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Un cinéaste pas comme les autres

Un cinéaste pas comme les autres
Photo courtoisie

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Pour ceux qui aiment le cinéma, surtout celui des années 1960, associé à la nouvelle vague française, ces mémoires d’un grand du cinéma sont un pur délice.

Parti de sa Grèce natale pour Paris afin d’y faire des études universitaires en lettres modernes, Costa-Gavras­­­ découvre la cinémathèque qu’il se met à fréquenter assidûment. Nous sommes en 1956 et le cinéma français est en pleine effervescence.

Suivant les traces d’une jeune femme blonde qui fréquente elle aussi la cinémathèque, il s’inscrit à l’Institut des hautes études cinématographiques (Idhec). Cette jeune femme blonde, c’est Michèle Firk, qui se joindra plus tard à la guérilla au Guatemala. En 1968, elle se suicidera alors que « la police fait irruption dans son studio après avoir capturé son compagnon, un commandant des FAR ». Elle avait milité auparavant pour l’indépendance de l’Algérie, « une position radicale dangereuse alors en France ».

L’aventure commence

La vie de Costa-Gavras sera parsemée de rencontres heureuses. Il sera toujours au bon moment, au bon endroit. À la fin de ses études, on lui propose un stage dans un film d’Yves Allégret. La véritable aventure du cinéma allait débuter. D’assistant à réalisateur et scénariste, il sera de plus en plus sollicité, surtout après le succès mondial de Z sur la Grèce, des colonels qui renversèrent un gouvernement légitime avec l’appui des Américains. Costa-Gavras verra avec raison la main impériale des Américains partout. D’ailleurs, il répétait souvent : « Dis du mal des Américains, si tu ne sais pas pourquoi, eux le savent. » Le film Z aurait bien pu ne jamais voir le jour, car bien peu de producteurs y croyaient. Finalement, c’est en Algérie que le film sera tourné, avec la collaboration du président Boumediene.

Après Z, ce sera L’Aveu d’après le roman du même nom. Si Z portait nettement la marque d’un homme engagé en faveur du peuple, avec L’Aveu, on accusera Costa­­­-Gavras d’avoir tourné un « film anticommuniste ». Mais Costa-Gavras ne s’en offusquera pas. Il est en paix avec sa conscience, car il aura toujours le souci de ne pas apporter de l’eau au moulin de ceux qui défendent des positions réactionnaires. C’est ainsi qu’il prendra ses distances avec Soljenitsyne, car « au nom de l’anticommunisme, il célébrait les dictatures de Franco en Espagne et de Pinochet au Chili ». Même réaction avec Vaclav Havel qui avait soutenu « les bombes humanitaires » en Irak et en Bosnie.

Sources d’inspiration

De retour du Chili d’Allende où il est allé présenter son dernier film, il fait une escale à Montevideo, en Uruguay, où la guérilla urbaine des Tupamaros vient d’exécuter un agent de la CIA, Dan Mitrione. Ce conseiller nord-américain faisait partie d’une vaste organisation paravent qui sous le couvert d’aide humanitaire « participait à l’ancrage, à la consolidation, à l’emprise de ce que l’on peut appeler la colonisation politique, culturelle, économique et sociale américaine [...], des spécialistes en idéologie officielle ».

C’est la conclusion à laquelle en vient Costa-Gavras après avoir rencontré des acteurs directs et examiné de nombreux documents. En fait, Mitrione enseignait les différentes méthodes de torture aux polices locales d’Amérique latine et organisait des escadrons de la mort. Cela a donné État de siège, film captivant tourné au Chili peu de temps avant le coup d’État sanglant de Pinochet, écrit en collaboration avec Franco Solinas, le scénariste de La bataille d’Alger. Lorsque La bataille d’Alger fut projetée à Montréal, à la fin des années soixante, la police fédérale filmait ceux qui sortaient du cinéma Verdi, c’est tout dire.

Puis il y eut Missing, cette terrible histoire d’un père américain de droite qui cherche son fils de gauche disparu au Chili après le putsch de Pinochet. Et il y en aura d’autres, car Costa-Gavras est toujours vivant et il continue de rêver !

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