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Oui à un débat en anglais! Enfin!

Oui à un débat en anglais! Enfin!
Photo d'archives, MAXIME DELAND/AGENCE QMI

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Certains indépendantistes crient à la trahison, car Jean-François Lisée a accepté de participer à un débat en anglais. Permettez-moi d’être en désaccord...

Un consortium de médias anglophones - formé de CTV Montreal, la CBC (Radio-Canada anglophone), la radio CJAD, le réseau Global et The Montreal Gazette - a formellement demandé à ce que se tienne un débat en anglais au cours de la prochaine campagne électorale.

Un débat officiel de ce type, en anglais, pendant une campagne électorale au Québec ne s’est pas tenu depuis 1985. À la radio. Selon la journaliste de CTV Montreal Maya Johnson, il n’y a jamais eu de débat électoral télévisé en anglais au Québec.

Certains trouveront que c’est très bien comme ça. Que le Québec est une province officiellement francophone et que tout débat électoral officiel devrait se faire uniquement en français. Voilà qui est bien obtus, selon moi.

D’abord, je suis de ceux qui croient que plus les partis politiques et les chefs de parti surtout sont exposés aux questions des journalistes, plus la population y gagne. Notre mode de scrutin désuet comporte trop peu d’occasions de tenir ceux qui nous gouvernent à toute forme de réelle imputabilité. Uninominal à un tour, élu pendant quatre ans, au revoir la visite.

Écrasés par les révélations de corruption, visés par la commission Charbonneau, lors du dernier scrutin, les militants libéraux le savaient très bien. Et ils se sont moqués de cette absence d’imputabilité en apprenant leur victoire...

Ainsi, je me réjouis de la tenue d’un débat en anglais! L’électorat captif libéral, très majoritairement représenté dans la langue de Shakespeare, sera exposé aux turpitudes libérales. Car Philippe Couillard ne pourra éviter les attaques de ses adversaires. Il sera placé devant les dérives de sa gouvernance, et devra y répondre.

Le chef du Parti québécois Jean-François Lisée a été le premier à répondre « oui » à la demande du consortium anglophone avant même qu’on lui pose la question! On le comprendra. Il est habile en anglais, plus habile que François Legault, et de loin, et il pourra attaquer Philippe Couillard sur ces terres à lui pour une fois!

Aussi, les nationalistes et indépendantistes sous-estiment l’intérêt que peuvent porter nos concitoyens anglophones à leurs revendications. Quand on est indépendantiste dans la région de l’Outaouais, on le constate souvent. J’ai moi-même plusieurs anecdotes à compter à ce sujet.

Alors que j’étais candidat aux élections provinciales de 1994, un moment où la question constitutionnelle était sur toutes les lèvres, on m’avait invité à participer à un débat régional dans une station de radio anglophone de l’Outaouais. J’avais adoré l’expérience et j’avais pu expliquer les raisons pour lesquelles j’étais indépendantiste. Plus tard au cours de la campagne, et suite à ce débat, on m’avait invité au CÉGEP anglophone de la région où mes idées avaient été bien reçues.

Plus récemment, j’ai participé à un panel citoyen sur le thème de la laïcité et du multiculturalisme à la radio de la CBC. Cette fois, j’ai pu exprimer pourquoi j’étais attaché aux principes de la laïcité (secularism) et pourquoi ce principe était si cher à une large part de la société québécoise. Je ne vous dis pas le nombre de gens avec qui j’ai discuté de ce sujet-là en anglais. Il y a beaucoup plus de nos concitoyens anglophones qui sont en accord avec le principe de laïcité que ce que l’on pense a priori.

On peut bien se désoler que le Parti libéral du Québec jouit d’un appui indéfectible au sein de l’électorat non francophone, on peut bien pondre des textes sous l’angle de « L’éternité libérale » induite par cet électorat captif; mais en refusant de parler, franchement, à nos concitoyens anglophones, nous contribuons au renforcement de cette anomalie.

Car c’en est une! Les citoyens anglophones du Québec doivent être exposés aux turpitudes libérales, ils doivent être témoins et impartis à nos débats, surtout, et justement, quand c’est l’occasion d’attaquer le blason doré du parti qu’ils appuient en masse.

Cela changera-t-il la donne pour la prochaine élection? J’en doute fort. Mais de confiner nos débats sociétaux en période électorale à la seule majorité francophone est contre-productif.

Que Lisée, Legault et Massé attaquent le bilan de Philippe Couillard en anglais, qu’ils exposent les turpitudes libérales. Celui qui a le plus à perdre dans l’opération, c’est celui qui jouit d’un appui de 80% au sein de cet électorat.

Et dans l’état actuel des choses, chaque fois que le Parti libéral est fragilisé, c’est le Québec en entier qui y gagne au change.