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La fois où j'ai voulu sauver Montréal avec mon sac à poubelle

La fois où j'ai voulu sauver Montréal avec mon sac à poubelle
Jasmine Legendre

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J’habite à 45 minutes à pied de la job. Pour célébrer le mois de mai (et m’empêcher de niaiser avec mes collègues), mon boss me lance le défi de marcher de chez nous au bureau pour analyser la propreté de la ville et de mon hood, le Plateau Mont-Royal. C’est un classique annuel après tout, au printemps, le dégel laisse souvent place à des tonnes de déchets qui jonchent les trottoirs et les espaces publics

J’habite près de Saint-Laurent, je m’imagine bien que la «rue du party» doit être assez crottée merci, mais je me dis que les petites rues du coin portugais doivent recevoir plus d’amour de la part de leurs résidents. Je ne le sais pas encore, mais je rêve en couleurs.

Avec mon appareil-photo, mon sac à poubelle et mes gants, je m’investis donc de la mission de sauver le monde (oui oui) en ramassant tous les déchets que je croise sur mon chemin. Un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité.

La fois où j'ai voulu sauver Montréal avec mon sac à poubelle
Jasmine Legendre

Je ne m’attends pas à trop pire. Depuis un mois, la Ville s’affaire au «ménage du printemps», en théorie. C’est la raison pour laquelle dans la majorité des arrondissements, «la restriction du stationnement pour les activités de nettoyage des rues débute à compter du 1er avril et se termine le 1er décembre.»

Tiens, justement sur la rue Mont-Royal, on croise les gros camions de la voirie qui nettoient les rues avec de grosses brosses.

Un constat rapide

Après 10 minutes de marche à peine, mon sac commence à être lourd et le fond menace de lâcher. Un citoyen s’arrête près de moi. «Est-ce que t’as besoin d’une paire de pantalons», me dit-il en riant alors que je ramasse au même moment un jean ainsi qu’un foulard rose trempés et laissés au coin d’un poteau de métal.

La fois où j'ai voulu sauver Montréal avec mon sac à poubelle
Jasmine Legendre

Les friperies ferment sur Saint-Lau parce que le loyer est trop cher, mais soyez sans crainte, vous pouvez maintenant vous habiller avec les déchets abandonnés dans la rue.

João habite sur le plateau depuis 44 ans. «Chaque année, ça devient pire, surtout sur le Plateau. On est beaucoup, il y a des touristes. C’est sale!» Il a raison. Si les visiteurs veulent prendre de belles photos des ruelles colorées du quartier, ils vont devoir chercher longtemps. Les sacs à poubelle éventrés pullulent et compromettent la chasse au décor instagrammable.

Je poursuis ma route.

J’ai toujours détesté l’odeur mouillée du dégel au printemps, les trous de bouette et la ville qui a l’air d’une poubelle à ciel ouvert pendant toute cette période. Au coin de St-Denis et Marianne, je délaisse déjà mon sac. Il pèse une tonne et j’ai juste marché 10 minutes.

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Jasmine Legendre

Mais la planète a besoin de moi. Quelques mètres plus loin, je me penche quand même pour ramasser des mégots de cigarettes au pied d’un arbre: 42 vieux bouts de cigarettes à un seul endroit. Je perds un peu ma foi en l’humanité. Heureusement que j’en avais à revendre.

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Jasmine Legendre

Surtout que le pire m’attendait au coin de Christophe-Colomb, où le spectacle de nouvelles pousses sortant d’une terre prise pour un cendrier crevait le cœur.

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Jasmine Legendre

Des initiatives, ouais, mais

J’ai toujours été impressionnée, mais mitigée par des villes comme Genève, Boston ou Philadelphie qui sont d’une propreté indéniable, mais qui semblent un peu aseptisées.

Quand j’habitais à Genève, j’étais toujours fascinée de constater que si je jetais une bouteille de bière par terre, le lendemain elle était déjà ramassée par l’un des 200 employés de la ville qui s’affairent 7 jours sur 7 à nettoyer quotidiennement les quelque 200 km de routes.

À Montréal on veut conscientiser les gens. Du 27 avril au 6 mai, on essaie d’inciter 21 000 citoyens à venir participer aux 280 corvées de nettoyage éparpillées aux quatre coins de Montréal. Cette fin de semaine dans Hochelag’ avait d’ailleurs lieu le Torchefest, où les habitants du quartier étaient conviés à venir décrasser leur ville. C'est une grosse affaire, avec Rosalie Vaillancourt comme porte-parole. Ma collègue Ariane me dit que son quartier est plus propre, tant mieux, mais still. Il reste beaucoup à faire avant que les gens cessent de pitcher leur sac de McDo dans les rues après leur snack de 3h du matin.

La fois où j'ai voulu sauver Montréal avec mon sac à poubelle
Jasmine Legendre

L’initiative «1 Piece of Rubbish» venue de Marseille incite même les gens à ramasser un déchet par jour, le prendre en photo, le jeter et d’ensuite publier une photo de leur geste sur Instagram. Finalement, tu peux nommer tes amis pour les inviter à le faire. Un concept déjà maintes fois utilisé pour d’autres causes, mais jusqu’à maintenant l’initiative aurait ramassé 123 347 kg de poubelles.

En arrivant à l’extrémité du Plateau, face à cet édifice brun emblématique où je travaille, je me remémorais ces fois où j’avais moi-même contribué à faire de Montréal une ville poubelle.

Mais en enlevant un gros sac de poubelle de la voie publique, il est possible que le dégel printanier aura aussi un peu contribué à faire fondre mes émotions.