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Des victimes veulent déterrer le monstre de la Côte-Nord

Les Innus tentent de retirer du cimetière la dépouille de celui qui les a agressés pendant 39 ans

Le père Alexis Joveneau a agressé des dizaines d’enfants dans la communauté d’Unamen Shipu durant les 39 ans où il y est demeuré avant son décès, en 1992.
Photo d'archives Le père Alexis Joveneau a agressé des dizaines d’enfants dans la communauté d’Unamen Shipu durant les 39 ans où il y est demeuré avant son décès, en 1992.

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UNAMEN SHIPU | Des victimes du père oblat Alexis Joveneau veulent déterrer les ossements de celui qui leur a fait vivre un véritable enfer pendant 39 ans, car ils considèrent qu’il n’a pas sa place dans leur cimetière.

Il y a près de trois semaines, Le Journal a révélé des témoignages accablants de victimes de Joveneau qui ont subi des agressions sexuelles et physiques. Celui-ci a œuvré 39 ans auprès de cette communauté, soit de 1953 jusqu’à son décès, en 1992. Il a également organisé une déportation avec le gouvernement fédéral ainsi que des mariages forcés.

Preuves accablantes

Devant les preuves accumulées par Le Journal, dont des lettres d’amour écrites de la main du bourreau, les Oblats ont été obligés de reconnaître les faits et de s’excuser.

Des Innus d’Unamen Shipu se préparent maintenant à déterrer la dépouille du prêtre pour la donner à la congrégation religieuse des Oblats de Marie-Immaculée.

<b>Normand Junior Bellefleur</b></br>
<i>Conseiller</i>
Photo Magalie Lapointe
Normand Junior Bellefleur
Conseiller

« Je travaille pour mes membres. S’ils veulent le déterrer, on va s’exécuter, a dit le conseiller d’Unamen Shipu Normand Junior Bellefleur. Si ça peut les aider à oublier le père Joveneau, on va le faire. J’espère que les Oblats vont venir le chercher pour que mes membres se sentent bien, et surtout pour qu’ils puissent retrouver la paix. »

Les pères oblats n’ont pas rendu les appels du Journal.

Devant les autres

Dans la communauté de 1100 habitants, la croix de Joveneau est à l’entrée du cimetière. Celui que l’on surnomme le monstre de la Côte-Nord avait pris soin de demander aux Innus de l’enterrer à l’entrée du cimetière.

Sa croix est bien en vue à l’entrée du cimetière innu, mais la dépouille pourrait être déterrée dans les prochaines semaines.
Photo Magalie Lapointe
Sa croix est bien en vue à l’entrée du cimetière innu, mais la dépouille pourrait être déterrée dans les prochaines semaines.

Les Innus vouent un profond respect aux personnes décédées. Ils ne veulent plus aller se recueillir face à la croix de Joveneau, maintenant que tous les abus ont été révélés.

Pierrette Mestenapéo s’est fait agresser sexuellement au confessionnal par le prêtre. Elle habite en face du cimetière. Chaque fois qu’elle coud, elle a comme paysage la croix sous laquelle repose son agresseur.

« Je le vois tous les jours et mon esprit revit toujours ça », avait raconté Mme Mestenapéo.

De la Belgique pour le déterrer

La nièce de Joveneau, Marie-Christine Joveneau, qui a été agressée sexuellement toutes les nuits pendant près de neuf mois alors qu’elle s’était rendue dans la communauté pour y travailler, en 1981, tient à être présente lorsque son oncle sera déterré dans quelques semaines.

Elle entend donc faire le voyage de la Belgique à Unamen Shipu afin d’assister à l’événement.

Elle considère que son oncle doit reposer avec les autres Oblats, et non dans la communauté qu’il a manipulée.

« Il est important pour moi que les victimes de Joveneau soient présentes à cette première forme de condamnation à titre posthume, dit-elle.

« L’agresseur ne mérite pas de reposer dans un cimetière d’une communauté où encore beaucoup de victimes sont confrontées à cette stèle. Sa place est ailleurs. »

D’autres victimes sortent de l’ombre

Depuis que Le Journal a révélé les multiples sévices commis par le père Alexis Joveneau en Basse-Côte-Nord, plusieurs nouvelles victimes ont décidé de sortir de l’ombre.

Six jours après les révélations publiées dans Le Journal, une action collective a été déposée au Palais de Justice de Montréal contre deux pères oblats : Joveneau et Omer Provencher qui, lui, a œuvré dans la communauté innue de Maliotenam.

Ils dénoncent

Une trentaine de victimes s’étaient inscrites dans l’action collective, qui pourrait atteindre une valeur de 15 millions de dollars.

Depuis, de nouvelles victimes sont sorties du placard en dénonçant les abus vécus.

La directrice du centre de santé d’Unamen Shipu, Sophie Des Rosiers Gagné, a confirmé qu’une nouvelle victime appelle ou se présente au dispensaire tous les jours, ou aux deux jours, allongeant ainsi la liste de victimes du curé déjà très longue pour cette petite communauté.

L’avocat qui a entamé l’action collective, Alain Arsenault, affirme que plusieurs noms se sont également ajoutés dans le recours.