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Des examens de français à l’écran avec un logiciel de correction?

Québec étudie l’impact d’un examen de français sur ordinateur avec un tel outil

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Des élèves d’une école secondaire québécoise, à l’œuvre devant un ordinateur, photographiés le 2 mars dernier.

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​Québec étudie la possibilité de faire passer l’examen de français de cinquième secondaire à l’écran, avec un logiciel de correction. Mais les élèves et les écoles sont loin d’être prêts pour faire le grand saut, conclut l’auteur d’une étude sur le sujet.

Pour obtenir leur diplôme de cinquième secondaire, les élèves doivent réussir l’épreuve ministérielle d’écriture en version papier-crayon. Qu’arriverait-il s’ils pouvaient passer cet examen à l’ordinateur, avec un logiciel d’aide à la correction ? Le ministère de l’Éducation s’intéresse à la question et a demandé à Pascal Grégoire, professeur en sciences de l’éducation à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, d’y répondre.

Ce dernier a réalisé une étude sur le sujet, à laquelle ont participé 300 élèves de cinquième secondaire. Parmi eux, certains ont pu utiliser le logiciel de révision Antidote pour réaliser l’examen de français à l’écran alors que d’autres n’y avaient pas accès. Sans surprise, ceux qui ont utilisé Antidote ont fait beaucoup moins de fautes d’orthographe que les autres.

Un « combo pour l’échec »

Si ce scénario était retenu par le ministère, il faudrait alors rehausser les exigences au niveau de l’orthographe pour maintenir un niveau de difficulté comparable à l’épreuve, version papier, indique M. Grégoire.

Par ailleurs, les élèves qui ont réalisé l’épreuve d’écriture à l’écran sans logiciel de correction ont moins bien réussi que ceux qui ont utilisé le crayon.

Il ne s’agit donc pas d’une avenue à privilégier, affirme le chercheur : « C’est le combo parfait pour l’échec. » Les élèves rédigent plus rapidement à l’écran, mais ils sont « en perte de repères » au moment de la révision du texte, puisqu’en classe ils ont appris à se relire sur papier, explique-t-il.

Or, même si le ministère de l’Éducation s’intéresse à ces scénarios, les écoles ne sont tout simplement pas prêtes à prendre un tel virage, ajoute M. Grégoire.

Dans les écoles publiques francophones, l’accès aux ordinateurs reste « particulièrement problématique ». Comment s’imaginer que tous les élèves de cinquième secondaire de la province pourront réaliser en même temps un examen d’écriture à l’écran ? Il faudra encore au moins une dizaine d’années avant d’y arriver, estime le chercheur.

Apprendre l’écriture numérique

En plus de l’accès difficile à la technologie, il faut aussi que les élèves apprennent à rédiger à l’ordinateur tout au long du secondaire avant qu’on pense à les évaluer à l’écran, ajoute Pascal Grégoire. « L’enjeu est là », lance-t-il.

Il est « assez urgent » de « faire une place à l’ordinateur » dans la classe de français, selon lui : « L’école fait place à plein de nouvelles approches, mais on travaille encore l’écriture comme on le faisait il y a 200 ou 300 ans. La réalité, ce n’est plus ça. Je ne comprends pas qu’on s’oppose à intégrer l’écriture numérique à l’école alors que c’est quelque chose qui fait partie de la réalité quotidienne. »

Apprendre aux élèves à bien utiliser un logiciel de correction et de révision pourrait aussi leur permettre d’améliorer leurs compétences en écriture, avance M. Grégoire.

Réflexion

Au ministère de l’Éducation, on indique que la réflexion concernant les examens à l’écran se poursuit. En 2016-2017, le ministère avait lancé un appel aux écoles souhaitant participer à un projet pilote, qui ne s’est toutefois pas encore concrétisé.

« Le ministère souhaite prendre toutes les précautions nécessaires afin d’évaluer les impacts sur les élèves d’épreuves en format numérique », a indiqué son porte-parole, Simon Fortin.

Le plan d’action numérique en éducation, qui sera présenté sous peu, viendra « donner des balises » à l’utilisation de la technologie sur les bancs d’école, précise-t-il.

— Avec la collaboration de Nicolas Lachance

Un expert croit qu’Antidote pourrait aider à l’apprentissage

Selon le professeur en sciences de l’éducation Pascal Grégoire, le logiciel Antidote pourrait devenir un outil d’apprentissage et permettre à des élèves d’apprendre à rédiger de meilleurs textes.

En plus de corriger les fautes d’orthographe, le logiciel Antidote permet à son utilisateur d’obtenir des commentaires sur plusieurs aspects problématiques du texte, l’incitant à les corriger sans nécessairement lui indiquer comment le faire.

« En l’utilisant, j’ai moi-même appris que j’employais des anglicismes dans mes tournures de phrases ou des mots à contresens. Je l’ai appris grâce à Antidote. Si c’est vrai pour moi, est-ce que ça peut être vrai pour les élèves ? » lance M. Grégoire.

C’est la question à laquelle il faut d’abord répondre, affirme-t-il, précisant qu’aucune étude sur le sujet n’a encore été réalisée.

Quelques exemples

Syntaxe : le logiciel permet d’identifier dans un texte les phrases trop longues, les phrases sans verbes, les phrases à la forme passive ou impersonnelle. L’outil ne corrige pas les phrases, il ne fait que les identifier.

Lexique : le logiciel peut repérer les répétitions de mots dans un texte ou les « verbes ternes » qui mériteraient d’être remplacés.

Orthographe : le logiciel permet d’identifier les erreurs et suggère des corrections, avec leurs justifications. Il permet aussi de repérer des anglicismes et des mots qui ne sont pas utilisés convenablement. Le logiciel identifie non seulement les erreurs, mais alerte aussi le rédacteur sur des problèmes potentiels, comme de mauvaises structures de phrases.

Le logiciel comprend aussi des dictionnaires et une série de guides, qui sont l’équivalent d’une grammaire.