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Fournisseur de pot du Québec et ami de Couillard

Le premier ministre a été associé avec l’homme d’affaires Lloyd Mitchell Segal dans un fonds d’investissement

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Un ex-associé du premier ministre Philippe Couillard préside l’une des rares entreprises qui approvisionneront la Société québécoise du cannabis (SQDC), et la seule à avoir reçu une subvention de Québec, alors qu’elle est en partie financée par des fonds provenant de paradis fiscaux.

Le Montréalais Lloyd Mitchell Segal, qui occupe la présidence du conseil de la firme de pot ontarienne MedReleaf depuis juillet 2017, a été associé à l’actuel premier ministre Philippe Couillard entre 2010 et 2012 au sein de la firme Persistence Capital Partners (PCP).

Dans un document financier de 2012, Philippe Couillard et Lloyd Segal sont tous deux présentés comme associés dans la firme Persistence Capital Partners.
Dans un document financier de 2012, Philippe Couillard et Lloyd Segal sont tous deux présentés comme associés dans la firme Persistence Capital Partners.

C’est ce fonds d’investissement dans le secteur de la santé qui a embauché M. Couillard lors de son passage au privé en 2008.

MedReleaf est l’une des six firmes qui ont signé une entente pour approvisionner les succursales de la SQDC, la filiale de la SAQ qui aura le monopole de la vente du cannabis. La société d’État lui achètera 8000 kg de pot par année pour trois ans.

Elle est également la seule entreprise de cannabis à avoir reçu une subvention du gouvernement du Québec, soit 84 000 $ de fonds publics versés en 2016.

« Un ami »

Philippe Couillard
Photo Simon Clark
Philippe Couillard

« Je le considère comme un ami, mais je n’ai pas été en contact avec lui [...] depuis sa réélection en 2014 », a écrit M. Segal en guise de réponse à l’une des questions posées par notre Bureau d’enquête.

Au bureau du premier ministre, on précise que Philippe Couillard a quitté PCP en 2012 et qu’il s’est départi de tout intérêt dans ce fonds à ce moment.

« Il n’a jamais parlé à M. Segal depuis ce temps », a insisté le directeur des relations médias de M. Couillard, Charles Robert. Ce dernier a nié « catégoriquement que l’État ait pu subventionner MedReleaf parce que M. Segal a déjà siégé sur le même CA que le premier ministre ». L’argent est venu d’un programme normé, a souligné M. Robert.

En plus de leur association chez PCP, Philippe Couillard et Lloyd Segal ont également siégé au conseil d’administration de la firme Thallion Pharmaceutiques de 2010 à 2012. M. Couillard est entré chez Thallion à la suite d’une « introduction préliminaire » de M. Segal, selon ce dernier.

Lloyd Segal a aussi donné 500 $ à Philippe Couillard durant la course à la chefferie libérale en 2013.

Actionnariat offshore

Même si MedReleaf avait reçu une subvention de l’État québécois, elle a refusé en novembre de vendre des blocs d’actions à des investisseurs québécois pour éviter de payer pour la traduction de ses documents en français.

Un examen des documents financiers montre que des investisseurs importants dans MedReleaf sont établis dans des paradis fiscaux. Notre Bureau d’enquête a pu identifier :

  • une compagnie du Panama, Zola Finance, qui possède 15,3 % de l’entreprise et est contrôlée par un certain Tarik Ouass, dont l’avocat habite Gibraltar (un autre paradis fiscal) ;
  • une compagnie de Gibraltar, Eva Fashion Limited, qui a détenu jusqu’en mai 2017 9,3 % des actions de MedReleaf ;
  • une compagnie israélienne de cannabis médical, Tikun Olam, qui possède 9,3 % de MedReleaf.

À propos de son actionnaire Zola Finance, le PDG de MedReleaf Neil Closner précise qu’il fait partie des premiers investisseurs de l’entreprise.

« On les connaît, ils sont avec nous depuis des années, ils ont une bonne réputation », dit-il.

« Certaines personnes choisissent d’installer leurs entreprises dans certaines juridictions et ça ne veut pas nécessairement dire qu’ils ont fait quelque chose de mal », explique-t-il.

« Nous avons fait nos propres vérifications avec nos premiers investisseurs, poursuit-il. Je comprends l’inquiétude à un certain point, mais il y a tellement de compagnies de cannabis inscrites en bourse qu’on ne peut plus dire qui sont tous les actionnaires. »

 

Qui est Lloyd M. Segal ?

Lloyd Mitchell Segal
Photo Francis Halin
Lloyd Mitchell Segal
  • Homme d’affaires de Westmount qui a fait fortune dans les compagnies pharmaceutiques.
  • En plus d’avoir été partenaire chez Persistence Capital Partners, il a siégé au conseil d’administration de la firme Thallion, rachetée en 2013 par Bellus Santé.
  • Bellus était alors détenue au tiers par Power Corporation.
  • Il a aussi été administrateur de la firme lavalloise Valeant Pharmaceuticals, de 2007 à 2014, qui a perdu 93 % de sa valeur boursière à la suite d’un scandale sur le prix des médicaments aux États-Unis.
  • Il est visé avec d’autres administrateurs de cette firme controversée par une demande de recours collectif de deux petits investisseurs québécois. Ces derniers allèguent de mauvaises représentations dans les états financiers de la compagnie.

 

Trois des investisseurs de MedReleaf dans les paradis fiscaux

Zola Finance

Photo tirée de Facebook

Panama

Contrôlée par un certain Tarik Ouass (photo), elle possède 15,3 % de MedReleaf. C’est un avocat de Gibraltar, Kieran Reyes, qui signe les papiers pour l’entreprise. Tarik Ouass serait un pilote de course d’origine marocaine établi à Marbella, en Espagne, près de Gibraltar. Il n’a pas répondu à un message.


Eva Fashion

Photo Facebook

Gibraltar

Eva Fashion a détenu jusqu’en mai 2017 9,3 % des actions de MedReleaf. Les actions d’Eva Fashion, qui est aussi reliée au Panama, ont été vendues depuis. La firme est contrôlée par l’homme d’affaires Vadim Soiref (photo). Il serait relié à un réseau de chaînes de télé de divertissement russes et à une boîte de nuit à Marbella, en Espagne, selon nos recherches.


Tikun Olam

Israël

Cette firme de cannabis médical possède 9,3 % de MedReleaf. Elle est contrôlée par son fondateur Tsachi Cohen. Elle a conclu un partenariat de distribution exclusif avec MedReleaf.

 

Oui à l’Ontario, mais non aux PME d’ici

 

Sur la centaine de producteurs de cannabis autorisés au Canada (dont six au Québec), seul l’ontarien MedReleaf a reçu un coup de pouce financier du gouvernement du Québec.

Le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation a accordé une subvention de 84 000 $ à l’entreprise en 2016 dans le cadre du projet PME en action pour réaliser une étude de faisabilité pour un site de production au Québec.

La firme s’était d’ailleurs enregistrée comme lobbyiste pour la période de juin 2016 à janvier 2018, afin d’« explorer avec le Gouvernement du Québec la possibilité d’un appui à un investissement envisagé au Québec par MedReleaf pour l’établissement d’un centre de production de produits pharmaceutiques ».

MedReleaf est inscrite en bourse depuis juin 2017. Sa capitalisation était évaluée au début avril 2018 à plus de 1,5 milliard $.

<b>Neil Closner</b><br />
PDG, MedReleaf
Photo courtoisie
Neil Closner
PDG, MedReleaf

« En 2016, nous n’étions pas cotés en bourse et nous étions beaucoup plus petits. Aujourd’hui, nous sommes environ 200 employés. On était la moitié moins de monde », souligne le PDG de MedReleaf, Neil Closner.

Québécois oubliés ?

Pendant ce temps, de petits producteurs québécois cherchent sans succès des programmes de financement auprès de Québec.

« Selon la dame qui s’est occupée du dossier [...] c’est la haute direction [d’Investissement Québec] qui a dit : “Non, pour l’instant, on n’embarque pas là-dedans” », affirme Yan Dignard, président d’Agro-Biotech.

« Et nous, on investit 100 % notre propre capital, on veut rien savoir des paradis fiscaux », insiste-t-il.

Stéphane Papineau, président d’Agri-Médic ASP, n’a pas eu plus de succès. « On m’a dit : “C’est de l’agriculture, on n’a pas de programme pour ça”, explique-t-il. Les bureaux gouvernementaux ne connaissent pas ça [...] alors ils préfèrent nous revirer comme une crêpe. »

Selon M. Closner, la subvention reçue par son entreprise ne représentait que la moitié des sommes réelles investies pour cette étude.

« On a dépensé beaucoup de notre propre argent et beaucoup de notre temps », a-t-il dit.

Clause obscure

Pour le moment, l’entreprise n’a toujours pas de projet concret pour le Québec.

Le porte-parole du ministère de l’Économie, Jean-Pierre D’Auteuil, a précisé à notre Bureau d’enquête que MedReleaf avait jusqu’en 2020 pour décider si elle venait au Québec, sans quoi, elle devra rembourser.

Par contre, M. Closner, a dit au Journal, après vérification, qu’une telle clause n’existait pas.

 

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