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Pédophilie: coup de théâtre

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Photo AFP Le pape François

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Vendredi dernier, les 34 évêques du Chili ont donné leur démission au pape François à la suite des agressions sexuelles sur des enfants qui se sont perpétuées pendant des décennies dans leur pays.

Le même vendredi, je publiais une chronique pour dénoncer des évêques du diocèse de Chicoutimi qui ont fermé les yeux et se sont tus devant les abus sexuels d’un prêtre pédophile de la région, Paul-André Harvey, mort en prison début mai après avoir été condamné par les tribunaux. Trente-neuf enfants ont été victimes de cet homme dont on connaît les exactions grâce à l’enquête de la journaliste Isabelle Hachey de La Presse.

Pour les lecteurs du Journal m’accusant d’attaquer l’Église, qui a formé des générations de Québécois, je dois faire une mise au point. J’ai écrit : « Maudite soit cette Église québécoise ». La langue française est précise et comporte toutes les nuances. Je n’ai pas écrit que l’Église québécoise était maudite. L’adjectif démonstratif « cette » désigne l’Église du diocèse de Chicoutimi où des évêques successifs ont caché des faits et protégé l’institution plutôt que les enfants. À ce jour, le diocèse nie l’existence même de ces abus, qui se sont poursuivis durant 20 ans.

Graves négligences

C’est exactement ce qui s’est passé au Chili. L’enquête du Vatican a conclu « à de très graves négligences de la part d’évêques et de supérieurs de communautés religieuses dans la protection des enfants abusés ». De même que l’abbé Harvey a été déplacé 12 fois de paroisse, des membres du clergé chilien ont transféré les prêtres pédophiles dans d’autres diocèses tentant de minimiser leurs agressions d’enfants.

Les évêques chiliens ont donc été obligés d’écrire : « Nous voulons demander pardon pour les douleurs causées aux victimes, au pape, au peuple de Dieu et à notre pays pour les graves erreurs et omissions que nous avons commises. »

Au Québec c’est le même cas de figure. Or les évêques demeurent muets sur les prédations sexuelles de l’abbé Harvey.

Cette démission en bloc des évêques chiliens sous la pression du pape confirme que la hiérarchie catholique, où qu’elle soit, doit désormais briser son coupable silence face aux prêtres pédophiles.

Arguments spécieux

Nombre de lecteurs tentent aussi de relativiser les actions pédophiles de l’ex-abbé Harvey usant d’arguments aussi spécieux que troublants. Plusieurs rappellent que c’était une autre époque, comme si la morale sociale des années 1970 tolérait la pédophilie. Et en dénonçant ces horreurs, écrit un autre, je nierais à l’Église du Québec l’immense contribution qu’elle a apportée à la société tout entière.

Or je n’ai de cesse de défendre les religieux et les religieuses qui nous ont permis de nous instruire, qui ont protégé notre langue et nous ont amenés à plus d’humanité et de compassion.

Oui, je suis dégoûtée du silence des autorités religieuses, qui entachent par leurs actes lâches et leur silence un scandale comme celui du diocèse de Chicoutimi, qui a amené les tribunaux à condamner l’abbé pédophile.

Le pape François devrait peut-être convoquer les évêques du Québec au Vatican.