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Le courage de se tenir debout

Diane Ducret
Photo courtoisie, Roberto Frankenberg Diane Ducret

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La formidable romancière et essayiste Diane Ducret, auteure du livre à succès Femmes de dictateurs, propose une superbe réflexion sur la féminité, la résilience qui tarde à venir et la force de se tenir en équilibre dans son nouveau livre, La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose.

Ce nouveau (excellent !) livre à l’humour féroce parle du courage de rester soi-même, même quand ça va vraiment mal. En quête d’une résilience difficile, son personnage d’Enaid (Diane, épelé à l’envers), décide de faire comme le flamant rose, cet oiseau aux jambes fragiles, qui trouve toujours son équilibre.

Elle se demande comment faire pour s’aimer soi-même quand tous ceux qui étaient chargés de le faire ont échoué à leur mission. Entre sa mère démissionnaire, danseuse de nuit déchue de ses droits, ses parents adoptifs qui sont en fait ses grands-parents, son père qui change de religion comme il change de chemise, ça ne va pas super.

<b><i>La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose</i></b><br />
Diane Ducret<br />
Éditions Flammarion, 270 pages
Photo courtoisie
La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose
Diane Ducret
Éditions Flammarion, 270 pages

Son histoire commence à Gdansk, après s’être fait larguer par téléphone par un amoureux pourtant très « ordinaire ». Enaid en a jusque là. Qu’est-ce qui ne va pas chez elle ? Elle se le demande. Comme bien des femmes d’ailleurs !

Le plus personnel

Diane Ducret confirme que ce livre est le plus personnel, le plus près de sa propre histoire. « Je trouve que c’est le livre le plus personnel et celui qui synthétise toutes les voix que j’ai eues dans mes livres précédents. Vraiment », assure-t-elle en entrevue.

« J’ai retrouvé la même voix que j’avais dans L’homme idéal existe. Il est Québécois, pleine d’humour et de légèreté, mais je retrouve aussi la voix de La chair interdite sur la question de la femme, son positionnement et la dureté parfois d’être une femme dans un monde fait de violence. Je retrouve aussi la voix des Indésirables sur la question de l’amour, du sentiment d’abandon. »

Plusieurs éléments autobiographiques se sont glissés dans le livre. « Je me suis vraiment fait quitter par mon gars, au téléphone, à Gdansk, par un “je ne suis pas prêt, je ne veux pas recommencer”... C’est vraiment une radiographie des hommes modernes : on dirait qu’il revient de la guerre quand il dit qu’il ne veut pas recommencer. Pourtant, je proposais juste qu’on s’aime, qu’on ait du fun... et normalement ça va bien se passer ! »

« Nous les femmes, on se plaint plus, on souffre, on en parle beaucoup plus... mais on redémarre une vie. Alors que les hommes, on a l’impression de les emmener un peu à l’abattoir, quoi. J’appelle ça le Pompéi affectif : ils se durcissent et ne bougent plus. Rien ne va les faire changer d’idée. »

Des deuils

Son livre est basé sur sa vie. « Je suis née en Belgique. Ma mère était de mauvaise vie, on va dire. J’ai changé de pays, j’ai changé de famille. Et j’ai eu un grave accident, donc j’ai changé de corps. Tout ça avant l’âge de 15 ans. Ça fait beaucoup de deuils. »

« Évidemment, j’ai eu la sensation d’être sans cadre. Mais un jour, je me suis dit : si je n’ai pas de cadre de vie, alors je peux inventer une vie en rond, en ovale, en triangle, dans toutes les formes que je veux. »

« Et c’est un peu le sens du livre : on peut tous avoir l’impression qu’on est boiteux – ce qui était mon cas depuis plus de 10 ans – parce qu’on n’a pas été aimé comme on le voulait. Ou on peut se dire qu’on est un flamant rose : ça dépend juste du point de vue. »