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Les partis vous espionnent-ils ?

Periode des questions
Photo Agence QMI, Simon Clark « Nous, on ne récolte pas de données [de cette façon], mais si un parti politique le fait, c’est très inquiétant », a lancé Philippe Couillard.

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Ainsi, Philippe Couillard s’est fait avoir par une sorte de fausse nouvelle dans une histoire au sujet de l’exploitation partisane des données personnelles dans Facebook.

On aurait voulu écrire une fiction politique emblématique de notre époque qu’on aurait eu du mal à faire mieux.

Jeudi, le premier ministre a en effet soupçonné publiquement deux partis d’opposition, la CAQ et Québec solidaire, de faire affaire avec une entreprise, Aventa, prétendue experte dans les données de masse.

La veille, en effet, celui qui se présentait comme le cofondateur d’Aventa, Maxime Carignan-Martel, s’était vanté, dans un reportage de Radio-Canada, d’avoir deux formations politiques parmi ses clients en vue des élections du 1er octobre.

Mais comme nous l’apprenait TVA, vendredi, Aventa... n’existe pas vraiment et à part peut-être quelques approches, n’avait pas de clients !

Ce n’était pas une entreprise figurant au registre ; plutôt un projet de recherche inscrit à une compétition de startups à McGill.

Joint vendredi par le journaliste François Cormier, Edward Newell, un doctorant qui y participait, a retiré son projet de la compétition et s’est même dissocié d’Aventa !

Qu’y avait-il de mal à être associé à Aventa ? On la soupçonnait d’user de certaines méthodes s’apparentant à celles d’une autre entreprise, britannique celle-là, Cambridge Analytica, qui a mis Facebook et son fondateur Mark Zuckerberg dans l’embarras depuis dimanche.

Selon le sonneur d’alerte Christopher Wylie, Cambridge se serait servie de renseignements personnels de quelque 50 millions d’individus ; renseignements pompés sur Facebook grâce à un petit logiciel de type « test de personnalité ».

Ce qui aurait permis de cibler les électeurs pro-Trump, et donc favorisé l’élection du milliardaire.

Acte de foi

Tous les partis à Québec se sont empressés de clamer qu’ils n’achetaient pas de données personnelles et n’en récoltaient pas non plus.

« Nous, on ne récolte pas de données [de cette façon], mais si un parti politique le fait, c’est très inquiétant », a lancé Philippe Couillard.

« Les données qu’on a, ce sont les données qu’on a accumulées nous-mêmes », insistait pour sa part François Legault. Québec solidaire et le Parti québécois disent à peu près la même chose.

Il faut les croire sur parole, tous, ce qui n’est jamais une bonne affaire. Dans notre métier, on n’aime pas les actes de foi.

Déjà minée, la crédibilité de nos partis en prendrait un sérieux coup si un Christopher Wylie québécois venait les contredire en dévoilant qu’ils font de même.

Frontière ténue

Bien sûr, on ne peut reprocher aux partis de recueillir des données sur leurs sympathisants et sur les électeurs en général.

C’est précisément leur métier, qu’on pourrait qualifier de « démocratique », de prendre le pouls du peuple et de tenter de répondre à ce qu’il veut, demande, exige.

S’ils recueillent ce que les gens, librement, publient sur Facebook ou ailleurs (dans des pétitions en ligne, par exemple), c’est peut-être acceptable, bien que ça demeure non consenti.

C’est une version contemporaine de l’antique « pointage » et ils échappent d’ailleurs à l’application de la loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé.

Mais il y a une différence entre les « données numériques » librement publiées et « données personnelles » non destinées à être partagées. Une frontière bien ténue aussi...

Le Directeur général des élections, par la voix de sa porte-parole, a déclaré mercredi au Devoir qu’il était « préoccupé » par la mise en place de banques de données par les partis, surtout si les données ont été recueillies sans consentement. Il propose des réformes.

Le sujet est complexe, ce qui peut expliquer par exemple la charge malhabile du premier ministre.

Mais on sonne l’alarme ici et là depuis près de 20 ans au sujet de l’impact potentiellement néfaste du numérique sur la vie privée. On est en 2018 et nos lois datent d’avant l’internet public. Cherchez l’erreur !

 

Le carnet de la semaine

Gêne d'Hydro

Ministre des Ressources naturelles, Pierre Moreau
Photo Agence QMI, Simon Clark
Ministre des Ressources naturelles, Pierre Moreau

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Moreau, affirmait le 21 février que la filière hydrogène représentait une occasion pour le Québec. Nous pourrions devenir « des producteurs d’hydrogène propre et l’exporter partout dans le monde ». Très intéressant. Le Bureau parlementaire du Journal a donc fait une demande d’accès auprès d’Hydro-Québec afin d’obtenir « tout rapport, étude, etc. qui explore les impacts éventuels des modes de transports à hydrogène (dont les voitures à hydrogène) sur les activités d’Hydro-Québec ». Réponse de la société d’État ? Elle se dit « à l’affût des développements » en ce domaine. « Toutefois, nous ne détenons présentement aucun rapport ni étude traitant des impacts éventuels des modes de transports à hydrogène sur nos activités ». Paradoxal, non ?

Se faire « bourrer »

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits
La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé

Il aurait suffi d’un « b » prononcé comme un « F » et Manon Massé aurait vraiment créé une commotion au Salon bleu de l’Assemblée nationale, mercredi. La QSiste souhaitait dénoncer un projet de loi, adopté lundi, qui resserre l’accès à l’information au Québec en interdisant la publication des « communications » d’un ministre avec les autres membres du gouvernement. La députée a rappelé que Philippe Couillard avait promis de former le gouvernement le plus transparent de l’histoire. Mais de ministre en ministre, la réforme de la loi d’accès a été repoussée aux calendes grecques. Sa conclusion : « Les groupes de citoyens, de protection de consommateurs, de protection de l’environnement, les journalistes, bref, nous nous sommes fait bourrer. » « BOURRER », elle a bien dit « bourrer ».

Gendron cartésien

Vice-président de l'Assemblée nationale, François Gendron
Photo Agence QMI, Simon Clark
Vice-président de l'Assemblée nationale, François Gendron

Le président Jacques Chagnon était encore absent cette semaine. Mardi, il fut remplacé par le truculent vice-président de l’Assemblée nationale François Gendron. Or, ce jour-là, la présidence avait promis de rendre une décision importante. M. Gendron expliqua qu’il faudrait attendre le retour de M. Chagnon. Il tenta d’expliquer que ce dernier estimait très important de rendre la décision lui-même, bref que ce ne soit pas un vice-président qui s’en charge. Le leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier, en parut bien contrarié compte tenu du calendrier parlementaire qui sera bouleversé par le budget mardi et les vacances de Pâques à la fin de la semaine. M. Gendron, presque sans voix, touché par les arguments de M. Fournier, lança une phrase d’inspiration cartésienne : « Je le sais, que suis présent, je sais que je suis ici ! »