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J’ai laissé ma carrière en finance pour vivre un rêve d’enfance

«Éventuellement, ma cravate est devenue la corde sur laquelle se pendaient quotidiennement les ambitions que j’avais condamnées à mort.»

J’ai laissé ma carrière en finance pour vivre un rêve d’enfance

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Mes amis et mes parents m’ont tous dit à un moment : «Mickael, si ta carrière ne te comble pas? Fais un move! Qu’est-ce qui te retient?»

«Y’est trop tard!»

Cette foutue phrase, je l’ai répétée ad nauseam pendant près de 10 ans pour justifier mon manque de cran, qui me gardait bien peinard dans mon confortable cubicule d’analyste financier.

Depuis l’époque des joutes de hockey dans ruelle, je rêvais de faire carrière dans les communications. Je raffolais de dictées et de compositions. Je jubilais à l’idée de me donner en show durant un oral.

Au tournant de la vingtaine, après m’être cassé la gueule à ma première session en études littéraires, je me suis tourné vers la finance. «Je ferai plus de cash avec les chiffres qu’avec les mots. Pis l’argent, ça va me rendre heureux.» 

Erreur !

Loin de moi l’idée de cracher sur le monde un peu rigide et cartésien qui m’a longtemps rempli les poches. Si mon côté givré peinait à s’émanciper dans le domaine bancaire, mon côté rationnel y trouvait son compte.

Sauf qu’il me manquait toujours un gros quelque chose que les bons coups et les promotions ne parvenaient pas à combler.

Au fil du temps, ce gouffre a pris de l’ampleur. Éventuellement, ma cravate est devenue la corde sur laquelle se pendaient quotidiennement les ambitions créatives que j’avais condamnées à mort.

Puis un jour, j’ai décidé que c’en était assez de me laisser gruger par les blues du businessman.

Mais qui allait m’embaucher en comm à 33 ans? Les mots banque, comptabilité et système tapissaient mon CV de bord en bord.

Une chance en or

Faut croire que lorsqu’on arrête de s’apitoyer sur son sort, on aperçoit des possibilités qui étaient auparavant invisibles.

L’une d’elles provenait du fil Facebook d’un gars que je connaissais à peine : «On cherche des rédacteurs pour le Sac de chips du Journal de Montréal. Qui veut se joindre à notre belle équipe?»

J’ai donc envoyé un courriel au directeur des contenus numériques du Journal. Côté pitch de vente, ça laissait un peu à désirer : «D’emblée, je dois vous avouer que je suis peut-être le candidat avec le parcours le moins pertinent du lot. Je n’ai aucune expérience professionnelle dans votre milieu et pis encore, je suis ANALYSTE pour une BANQUE.»

Mais dans chaque phrase de cette lettre, j’ai disséminé mes ambitions refoulées par une décennie de fichiers Excel.

SEND...

Le monsieur au bout du clavier m’a répondu. Je suis passé à son bureau et la semaine suivante, ma vie changeait de cap.

Pendant 8 mois, j’ai vécu une double-vie assez psychédélique : ma job de financier de 9 à 5 en semaine et ma nouvelle passion au Journal le soir et les fins de semaine. Mon boss était un peu fou (ou visionnaire) de parier sur moi, mais pas au point de me donner une permanence avant que j’aie fait mes preuves.

Ça a d’ailleurs exigé une forte dose d’humilité de revenir à la case départ à 33 ans. J’ai aussi dû revoir mon budget, parce que les mots, c’est vrai que c’est moins lucratif que les chiffres.

Je n’ai jamais regardé en arrière, parce qu’être heureux, c’est le meilleur moyen d’économiser.

Ça fait bientôt deux ans et je me pince encore. J’ai écrit des articles, de la pub et des chroniques. J’ai fait des reportages qui m’ont amené dans une mine à 3 km sous terre, à Haïti et même dans un club échangiste.

Cette semaine, c’était le lancement de notre nouvelle marque porte-monnaie et mes patrons m’ont donné l’immense privilège d’en être le chef de contenus.

Sur porte-monnaie, on parle d’argent et de finance, mais de manière décontractée et sans tabou.

Comme si mon ancienne et ma nouvelle vie avaient décidé de passer un deal pour me faire plaisir.

Je ne suis peut-être plus en complet cravate, mais au moins, je peux être moi au complet.

 

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