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À 12 ans je me suis sentie comme un bout de viande

À 12 ans je me suis sentie comme un bout de viande

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Nos souvenirs de jeunesse sont souvent des moments significatifs de bonheur, de malheur, mais aussi de prises de conscience, de mises en perspective, de réalisations, voire d’épiphanie.

L’un de ces moments fût pour moi lorsqu’on me demanda de retourner chez moi me changer de vêtements parce que ce je portais était jugé inapproprié. J’avais 12 ans et je commençais le secondaire.

C’est à ce moment que j’ai réalisé que mon corps pouvait être considéré comme excitant, et qu’il devait être recouvert de manière à ne pas attiser les regards des garçons, voire des hommes de mon entourage.

Ça m’a tout de suite écœurée.

Pour la première fois de ma vie – à 12 ans ! – je me suis sentie comme un bout de viande, ceci à cause d’un règlement qui était censé vouloir me «protéger». L’impression que j’ai eue? Que mon corps ne m’appartenait plus, que je devais faire attention, que c’était MA responsabilité.

Ce que je portais...

Un short troué sur les fesses avec un legging fleuri très opaque en dessous. Je trouvais que ce look rockait à fond! On ne voyait pas du tout la peau, mais mon prof de math avait bien pris soin de me faire venir devant toute la classe pour signifier à tout le monde que je n’avais pas d’allure avec mes trous sur les fesses. Un peu plus et il me faisait tourner sur moi-même! La honte.

Je suis retournée chez moi me changer en pleurant.

Le problème de la mode

Le problème avec les vêtements pour jeunes femmes dans les magazines, les publicités, les vidéoclips, c’est qu’ils mettent l’accent sur les caractéristiques sexuelles de la femme. C’est donc à ce niveau que nous devrions agir.

Comment une fille peut-elle répondre aux attentes de la société qui diffuse une image de la femme complètement sexualisée et en même temps s’habiller de manière pure et chaste? On peut comprendre que pour certaines d'entre elles, le passage de fille à femme soit teintée de vêtements sexy, car c'est ainsi qu'on nous définit - du moins en partie -: une femme, c'est sexy.

En général, les adolescents ont besoin de se conformer à leur groupe pour se sentir acceptés. Pour ce faire, ils répondent à des diktats imposés par des milieux - publicitaires entre autre - qui savent bien que le sexe fait vendre. Qui conceptualise les publicités, qui réalise les vidéoclips, qui dessine les vêtements? Nous, les adultes.

Entre l'arbre et l'écorce

Nos jeunes femmes se retrouvent prises entre l’arbre et l’écorce. Soit elles sont trop prudes par rapport aux modèles qu’on leur propose, soit elles sont trop sexy pour leurs parents et pour l’école. En résumé, elles ne sont jamais correctes.

Le jugement vient de part et d’autre et certaines en viennent à avoir le goût de faire disparaître ce corps. Anorexie quand tu nous tiens...

Le signal qu’envoient les codes vestimentaires dans les écoles, dont la majorité des propositions sont dirigées vers les jeunes femmes, est discriminatoire et sexiste. Certaines adolescentes le contestent avec le mouvement du carré jaune. Avec raison car ces règlements valident la valeur sexuelle qu'on accorde au corps des femmes.

Et maintenant?

Prenons donc le problème en amont et arrêtons de sexualiser le corps des jeunes femmes à outrance pour des impératifs économiques.

Prenons NOS responsabilités en tant qu’adultes et dénonçons les publicités sexistes de bars ou de bières (un ami à moi me faisait remarquer que plus une bière est mauvaise, plus la marque utilise l’image de la femme pour la faire vendre...).

Agissons auprès de l’industrie de la mode pour qu’elle propose des modèles de corps différents (mention spéciale à mimiandaugust.com), et surtout, continuons à financer et publiciser des initiatives qui valorisent les femmes autrement que par leur physique. Pensons notamment au concours Chapeau, les filles!

Éduquons aussi nos gars et nos hommes. Levons la voix lorsqu’un commentaire déplacé est fait sur le corps d’une femme. Reprenons les garçons lorsqu’ils affirment «qu’elle coure après en portant sa mini-jupe». Ben oui, ça se dit encore...

En attendant que NOUS prenions nos responsabilités, laissons les filles s’habiller comme elles veulent.

 

Parce que faire des règlements pour interdire les bretelles spaghetti, c’est prendre les filles pour des nouilles.

 

*L’argument que l’école est un endroit de formation pour le marché du travail, «pis que si on permet aux jeunes de s’habiller n’importe comment à l’école, ben ils vont faire n’importe quoi quand ils auront une job» est irrecevable. Un, l’école n’est pas là pour former des travailleurs, mais bien des citoyen.nes – ce qui comprend le développement d’un esprit critique –, et deux, les ados vont bien finir par se conformer au milieu dans lequel ils évolueront plus tard comme vous le faites vous-mêmes avec vos vestons cravates.