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Épuisée de devoir se battre pour recevoir des soins

Tétraplégique après une chute, elle demande à être traitée « comme un être humain »

Sophie Laflamme photographiée à sa résidence vendredi dernier. On la voit avec son chien d’aide.
Photo stevens leblanc Sophie Laflamme photographiée à sa résidence vendredi dernier. On la voit avec son chien d’aide.

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Une femme de Saint-Augustin devenue tétraplégique après un accident d’équitation est épuisée de devoir se battre continuellement pour obtenir des services à domicile. Elle lance un cri du cœur pour rappeler au système « qu’elle est une personne humaine et non qu’un numéro de dossier ».

Sophie Laflamme a peut-être perdu l’usage de ses membres après une chute à cheval en 2012, mais elle n’a rien perdu de sa fougue et de sa vivacité. « Je suis pas mal certaine que j’ai encore toute ma tête », lance-t-elle avant de laisser échapper un éclat de rire.

Ces petits moments de légèreté sont toutefois rares dans le quotidien de la femme de 43 ans, qui vit dans un appartement adapté installé au sous-sol de la maison familiale.

Devant lutter depuis son accident pour ne pas être oubliée par le système, Sophie Laflamme n’en peut plus de la pression qui s’accentue sans cesse.

Même si elle embauche ses propres préposées pour la majorité de ses besoins, la femme doit parfois se tourner vers le CIUSSS Capitale-Nationale pour des besoins périodiques, ce qui s’est compliqué récemment.

Menaces de coupures

Un message sur fond de menaces laissé sur sa boîte vocale la semaine dernière aura été la goutte qui fait déborder le vase.

« Le CLSC m’annonçait à 15 h 30 qu’ils coupaient tous mes services à partir du lendemain jusqu’à ce que j’aie un lève-personne. Selon eux, même si ça fait six ans qu’on fonctionne sans, je mettais maintenant les préposées en danger », soupire Mme Laflamme, qui assure n’avoir jamais été avisée par le passé de la moindre blessure subie par un de ses aides-soignants.

Même si la direction est revenue sur sa décision en soirée et qu’elle a reçu ses soins le lendemain, c’est avant tout les impacts psychologiques de ce continuel yoyo administratif qu’elle veut dénoncer.

« Je fais quoi moi demain matin si personne ne vient me lever ? [...] J’ai l’impression que si ça dépendait seulement d’eux, je serais couchée 24 heures sur 24 ou je serais placée en résidence », déplore la femme qui a choisi de dénoncer malgré la peur de représailles.

Pression constante

Depuis peu, elle précise que le CIUSSS a augmenté sans raison la pression sur sa famille. Inspection de sa douche adaptée, demande de fournir des couvre-chaussures aux préposées, diminution au minimum du nombre de transferts, restrictions vestimentaires, Sophie Laflamme se sent de plus en plus étouffée par un système lui-même à bout de souffle.

« Une préposée m’a déjà dit que c’était trop difficile de m’enlever mes jeans. Donc, on m’a demandé d’être en pyjama pour mes soins, ce qui veut dire passer mes journées en pyjama. Mais je n’ai plus rien moi. J’ai tout perdu, sauf ces petites choses-là, comme le fait de pouvoir encore m’habiller comme je veux. Et on veut me l’enlever ? C’est ça qui n’est pas humain », s’indigne-t-elle, décidée « à défendre sa dignité ».

La direction du CIUSSS Capitale-Nationale assure qu’un suivi serré est fait de ce dossier, mais que les décisions prises le sont « pour la sécurité des employés ». « C’est une obligation pour l’employeur que nous sommes », explique la porte-parole Annie Ouellet.

Tempête familiale

Comme si ce n’était pas assez, le père de Sophie Laflamme est en fin de vie, à la Maison Michel-Sarrazin. La mère de Sophie, qui court entre les besoins de sa fille et ceux de son mari, est également à bout de souffle.

« Est-ce qu’on peut nous laisser vivre ce deuil sans rien changer ? C’est tout ce qu’on demande. Ce n’est pas le moment », implore Nicole Laflamme.

« Je suis épuisée de me battre pour ça parce que j’ai à me battre pour beaucoup d’autres choses dans ma vie , ajoute Sophie Laflamme, qui ne demande qu’à être considérée avec respect. Je me sens comme un fardeau, une complication pour eux, un paquet de trouble. Ce n’est pas normal. »

Déclarant être au fait des éléments particuliers du dossier, la direction du CIUSSS indique que des rencontres sont prévues avec la famille pour « assurer la communication ».

Affronter la pénurie de main-d’œuvre en plus de son handicap

Déjà largement affligée par son handicap, Sophie Laflamme doit gérer l’embauche des préposées aux bénéficiaires privées qui l’accompagnent au quotidien, un cauchemar dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre.

« Le CIUSSS a lui-même de la difficulté à recruter avec un salaire et des conditions avantageuses, imaginez, moi, ce que je dois faire pour en trouver », lance la femme installée dans son fauteuil roulant.

Durant l’année scolaire, elle réussit habituellement à trouver des étudiants qui sont prêts à faire quelques heures à gauche et à droite pour l’aider. Mais quand la fin des classes arrive, les bris de service sont plus nombreux et causent de sérieux maux de tête à Sophie Laflamme et son entourage.

« On ne se sent pas supportés »

« Les filles sont en stage, elles se trouvent des emplois, retournent dans leur région. C’est normal, mais c’est difficile pour nous et on ne se sent pas supportés », explique-t-elle.

Devant se tourner vers le CIUSSS pour combler ces trous à l’horaire, Mme Laflamme affirme qu’on la fait sentir coupable de ne pas parvenir à trouver des employés.

« Quand j’ai dit qu’on avait de la difficulté à recruter, ils m’ont dit qu’il faudrait que je me penche là-dessus », se rappelle Mme Laflamme, excédée par cette réponse. « C’est toujours à nous à faire les concessions. »

« Jusqu’à récemment, les bris de services étaient rares parce que j’avais une bonne banque de filles. Mais là, on nous blâme d’avoir des bris de services. On gère quasiment une mini-PME, mais ce n’est pas encore correct », soupire la femme qui ne sait plus vers qui se tourner tellement il est difficile d’avoir des services.

L’histoire de Sophie Laflamme

  • Une chute à cheval l’a rendue tétraplégique
  • Accident survenu le 11 avril 2012
  • Moelle épinière endommagée
  • Elle a perdu l’usage de ses bras et de ses jambes