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Un quotidien trop difficile à supporter

Un quotidien trop difficile à supporter
Photo courtoisie, Delphine Jouandeau

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L’écrivaine française Delphine de Vigan, maintes fois lauréate pour ses grands succès Rien ne s’oppose à la nuit et D’après une histoire vraie, s’est intéressée aux secrets cachés et aux abus d’alcool des adolescents dans un nouveau roman court, nerveux et percutant, Les loyautés.

Hélène, enseignante dans une école secondaire, observe qu’un de ses élèves n’a pas l’air en santé. Son flair aiguisé la fait soupçonner que quelque chose cloche et elle le réfère à l’infirmière. Personne ne trouve ce qui cloche. Pourtant, Théo, avec un autre ami, boit en cachette. Et leurs habitudes risquent de mal tourner.

Delphine de Vigan s’est inspirée d’une histoire qui lui a été racontée par une connaissance, mais l’a adaptée pour les besoins de la fiction, de manière à créer un roman dur, réaliste, à la fin renversante.

« Ça faisait un petit moment que j’avais l’idée de travailler sur le thème des loyautés parce que je faisais le constat que cette question des loyautés revenait souvent dans mes réflexions à moi », commente Delphine de Vigan, en entrevue.

« J’avais à la fois l’idée que la loyauté était quelque chose de très positif et qu’on en avait besoin pour vivre, pour se construire, pour se regarder dans la glace. Mais aussi parfois la loyauté nous empêche de dire ou de faire des choses. »

Elle avait aussi envie de revenir à une forme plus courte, à une forme romanesque très resserrée, comme elle l’avait fait avec d’autres romans.

« J’avais le sentiment de raconter quelque chose d’assez nécessaire. J’étais moi-même habitée par le sujet et par la nécessité de dire ces choses sur la séparation des parents, sur l’alcool, des choses qui me semblaient très importantes. »

Pression sur les jeunes

Delphine de Vigan a croisé des personnes qui ont vécu des situations difficiles, comme l’alcoolisme précoce, les mensonges à répétition.

« C’est une question à laquelle sont confrontés beaucoup de parents aujourd’hui, malheureusement. La scène finale du roman est arrivée à la fille d’une personne que je connais. (...) Même si je n’ai pas expérimenté cela en tant que mère, je pense que tous les parents, aujourd’hui, savent que les jeunes sont tentés très jeunes par l’alcool. »

« La pression qui est exercée sur les jeunes aujourd’hui est de plus en plus importante. Il y a une incertitude sur l’avenir qui est probablement très anxiogène pour eux et qui contribue sans doute au fait qu’ils aient, pour certains, tendance à se réfugier un peu dans des consommations diverses. »

Autonomie

Delphine de Vigan se reconnaît un peu dans tous les personnages.

« Ce qui me fascine et qui continue de me plaire tant, dans la fiction, c’est qu’on peut justement à la fois inventer des personnages, les créer de toutes pièces, et les nourrir de petits détails, d’expériences plus personnelles. Les quatre personnages ont probablement des points communs avec moi. Mais les quatre sont des personnages de fiction qui, à un moment donné, prennent leur autonomie propre. »

Le personnage d’Hélène, l’enseignante, est d’une importance capitale dans l’histoire.

« J’aime bien cette idée de cette femme qui s’est promis à elle-même qu’elle ne passerait pas à côté de la détresse d’un enfant, et qui va jusqu’au bout même si à la fois elle a raison et à la fois, elle se trompe. »

  • Delphine de Vigan a publié plusieurs romans, dont Rien ne s’oppose à la nuit, lauréat en 2011 du Prix du roman Fnac, du Prix du roman France Télévisions, du prix Renaudot des lycéens et du Grand prix des lectrices de Elle.
  • D’après une histoire vraie a reçu le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens en 2015.
  • Ses romans sont traduits dans plus d’une vingtaine de langues.

EXTRAIT

Les Loyautés
Delphine de Vigan
Éditions JCLattès
206 pages
Phtoo courtoisie
Les Loyautés Delphine de Vigan Éditions JCLattès 206 pages

 

« Mathis lui prend la bouteille des mains pour la porter à ses lèvres. C’est chacun son tour. La vodka déborde, un filet transparent coule sur son menton. Théo proteste : s’il recrache, ça ne compte pas. Alors Mathis avale d’un coup, les larmes lui montent aux yeux, il tousse, met la main devant sa bouche, l’espace d’un instant Théo se demande s’il ne va pas vomir, mais après quelques secondes Mathis ne peut s’empêcher de rire encore plus fort. »

— Delphine de Vigan, Les loyautés