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Conflits fédéral-provincial : Justin Trudeau, un premier ministre qui «raffole des chicanes»

Conflits fédéral-provincial : Justin Trudeau, un premier ministre qui «raffole des chicanes»
MAXIME HUARD / AGENCE QMI

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En cherchant à imposer ses idées plutôt qu’à dialoguer, le premier ministre Justin Trudeau se crée des ennemis inutilement dans les conflits qui s’accumulent entre Ottawa et les provinces, estiment des experts.

Que ce soit sur le pipeline Trans Mountain dans l’Ouest, la taxe carbone en Saskatchewan ou la culture du pot à domicile au Québec, M. Trudeau «semble raffoler des chicanes», note l’expert en droit constitutionnel Patrick Taillon, rappelant que le chef libéral avait lui-même promis un fédéralisme coopératif.

«Quand Justin Trudeau veut un pipeline, les provinces ne devraient pas avoir leur mot à dire. Quand Justin Trudeau veut que les citoyens puissent faire pousser de la marijuana à la maison, il n’accepte pas que les provinces aient leur propre modèle», souligne le professeur à l’Université Laval.

Le différend Québec-Ottawa sur la culture du pot à domicile a repris de plus belle cette semaine alors que Justin Trudeau a insisté que son approche était la bonne, face à celle de l’Assemblée nationale qui souhaite interdire la pratique.

Quand même le Parti libéral du Québec, «le parti le plus fédéraliste qui soit», est à couteaux tirés avec Ottawa, «ça dénote une vision peu respectueuse de l’autonomie des provinces», affirme M. Taillon.

De son côté, le professeur à l’École nationale d’administration publique, Jean-François Savard, martèle que «Justin Trudeau ne comprend pas ce qu’est le fédéralisme».

«Pourquoi agir comme ça avec les provinces? Quelle est l’urgence nationale de créer autant de discorde? On n’est pas à la Deuxième Guerre mondiale où on a besoin d’envoyer des gens au front», explique le spécialiste en politiques publiques.

M. Savard maintient que les disputes actuelles pourraient se régler de manière politique, mais que «le premier ministre est beaucoup plus intéressé par imposer ses propres idées».

Selon lui, les conflits ne sont rien de nouveau au sein de la fédération, mais ils prennent une ampleur «hallucinante» avec Justin Trudeau car son accent sur l’image personnalise énormément les enjeux.

Pour sa part, le constitutionnaliste Benoit Pelletier ne voit rien d’alarmant dans la gestion de Justin Trudeau. Le premier ministre «tient son bout et se porte beaucoup à la défense de l’intérêt national», mais il ne pêche pas non plus par excès d’interventionnisme, croit-il.

L’ancien ministre québécois des Affaires intergouvernementales reproche néanmoins au gouvernement Trudeau de s’en faire un peu trop avec les détails en s’obstinant sur la culture à domicile.

«Le fédéral n’a pas atteint ici le plus haut niveau de dialogue intergouvernemental, reconnaît-il également. Dans bien des cas, il serait mieux servi en discutant davantage.»

Culture de la marijuana à domicile

Dans son projet de loi C-45 sur la légalisation du cannabis, Ottawa veut permettre jusqu’à quatre plants de marijuana à la maison.

Un comité du Sénat a déposé un rapport mercredi qui recommande au fédéral de reconnaître l’autorité des provinces à légiférer sur la question, mais le gouvernement Trudeau a maintenu que son approche était la bonne.

Québec a répliqué en laissant planer un recours aux tribunaux.

Devant le choc fédéral-provincial, la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, a dit vendredi ne pas vouloir de chicanes. «Si elle ne veut pas de chicane, qu’elle nous laisse administrer ça comme on le pense», a réagi le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, vendredi.

Pipeline Trans Mountain

Citant l’incertitude autour du projet, l’entreprise américaine Kinder Morgan a suspendu début avril tous ses investissements «non essentiels» dans le plan d’expansion de l’oléoduc Trans Mountain, estimé à 7,4 milliards $.

La Colombie-Britannique s’y oppose pour des raisons environnementales, alors que l’Alberta, soutenue par le fédéral, compte sur le pipeline pour acheminer davantage de pétrole vers la côte Pacifique.

Le gouvernement Trudeau, qui y voit une question «d’intérêt national» assure que le projet ira de l’avant, sans préciser comment il s’y prendra. La Colombie-Britannique a demandé de son côté à la Cour suprême de la province de se prononcer sur le conflit de juridiction.

Ottawa a annoncé cette semaine que ses avocats interviendront contre la province dans cette cause.

Taxe carbone

La Saskatchewan a confirmé la semaine dernière qu'elle contestait devant les tribunaux la volonté du gouvernement fédéral d’imposer une taxe sur le carbone aux provinces qui n’en ont pas déjà une. Le premier ministre saskatchewanais, Scott Moe, affirme que le plan d’Ottawa viole la Constitution. «Les provinces, et non le fédéral, ont l’autorité d’agir en la matière», a-t-il maintenu en conférence de presse la semaine dernière.

Les ministres du gouvernement Trudeau ont réagi en disant que la Saskatchewan pouvait bien aller en cour si elle le voulait, mais qu’ils garderaient le cap. «Nous représentons l’intérêt national. C’est dans notre juridiction de protéger l’environnement», a insisté la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna.