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Jonathan Franzen depuis les tout débuts

Jonathan Franzen
Photo courtoisie, Greg Martin Jonathan Franzen

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Grâce aux Éditions de l’Olivier, on peut maintenant lire le deuxième roman de l’écrivain américain Jonathan Franzen.

Juste après le temps des Fêtes, la vie nous a fait un énorme cadeau : pouvoir joindre Jonathan Franzen par Skype. Et dès que la connexion a été établie, il n’a pas tardé à nous dire qu’il était pour lui assez étrange de parler d’un livre dont la sortie, dans sa version d’origine, remontait déjà à plus d’un quart de siècle.

Publié en 1992, soit bien avant Les Corrections, Freedom et Purity, Strong Motion vient tout juste d’être traduit en français sous le titre de Phénomènes naturels.

« Dans ce genre de situation, bien des écrivains en auraient profité pour réviser leur texte », précise Jonathan Franzen, qui est lui-même l’un des plus grands phénomènes naturels de la littérature américaine, ses romans parvenant systématiquement à secouer un nombre incalculable de lecteurs. « Mais j’ai résisté à cette tentation, parce qu’il y a quelque chose de très particulier avec ce livre : de tous les romans que j’ai écrits, c’est celui que plusieurs lecteurs continuent de préférer, ce qui vaut aussi pour Kathy, la femme avec laquelle je vis. De ce fait, je me dois d’être plus indulgent et positif à son égard même si, avec le recul, je suis le premier à reconnaître que mes jugements personnels y transparaissent un peu trop. J’avais 29 ans quand j’ai commencé à l’écrire et le jeune écrivain en colère que j’étais alors ne s’est pas gêné pour exprimer noir sur blanc ses opinions... »

Grosses répercussions

Ayant toujours été politiquement engagé, Jonathan Franzen s’est ainsi glissé pendant près de quatre ans dans la peau de Louis Holland, un idéaliste de 23 ans au physique ingrat qui, après avoir excellé sur les bancs d’école, se contentera d’un poste de technicien réalisateur dans une station radiophonique de la banlieue de Boston à deux doigts de fermer ses portes.

<b><i>Phénomènes naturels</i></b><br />
Jonathan Franzen, <br />
Éditions de l’Olivier, 688 pages
Photo courtoisie
Phénomènes naturels
Jonathan Franzen,
Éditions de l’Olivier, 688 pages

Plutôt caustique et marginal de nature, Louis y sera de fait parfaitement heureux... jusqu’à ce qu’un léger tremblement de terre vienne brutalement ébranler les fondements de sa terne existence : perchée sur un escabeau au mauvais moment, sa grand-mère par alliance en sera la seule victime et à la suite de cette cruelle infortune, sa propre mère héritera du jour au lendemain d’une fortune estimée à 22 millions de dollars ! Un joli magot dont il ne touchera pas le moindre sou, sa pingre génitrice espérant gagner encore plus en devenant l’une des principales actionnaires de Sweeting-Aldren, la société pétrochimique fondée par son défunt père.

Jouant d’abord avec tous les codes de la comédie familiale, Phénomènes naturels nous remuera ensuite beaucoup plus sérieusement en se muant en un thriller écologique. Car une semaine après la mort de sa richissime grand-mère, Louis rencontrera par hasard Renée Seitchek, une sismologue du département de géophysique d’Harvard soucieuse de découvrir la véritable origine des microséismes qui, depuis quelque temps, font régulièrement trembler d’effroi les habitants de Boston et de ses environs.

Un roman marquant

Dans sa jeune vingtaine, Jonathan Franzen a lui aussi travaillé dans un laboratoire de sismologie. Ce qui explique pourquoi il en sait autant sur les tremblements de terre et pourquoi il sait aussi que leurs secousses n’ont parfois absolument rien de naturel. « Il suffit de regarder ce qui se passe présentement dans l’État de l’Oklahoma, souligne-t-il. À cause des industries minières et pétrolières, qui injectent dans son sous-sol de grandes quantités de liquides, les séismes y sont de plus en plus fréquents. Et à mes yeux, c’est une pratique qui doit être dénoncée. »

En enfourchant pareil cheval de bataille au tournant des années 1990, Jonathan Franzen a donc été le premier auteur à prendre les rênes pour nous sensibiliser à ce énième fléau environnemental qui, même au Canada, provoque chaque année plusieurs centaines de séismes artificiels. Mais pour lui, le grand tremblement a surtout coïncidé avec l’apparition de Renée. « Dans le laboratoire de sismologie où je travaillais, il y avait une salle avec des ordinateurs aussi gros que des automobiles et de temps à autre, une jolie étudiante venait y faire un tour, relate-t-il. Si je ne lui ai jamais parlé, j’ai vécu avec elle toutes sortes de choses dans ma tête et quand elle a surgi dans mon roman sous les traits de Renée, la femme que j’avais épousée très jeune a compris bien avant moi ce que je ne voulais pas entendre. En un sens, ce livre a donc contribué au naufrage de notre union... » Mais paradoxalement, il a aussi contribué, pour le meilleur seulement, à en faire l’un des plus brillants écrivains phares de sa génération.

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