/news/provincial
Navigation

[PHOTOS] Voici l'histoire du tramway de Québec en 10 stations

Coup d'oeil sur cet article

Alors que les différents paliers gouvernementaux s'apprêtent à investir des milliards de dollars pour développer un nouveau réseau structurant de transport en commun reposant sur l'établissement d'une ligne de tramway, bien des Québécois ont oublié ou ignorent simplement que la ville de Québec a déjà eu son réseau de transport sur rails et qu'elle lui a tourné le dos il y a 70 ans. 

Le réseau de tramway avait précédé l'automobile et n'avait donc pas été conçu pour partager la voie publique avec ce nouveau moyen de transport. Aussi est-il devenu une nuisance.

Par ailleurs, la ville avait évolué et les déplacements des usagers avaient changé depuis 1865. Le tramway ne répondait plus à la réalité des travailleurs.

C'est la conjugaison de ces deux facteurs qui a conduit à la mise au rancart des «petits chars», comme on les appelait à l'époque.

Voici donc l'histoire du tramway de Québec en 10 stations.

1. La Quebec Street Railway Company

Le tramway hippomobile au marché Champlain en 1865, anonyme, Bibliothèque et Archives Canada, Collection Edward McCann
Le tramway hippomobile au marché Champlain en 1865, anonyme, Bibliothèque et Archives Canada, Collection Edward McCann

C'est le 18 août 1865 que la première voiture de la Quebec Street Railway Company, tirée par deux chevaux, commence à circuler en Basse-Ville sur des rails de bois.

Le seul trajet qui existait alors reliait le marché Champlain à la barrière de la rue Saint-Ours (aujourd'hui le boulevard Langelier), en passant par les rues Saint-Pierre, Saint-Paul, Saint-Joseph et Saint-Vallier, et traversant au passage le marché Jacques-Cartier.

La Haute-Ville, à cette époque, n'était pas desservie.

2. La St. John Street Railway

La rue Saint-Jean vers 1890, BAnQ, Fonds Jean-Georges Garneau
La rue Saint-Jean vers 1890, BAnQ, Fonds Jean-Georges Garneau

Il faut attendre jusqu'en 1878 pour que la Haute-Ville voie circuler des tramways.

Le premier circuit de la St. John Street Railway n'a que 2 km.

Il débute à l'Hôtel des postes de la rue De Buade et suit la côte de la Fabrique et la rue Saint-Jean jusqu'à la rue De Salaberry.

Plus tard, il sera prolongé jusqu'à la rue des Érables pour fermer la boucle par la Grande Allée et la rue Saint-Louis.

À cette époque, les tramways de la Basse-Ville et de la Haute-Ville sont toujours hippomobiles et sont gérés par deux entreprises distinctes.

3. La côte Dinan

Le «viaduc» Dinan en 1898, BAnQ, Fonds Philippe Gingras, P585,D14,P18
Le «viaduc» Dinan en 1898, BAnQ, Fonds Philippe Gingras, P585,D14,P18

Au XIXe siècle, quatre côtes relient la Basse-Ville à la Haute-Ville: les côtes de la Montagne, de la Canoterie, Dambourgès et du Palais.

Toutefois, elles sont trop abruptes pour permettre la montée des tramways.

C’est pourquoi, en 1897, on construit un viaduc à la pente très douce qui relie la rue Saint-Paul au sommet de la côte du Palais, près de l'Hôtel-Dieu.

C'est la côte Dinan.

Il s'agit d'un plan incliné reposant sur des chevalets.

En 1948, lorsqu'on abandonne le tramway au profit de l'autobus, ce viaduc est réaménagé pour les véhicules automobiles.

Encore aujourd’hui, de la Basse-Ville, on peut voir les piliers de béton qui la supportent et qui ont remplacé les chevalets d’acier originels.

4. La porte Saint-Jean

Vue éloignée du passage d'un tramway près de la porte Saint-Jean, vers 1930, BAnQ, Fonds L'Action catholique
Vue éloignée du passage d'un tramway près de la porte Saint-Jean, vers 1930, BAnQ, Fonds L'Action catholique

Sur le trajet de la Haute-Ville, les voitures tirées par deux chevaux s'accommodaient assez bien de la présence de la porte Saint-Jean, qui était pourvue de deux grands passages arqués.

En 1897, lorsque le tramway est électrifié et que des fils aériens doivent être installés, la porte Saint-Jean devient un obstacle infranchissable.

Elle sera donc démolie. Ce n'est qu'en 1939 que l'actuelle porte, avec sa grande arche, sera construite.

En 1899, les deux compagnies de tramway seront fusionnées pour former la Quebec Railway, Light and Power Company, plus tard la Quebec Power.

5. Des écuries et un garage

Le tramway au garage de la rue Saint-Jean vers 1900, BAnQ, Fonds J.E. Livernois Ltée, P560,S2,P82485
Le tramway au garage de la rue Saint-Jean vers 1900, BAnQ, Fonds J.E. Livernois Ltée, P560,S2,P82485

Lorsque la St. John Street Railway avait vu le jour, en 1878, elle avait construit des écuries sur la rue Saint-Jean, au coin de la rue Racine (aujourd'hui la rue Philippe-Dorval), pour loger ses chevaux et ses voitures.

Les écuries ont été détruites par un incendie dans la nuit de Noël 1890, mais elles ont aussitôt été reconstruites.

À la suite de l'avènement des tramways électriques, les anciennes écuries ont été remplacées par un garage pouvant accueillir simultanément 14 wagons.

Devenu désuet, il a été démoli en 1935.

Il était situé au pied de la rue Turnbull, où se trouve maintenant un nouvel immeuble résidentiel. Récemment, on appelait cet endroit l'îlot Irving.

6. Le Sweeper

Le «sweeper» no 4, vers 1900, dans la rue D'Auteuil, face à l'Esplanade, BAnQ, Fonds J.E. Livernois Ltée, P560,S1,P760
Le «sweeper» no 4, vers 1900, dans la rue D'Auteuil, face à l'Esplanade, BAnQ, Fonds J.E. Livernois Ltée, P560,S1,P760

Au tournant du XXe siècle, l’entretien des rails du tramway en hiver ne se faisait pas en criant ciseau.

Pour dégager les voies recouvertes d'un peu de neige, on utilisait des wagons chasse-neige.

Cependant, lorsque l’amoncellement était plus important, on faisait appel à des équipes d’hommes munis de pelles et le travail se faisait à «l’huile de bras».

Enfin, pour éviter que les rails soient recouverts de glace, on les balayait en utilisant des wagons balayeurs, les «sweepers».

7. Le char observatoire

Le char observatoire à la place d’Armes en 1943, BAnQ, Herménégilde Lavoie, E6,S7,SS1,P23710
Le char observatoire à la place d’Armes en 1943, BAnQ, Herménégilde Lavoie, E6,S7,SS1,P23710

Si Québec offre aujourd'hui à ses touristes l'autobus rouge à deux étages, la capitale avait autrefois son «char observatoire».

Il a été inauguré le 18 juin 1910.

Il s'agissait d'un wagon comptant six rangées de sièges doubles en paliers.

On y montait par un escalier situé à l’arrière.

L’itinéraire avait pour point de départ la place d’Armes.

La visite de la Haute-Ville et d’une partie de la Basse-Ville durait environ une heure et le tarif était de 0,50 $ pour le tour complet ou de 0,25 $ pour un parcours abrégé en soirée.

Fonctionnant de la mi-mai à la mi-octobre, le char observatoire a été utilisé jusqu'à l'automne 1947.

8. Une avancée technologique

Le tramway à la place D'Youville en 1944, William B. Edwards, Bibliothèque et Archives Canada
Le tramway à la place D'Youville en 1944, William B. Edwards, Bibliothèque et Archives Canada

La place D'Youville est depuis longtemps un important carrefour de transport public.

C'est donc à l’intersection des rues Saint-Jean et des Glacis que, le 29 mars 1929, on mettait en service un aiguillage électromagnétique.

Jusque-là, le garde-moteur – c’est le nom qu’on donnait alors au chauffeur – devait, pour changer de voie et de direction, arrêter son véhicule, en sortir et aiguiller lui-même les rails à l’aide d’une tringle.

Il le ferait dorénavant tout en roulant, depuis son poste de commande.

Dans les jours qui ont suivi l'installation de ce nouveau système, les badauds se rendaient sur place pour assister au spectacle.

9. La Jonction de Sillery

La Jonction de Sillery, coin Saint-Cyrille et des Érables, le 24 janvier 1946, Collection Gilbert Bergeron, tiré du livre Les tramways de Québec de Jacques Pharand
La Jonction de Sillery, coin Saint-Cyrille et des Érables, le 24 janvier 1946, Collection Gilbert Bergeron, tiré du livre Les tramways de Québec de Jacques Pharand

Le tramway de la Haute-Ville n'allait pas au-delà de l'avenue des Érables. En 1910, un nouveau parcours vers l'ouest, dans Montcalm, Belvédère et Sillery, a été établi.

Cette ligne empruntait le boulevard Saint-Cyrille (aujourd'hui René-Lévesque), l'avenue Nugent (aujourd'hui l'avenue Rodolphe-Forget), la rue Sheppard et l'avenue Maguire, où se trouvait le terminus, à l'intersection du chemin Saint-Louis.

Une salle d'attente intérieure, baptisée «Jonction Sillery Junction», a été construite entre l'ancienne et la nouvelle ligne.

Longtemps après la disparition des tramways, on parlera encore de la Jonction de Sillery.

10. Le dernier tramway

Le tramway 800 à l'aiguillage de l'ancienne rue Ramsay, face à la gare du Palais, au départ de son dernier parcours, le 26 mai 1948, Collection Gilbert Bergeron, tiré du livre Les tramways de Québec de Jacques Pharand
Le tramway 800 à l'aiguillage de l'ancienne rue Ramsay, face à la gare du Palais, au départ de son dernier parcours, le 26 mai 1948, Collection Gilbert Bergeron, tiré du livre Les tramways de Québec de Jacques Pharand

Vers minuit, dans la nuit du 26 au 27 mai 1948, le tramway 812 terminait son service et se rendait aux ateliers de Limoilou.

Ce fut le dernier tramway à circuler dans les rues de Québec.

Dès le lendemain matin, 140 autobus prenaient la relève.

La ligne de Saint-Sauveur, la première à être entrée en service en 1865, fut la dernière à disparaître.

Ce trajet, aujourd'hui desservi par le RTC, porte toujours le numéro 1.

C'était pour Québec la fin d'une époque... qu'on s'apprête à revivre.


Un texte de Jean-François Caron, Société historique de Québec


Pour obtenir plus d'informations, consultez Jacques Pharand, Les tramways de Québec, Les Publications MNH, 1998.


Vous pouvez consulter la page Facebook de la Société historique de Québec en cliquant ici et le site web en vous rendant ici.