] Prostitution au Saguenay-Lac-Saint-Jean: «j’en veux plus aux clients...»

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SAGUENAY | Qui sont donc les clients du milieu de la prostitution au Saguenay–Lac-Saint-Jean?

On a tendance à croire qu'il s'agit d'hommes désespérés ou désorientés, mais détrompez-vous. Plusieurs sont des hommes mariés, des pères de famille et des professionnels.

«Tu les croises fréquemment... Tu te promènes dans la rue. Lui, il te reconnaît. [...] J’en ai tellement eu. De tous les domaines. Beaucoup de gars de l’armée, des gars de construction. C’est toujours des gens qui ont de l’argent, du pouvoir», a raconté Roxanne, une ex-prostituée qui a accepté de se confier à TVA Nouvelles.

Quelques-uns de ses clients étaient même des professionnels du système judiciaire, donc très au fait des lois.

Depuis décembre 2014, les travailleuses du sexe sont considérées comme légales au Canada. Cependant, les clients, eux, ne le sont pas. Ce sont eux qui sont dans la mire de la justice, ce qui est un paradoxe, selon l’avocat criminaliste Julien Boulianne.

«Les services sexuels, c'est, à ma connaissance au Canada, le seul domaine où vous pouvez légalement vendre quelque chose qu’il est illégal d'acheter», a-t-il dit.

Et dans les faits, depuis ces changements législatifs, les policiers constatent qu’il est beaucoup plus difficile pour eux d’intervenir, autant contre les clients que les proxénètes.

«Lorsqu'on a des plaintes, on va travailler le dossier évidemment. Mais ces plaintes-là sont très rares», a soutenu le porte-parole de la Sécurité publique de Saguenay, Bruno Cormier.

En effet, les avocats du Saguenay–Lac-Saint-Jean confirment que les dossiers de prostitution se font très rares dans les palais de justice, et ce, malgré que le phénomène prenne de l’ampleur dans la région.

«Les policiers travaillent sur la pointe de l’iceberg»

Le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu exhorte le gouvernement fédéral d’agir, en modifiant le Code criminel pour permettre aux services policiers de déposer des accusations, sans le témoignage des victimes.

«Je ne blâme pas du tout les policiers. Les policiers travaillent sur la pointe de l’iceberg. Ils ne travaillent pas sur le phénomène au complet. Donc ils tentent beaucoup plus de l'atténuer que de l'éradiquer parce qu'ils n'ont pas les outils pour le faire. Ils n’ont pas les ressources», a-t-il affirmé en entrevue à LCN.

Celles qui dénoncent sont rares. Mais Roxanne a finalement accepté de le faire. Malgré son sentiment de honte, elle a tout raconté aux policiers.

«Moi, j’en veux plus aux clients de nous avoir traitées comme ça. Ce n'est pas parce que tu t'achètes un service sexuel que tu as le droit de traiter les personnes comme rien, comme une viande, un objet», a indiqué cette ex-prostituée qui prétend avoir été violentée et agressée à de multiples reprises.

Les policiers constatent d’ailleurs que la télésérie «Fugueuse» diffusée cet hiver à l’antenne de TVA a eu des effets jusqu'au poste de police de Saguenay. «Je peux vous dire que ça a sûrement aidé les jeunes qui sont impliqués dans ces dossiers-là à venir nous parler, à venir nous raconter leur histoire», a dit Bruno Cormier.