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Au cœur des passages irréguliers à la frontière

Une œuvre immersive propose de vivre la réalité des demandeurs d’asile

recit documentaire ONF Roxham
Photo courtoisie, Michel Huneault Afin qu’on ne reconnaisse pas les demandeurs d’asile photographiés, leurs silhouettes ont été recouvertes de tissu.

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Vivre l’angoisse et la confusion qu’ont ressenties 32 demandeurs d’asile à leur arrivée au Canada par le rang Roxham. Voilà ce que propose une expérience immersive bientôt présentée à Montréal et sur internet.

« Une fois qu’on a expérimenté un peu de ces moments intenses, je pense que ça ne peut que changer notre engagement face au dossier et la façon dont on le voit. Ça permet de se projeter et de s’imaginer à la place de ces gens-là », explique le photographe Michel Huneault.

Séparant les villes de Champlain, aux États-Unis, et de Saint-Bernard-de-Lacolle, au Québec, le rang Roxham est le point d’entrée irrégulière le plus emprunté par les demandeurs d’asile qui souhaitent se réfugier en sol canadien. L’an dernier, un nombre record de 20 000 personnes y ont été interceptées.

Entre février et août dernier, Michel Huneault s’est rendu à plusieurs reprises sur cette petite route de campagne. Il a documenté en photos et en sons les tentatives de passage de plus de 180 migrants provenant d’Haïti, de Syrie, du Nigéria, du Burundi et d’une quinzaine d’autres pays.

Comme si on y était

Le photographe a ensuite retenu 32 de ces histoires, qu’il relate dans le récit documentaire immersif Roxham, présenté à partir de mardi au Centre Phi, à Montréal. Produit par l’Office national du film du Canada (ONF), l’œuvre de réalité virtuelle est aussi accessible en ligne dès aujourd’hui.

Divisée en sept chapitres, l’expérience nous transporte directement sur le rang Roxham : on entend la porte du taxi à la frontière de l’État de New York, les pas dans la neige, le craquement des branches, les échanges entre les demandeurs d’asile et les agents frontaliers, les hésitations, les changements de ton, la lecture des droits.

<b>Michel Huneault</b>, <i>photographe</i>
Photo courtoisie, Michel Huneault
Michel Huneault, photographe

Afin de préserver l’anonymat des migrants, Michel Huneault a découpé les silhouettes photographiées en 2015 pendant la crise migratoire en Europe et il les a remplacées par des matières textiles.

Empathie

« Ce qui m’avait touché, là-bas, c’est que quand les gens traversaient la frontière, des citoyens allaient leur donner des sacs de couchage, des vêtements propres, des couvertures, relate-t-il. J’avais beaucoup de photos de ces textures-là, et je trouvais que ça allait bien avec ce projet, vu que ce sont deux phénomènes qui se rejoignent. »

L’artiste visuel espère que son œuvre permettra au public de considérer la réalité des migrants avec plus d’empathie.


♦ Le récit documentaire Roxham fera partie de l’exposition Particules d’existence, qui se tiendra au Centre Phi, à Montréal, du 27 mars au 12 août. On peut aussi le découvrir en ligne sur onf.ca/roxham.