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Les cahiers remplacés par une multitude de projets

Joyce Chambers, qui a grandi sur la Côte-Nord, a toujours voulu être prof. «Ma grand-mère était enseignante. Petite, j’aimais l’odeur des cahiers neufs quand elle m’emmenait dans sa classe, avant le début de l’année scolaire.»
Photo Chantal Poirier Joyce Chambers, qui a grandi sur la Côte-Nord, a toujours voulu être prof. «Ma grand-mère était enseignante. Petite, j’aimais l’odeur des cahiers neufs quand elle m’emmenait dans sa classe, avant le début de l’année scolaire.»

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BEACONSFIELD | Avec sa bonne humeur contagieuse, son grand cœur et sa créativité débordante, Joyce Chambers tient à ce que chacun de ses élèves arrive et reparte chaque jour avec le sourire. «On se souvient de ce qu’on a eu du plaisir à apprendre», lance cette enseignante qui inspire ses collègues.

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Dans la classe de Joyce, à l’école primaire de Beaconsfield, les cahiers d’exercices ont presque tous été délaissés pour faire place à une multitude de projets. Lors du passage du Journal, les élèves devaient rédiger les consignes d’un jeu de société inventé de toutes pièces, avant de terminer le tournage d’un film muet inspiré de l’œuvre de Charlie Chaplin et réalisé en collaboration avec des élèves d’une classe de francisation.

«Je veux toujours trouver la p’tite twist qui va faire que mes élèves vont embarquer», lance-t-elle, tout en précisant que par moments, l’enseignement magistral a aussi sa place en classe: «L’important, c’est la variété, pour que chaque élève y trouve son compte.»

Celle qui se décrit comme une «taponneuse pédagogique» n’hésite pas à se laisser guider par ses propres envies. Au fil des ans, Joyce a réalisé avec ses élèves des films d’animation et des reportages journalistiques. L’an prochain, elle veut monter avec ses élèves de 5e et 6e année une pièce de théâtre sur les contes et légendes québécois. «J’essaie plein de choses, j’y vais avec mes intérêts. Si moi, je m’ennuie, mes élèves vont trouver ça plate», dit celle qui est toujours en quête de nouvelles idées.

Joyce Chambers, qui a grandi sur la Côte-Nord, a toujours voulu être prof. «Ma grand-mère était enseignante. Petite, j’aimais l’odeur des cahiers neufs quand elle m’emmenait dans sa classe, avant le début de l’année scolaire.»
Chantal Poirier / JdeM

Et visiblement, ses élèves en redemandent. «Elle transforme n’importe quelle matière en jeu. C’est une prof vraiment super, elle est différente parce qu’elle est créative», affirme Jacob, les yeux brillants.

Appelez-moi Joyce

Cette enseignante mise aussi sur le lien affectif avec ses élèves, qui est «primordial» pour se sentir bien à l’école et apprendre, dit-elle. En classe, ses élèves l’appellent Joyce, tout simplement.

«J’ai toujours refusé de me faire appeler madame. Je trouve que ce titre met un espace entre moi et les élèves, alors que ce que je veux, c’est créer un rapprochement. Je les côtoie pratiquement plus souvent que leurs parents, je m’attends à ce qu’on ait une intimité entre nous», explique-t-elle.

Une collègue appréciée

Joyce Chambers, qui se décrit comme une «rassembleuse», insiste aussi sur l’importance de créer le même lien privilégié avec ses collègues, au quotidien. Elle mise beaucoup sur le partage et la collaboration entre profs pour s’inspirer, s’alimenter et «entretenir la flamme».

Une de ses anciennes collègues, Louise Demers, peut en témoigner. Joyce n’hésite pas à passer son heure du dîner avec des collègues pour leur montrer comment utiliser la tablette en classe, raconte-t-elle. Se tenant constamment informée des dernières recherches en éducation, elle partage volontiers le matériel pédagogique qu’elle a conçu, au moyen d’un blogue qu’elle alimente régulièrement.

Joyce Chambers, qui a grandi sur la Côte-Nord, a toujours voulu être prof. «Ma grand-mère était enseignante. Petite, j’aimais l’odeur des cahiers neufs quand elle m’emmenait dans sa classe, avant le début de l’année scolaire.»
Photo Chantal Poirier

«Elle est de loin la plus compétente, la plus dynamique, la plus généreuse et la plus professionnelle enseignante que nous ayons côtoyée», affirme Mme Demers.

La principale intéressée se décrit plutôt comme une enseignante «passionnée et engagée», qui a su au fil des ans «cultiver et entretenir la flamme de l’enseignement» grâce à des collègues qui ont partagé leur expérience, des directions d’école qui l’ont épaulée et une commission scolaire qui lui permet de concilier famille et travail, en enseignant quatre jours par semaine.

Un temps d’arrêt nécessaire

Or, malgré ce «contexte favorable», cette mère de deux enfants a dû tout de même «prendre une pause» l’an dernier. «J’ai pris une année sabbatique, pour me refaire une santé et pour prendre soin des miens. Même si je suis passionnée et bien entourée, j’ai dû prendre ce temps d’arrêt. Ça montre à quel point le métier, en 20 ans, a beaucoup changé», affirme-t-elle.

Les exigences toujours plus élevées envers les enseignants, la paperasse à remplir, les cibles de réussite à atteindre, les élèves qui ont changé... La pression est forte, dit-elle.

«Autour de moi, j’ai beaucoup de gens qui sont tombés au combat. L’enseignement, ce n’est pas un métier de 8 h à 15 h. C’est difficile de trouver l’équilibre avec ma famille, mais j’essaie de trouver des moyens pour le faire. Je veux toujours venir travailler avec un sourire et repartir avec un sourire, comme je l’exige de mes élèves.»

Joyce Chambers

Joyce Chambers, qui a grandi sur la Côte-Nord, a toujours voulu être prof. «Ma grand-mère était enseignante. Petite, j’aimais l’odeur des cahiers neufs quand elle m’emmenait dans sa classe, avant le début de l’année scolaire.»
Photo Chantal Poirier
  • 19 années d’expérience
  • École primaire Beaconsfield

Si vous étiez ministre de l’Éducation, que changeriez-vous?

«Il faut aussi redorer le blason de notre profession. Mais comment le faire au quotidien? Je n’ai pas de recette magique, mais une reconnaissance de notre expertise, la priorisation de l’éducation dans notre société et une écoute active du milieu et de ses intervenants seraient un bon début.»