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L'apprenti sorcier

L'apprenti sorcier
AFP

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Lors de mon dernier billet, je vous confiais que le grand oublié du livre de monsieur Proulx avait de quoi nous inquiéter. En effet, si le ministre adore nous partager l’ensemble de ses idées et de ses actions, jamais il ne fait référence à la création d’un institut national d’excellence en éducation (INEE).

Je vous posais aussi la question qui tue : un oubli ou une mémoire sélective ?

Il semble que le budget de mardi nous aide à trouver une réponse plausible à ce mystère.

À l’origine de l’INEE

La Politique de la réussite éducative, la fierté du ministre, est plutôt claire à propos de l’idée de créer un institut : « Pour appuyer le déploiement de pratiques éducatives et pédagogiques de qualité, le gouvernement entreprendra des démarches en vue de la création d’un institut national d’excellence en éducation sur la base des recommandations d’un groupe de travail mis sur pied à cet effet. »

Ainsi, le contrat du groupe de travail dirigé par le professeur Martin Maltais était de consulter et d’aviser le ministre sur la façon de créer cet institut. Fait à noter, le réseau EdCan a même publié un article du professeur Maltais sur l’état d’avancement de l'idée de la création d'un institut.

Pour votre information, le groupe a déposé un projet de rapport le 21 décembre et le rapport final a été attaché le 21 janvier dernier. Il appartient maintenant à M. Proulx d’en disposer.

Où en est la réflexion du ministre à la suite du dépôt du document officiel ?

Silence radio

Normalement, si le ministre respecte sa position exprimée dans la Politique, cela implique d'abord un budget, puis une loi constitutive.

J'ai regardé le budget en éducation et je n'ai rien trouvé sur l'INEE.

Par contre, j’ai lu qu’il « veut propulser les écoles encore plus loin avec des sommes très importantes. »

Propulser quoi au juste ?

La culture générale ? La réussite scolaire et la baisse du décrochage ? L’inclusion efficace des élèves en difficulté ?

Non.

Il propulse en grande pompe son plan d’action numérique : « D’ici cinq ans, le budget prévoit des investissements de près d’un milliard $ pour faire de la formation auprès des enseignants et doter les écoles, cégeps et universités d’infrastructures technologiques d’avant-garde, qui seront choisis par chaque établissement selon les besoins. La programmation informatique sera aussi davantage utilisée en classe. »

Ah ! La fameuse technologie ! L’idée fixe du ministre.

Soupir.

Est-ce que l’INEE appuierait un tel déploiement de « pratiques éducatives et pédagogiques de qualité » afin d’atteindre les objectifs ambitieux de la Politique ?

Silence.

Est-ce que le ministre a abandonné le projet de l’INEE ? Est-ce qu'il aurait changé son fusil d’épaule ?

Silence profond.

Est-ce qu’il a compris que ce projet pourrait le contredire ? Qu’il créerait une structure pleine d’emmerdeurs prêts à confronter ses opinions avec des données de recherches officielles ?

Monsieur Proulx, mon ministre qui aime s’exprimer publiquement, j’aimerais savoir.

Suis-je au pays des données probantes ou au pays des légendes pédagogiques ?

Vous êtes un sage ou un apprenti sorcier ?

Il faut parler plus fort.

Les pétarades du feu d’artifice m’empêchent d’entendre la réponse.