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Le véritable coût de la croisière appuyée par Michaëlle Jean devait rester caché

Un cadre de l’OIF a invité ses collègues à demeurer discrets sur les chiffres

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Photo AFP Une centaine de jeunes francophones participent à la caravane maritime de l’Hermione jusqu’en Méditerranée, à l’invitation de la Francophonie. Le gouvernement du Québec a confirmé récemment que le coût du projet s’élève déjà à près de 1 million $.

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Un cadre de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a invité ses collègues à « masquer » le véritable montage financier d’une croisière proposée par le cabinet de Michaëlle Jean, a appris notre Bureau d’enquête.

Ma-Umba Mabiala, responsable de la Direction de l’éducation et de la jeunesse (DEJ), a fait cette déclaration dans un courriel, en mars dernier, alors que l’OIF niait publiquement que le voyage coûterait 1 million $, comme nous l’avions pourtant rapporté.

Sur les réseaux sociaux et dans un quotidien, l’OIF a répété que ses dépenses se limitaient à 445 000 $ pour permettre à une centaine de jeunes francophones de participer au projet « Libres ensemble » à bord du trois-mâts l’Hermione.

L’estimation obtenue par notre Bureau d’enquête a toutefois été confirmée fin avril par le gouvernement du Québec qui, à titre de membre, finance l’OIF.

En mars, malgré les démentis publics, M. Mabiala évoquait déjà des coûts plus élevés que prévu pour le voyage proposé par le cabinet de Mme Jean.

« Nous n’avons pas d’autres choix que de poursuivre Hermione jusqu’à sa fin et d’essayer de “masquer” l’aberration de son montage budgétaire pour le bien général de notre organisation et la réputation de la DEJ », a-t-il écrit dans le courriel obtenu par notre Bureau d’enquête.

Selon Michaëlle Jean, secrétaire générale de la Francophonie, le projet vise notamment à «donner à la jeunesse des raisons d’espérer».
Photo courtoisie
Selon Michaëlle Jean, secrétaire générale de la Francophonie, le projet vise notamment à «donner à la jeunesse des raisons d’espérer».

Escales coûteuses

À ce moment, M. Mabiala, qui est responsable de gérer le projet Hermione, précisait déjà que des dépenses supplémentaires s’ajouteraient.

« C’est vérifié maintenant que les frais réels sont plus importants que prévu », écrivait-il.

Le responsable de la DEJ a constaté que les coûts augmenteraient d’environ 130 000 $ en raison d’activités organisées lors des escales du navire en Méditerranée.

« Nous allons devoir prélever 84 000 euros supplémentaires dans les autres directions pour la participation des personnalités aux escales et l’organisation plus importante de l’escale de Tanger en présence de la secrétaire générale », a-t-il dit.

L’Hermione doit rentrer à Rochefort, le 17 juin. Le navire était parti de ce port français fin janvier. Une centaine de jeunes se sont relayés à son bord pour aider aux manœuvres pendant sa boucle méditerranéenne.

Discorde interne

M. Mabiala rappelait dans son courriel de mars qu’il avait critiqué, tout comme ses collègues, le projet Hermione.

« Je sais que vous aviez tous unanimement des réserves sérieuses concernant ce projet, et moi le premier j’avais signalé nos contre-arguments. »

Il reprochait à une conseillère de Mme Jean, Audrey Delacroix, d’avoir fait « miroiter » à la secrétaire générale « des choses qui ne sont pas vraies ni sur le plan budgétaire ni sur le plan des retombées », avec le projet Hermione.

La facture pourrait encore grimper

La facture de la croisière de l’Hermione pourrait encore grimper davantage pour l’OIF, a indiqué le gouvernement du Canada.

Une porte-parole du ministère fédéral des Affaires mondiales, Amy Mills, a affirmé que l’OIF est incapable de garantir que le coût demeurera à 1 million $, comme estimé en ce moment.

« Compte tenu que plusieurs programmes/directions de l’OIF sont associés au projet Hermione et que l’année financière 2018 n’est pas terminée, nous comprenons que l’OIF n’est pas en mesure de fournir de telles assurances », a répondu Mme Mills par courriel, le 8 mai.

Le gouvernement fédéral a obtenu ces précisions après avoir découvert que le coût du voyage s’élevait maintenant à près de 1 million $, soit déjà plus que ce qui avait été présenté l’an dernier par l’OIF à ses membres.

Selon Mme Mills, le gouvernement fédéral suit le dossier de près. Des employés de l’ambassade du Canada à Paris ont rencontré « l’administration de l’OIF et la discussion se poursuivra au sein des instances de la Francophonie ainsi que des commissions et des groupes de travail de l’OIF », a dit la porte-parole.

Plus de transparence réclamée

L’été dernier, Ottawa et Québec s’étaient opposés à ce que l’OIF puise une somme de près de 400 000 $ dans son fonds de réserve pour financer la croisière.

À cette occasion, le numéro 2 de l’OIF, l’administrateur Adama Ouane, avait affirmé que près de 300 000 $ avaient déjà été engagés dans le projet.

Au cours des dernières semaines, les gouvernements fédéral et québécois ont réclamé plus de transparence de l’OIF.