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Quand Bouddha devient un produit

Un immense bouddha, vestige du 13e siècle, dans le parc historique de Sukhothai, en Thaïlande.
Photo d'archives, CLAUDE BÉDARD / AGENCE QMI Un immense bouddha, vestige du 13e siècle, dans le parc historique de Sukhothai, en Thaïlande.

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Bouddha est très tendance. Peut-être avez-vous à la maison une ou plusieurs représentations de «L’éveillé»? On le voit partout : sur des tableaux, des affiches, des t-shirts, certains se le font tatouer sur le corps. Il orne les salles de yoga et les spas, décore de nombreux établissements. Son nom est utilisé pour vendre toutes sortes de bébelles ou nommer certains plats. Même un vibrateur est commercialisé sous le nom de «délice de Bouddha»! J’ai appris lors de mon séjour en Thaïlande qu’un groupe de pression s’est formé à Bangkok pour exiger ni plus ni moins que la fin de la commercialisation de Bouddha.

BANGKOK, THAÏLANDE. Mon voyage se termine. Je me dirige vers l’aéroport Suvarnabhumi lorsqu’une énorme pancarte sur le bord de l’autoroute attire mon attention. Sur l’affiche est imprimée une photo géante d’une statue de Bouddha avec en texte : «Bouddha n’est pas une décoration. Le respect est une question de bon sens.»

Constatant ma surprise, le contact thaï qui me conduit m’explique qu’une certaine tranche de la population thaïe, formée à 90% de bouddhistes, est offusquée de constater que des étrangers et commerçants de leur pays considèrent Bouddha comme un vulgaire produit de consommation à la mode ou un simple souvenir de voyage qui décore bien une chambre à coucher (ou pire, une salle de bain). 

Boycottage d’un film de Disney et manifestation

L’organisme qui a payé pour l’affiche s’appelle Knowing Buddha Organization (KBO). Son but : faire cesser toute commercialisation de l’image de Bouddha, trop souvent réduite à un simple logo exotique. L’organisation estime qu’il y a plus de 100 000 produits sur la planète qui insultent leur «religion» et Bouddha. Le père de la philosophie bouddhiste n’est pas un bien vendable, mais bien l’un des plus dignes représentants de l’Humanité qui mérite le plus grand respect. Son image est sacrée, prône KBO, qui a exigé le boycottage d’un film de Disney mettant en scène un chien zen nommé Bouddha, pratiquant la méditation et le yoga, et terminant ses phrases par «namasté». À l’appel de l’organisation, plusieurs dizaines de Thaïs ont manifesté dans un quartier très touristique de la ville pour sensibiliser les voyageurs à la façon de traiter convenablement l’image de leur père spirituel. «Personne ne tolèrerait un tel manque de respect à l’égard du christianisme ou de l’Islam alors pourquoi l’accepter pour le bouddhisme?», allèguent les membres de KBO.

Pétition en France contre l’image de Bouddha sur des couvercles de toilette

Il n’y a pas qu’en Thaïlande que la commercialisation du «Bienheureux» dérange. Il y a quelques années, en France, plus de 15 000 personnes ont signé une pétition demandant à huit sociétés de cesser de fabriquer et de vendre un couvercle de toilette avec l’image du père du bouddhisme. Un produit que les signataires trouvaient «méprisable, infâme et inacceptable».

Prison et déportation

Il y a certains pays qui ne rigolent pas avec «l'irrespect» envers Bouddha. Au Sri Lanka, un autre pays à prédominance bouddhiste, des touristes se sont carrément vu refuser l’entrée au pays pour leur tatouage de Bouddha jugé offensant. Des voyageurs français y ont aussi été condamnés à payer des amendes pour avoir embrassé, sur la bouche, une statue de «L’éveillé». Et il y a quelques années, la vedette américaine de R&B Akon n’a pas pu obtenir de visa pour aller s’y donner en spectacle, car, dans l’un de ses clips, produit par David Guetta, on pouvait voir des femmes très peu vêtues en train de se trémousser devant une statue de Bouddha.

Au Myanmar (Birmanie) les autorités utilisent la méthode forte pour tout ce qui concerne le blasphème à l’égard de Bouddha. Dans cette contrée en proie à un bouddhisme nationaliste radical, des touristes ont également été déportés à cause de leur tatouage. Pire, un Néo-Zélandais et ses deux collègues birmans ont été condamnés à deux ans et demi de prison avec travaux forcés pour avoir diffusé une image de Bouddha avec des écouteurs sur la tête dans le but de faire la promotion de leur bar. Une insulte à la religion et un trouble à l’ordre public. Être emprisonné dans les geôles birmanes, je ne souhaite ça à personne!

«Bouddhamania» et les vendeurs du temple

Actuellement, Bouddha «pogne» comme aucun autre grand penseur spirituel. Mais combien de ceux et celles qui exhibent son image connaissent et pratiquent vraiment le bouddhisme? 

Force est d’admettre que l’affiche sur le bord de l’autoroute à Bangkok a eu son effet sur moi. Je n’ai aucune idée si Knowing Buddha Organization est crédible, fiable ou a un agenda caché. Mais une chose est certaine : sa campagne a le mérite de nous poser une question toute simple, mais pourtant fondamentale. Nous reste-t-il quelque chose de sacré dans nos sociétés, digne d’être épargné de notre propension à la consommation?