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Hydro-Québec perd des millions $ chaque jour

Hydro-Québec nage dans les surplus d’électricité, ce qui la force à déverser d’énormes quantités d’eau

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Photo courtoisie Hydro-Québec laisse se déverser l’eau, en vain, tous les jours, à ses installations de la baie James, de la Côte-Nord et de la rivière Péribonka, au Saguenay-Lac-Saint-Jean (photo).

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Les déversements massifs d’eau observés chez Hydro-Québec depuis quelques semaines lui font perdre des millions de dollars de revenus potentiels chaque jour.

Aux prises avec des réservoirs pleins à craquer, la société d’État ne sait plus quoi faire avec ses surplus d’eau derrière ses barrages. « C’est du jamais-vu », a indiqué un employé de la société d’État qui a toutefois requis l’anonymat.

Depuis la fin avril, Hydro-Québec confirme qu’elle doit déverser quotidiennement des quantités d’eau importantes à ses installations de la baie James (La Grande 1, Brisay et Eatsmain-1), de la Côte-Nord (Manic 2 et Manic 3) et de Péribonka.

Les déversements pourraient se poursuivre durant encore quelques mois, a d’ailleurs prévenu la société d’État.

Cette situation rend très nerveux les météorologues et les gestionnaires du réseau d’Hydro-Québec qui surveillent de près la crue printanière des cours d’eau dans le nord du Québec.

Record absolu

Seulement au barrage La Grande 1, Hydro-Québec doit notamment laisser passer chaque jour plus de 3000 mètres cubes d’eau par seconde sans possibilité de turbinage et de revente (à 7 cents du kilowattheure), selon nos informations. Une situation rarement observée depuis le milieu des années 80 à LG1.

Avec un débit d’équipement de 5950 mètres cubes d’eau et une force de turbinage de 1436 mégawatts (MW), Hydro-Québec laisse donc couler à LG1 un peu plus d’un million $ de revenus potentiel chaque jour.

Hydro-Québec refuse de dévoiler les quantités d’eau déversées ce printemps, les qualifiant toutefois de « significatives ».

« Pour des raisons stratégiques, ce sont des informations que nous gardons confidentielles », a fait savoir un porte-parole de la société d’État, Francis Labbé.

La réserve hydraulique d’Hydro-Québec a atteint au début du mois de mars la barre des 140 térawattheures (TWh) stockés derrière ses barrages. Un record absolu.

En octobre dernier, Hydro-Québec disait avoir accumulé 139 térawattheures de stocks d’eau dans ses 27 immenses réservoirs situés dans le nord du Québec.

Une situation anormale

« Ce n’est pas une situation normale. Hydro-Québec n’a plus de capacité dans ses réservoirs pour accueillir les crues printanières. À la fin de l’hiver, les niveaux d’eau doivent être plus basques cela », estime l’analyste indépendant en énergie, Jean-François Blain.

Selon ce dernier, la capacité excédentaire de production de la société d’État liée à l’achat d’énergies éoliennes et de biomasse ne lui permet plus de gérer efficacement ses stocks d’eau derrière ses barrages.

« Hydro-Québec a trop acheté d’électricité de producteurs privés au cours des dernières années. Et là, on le voit, ça se traduit par des déversements. C’est de la très mauvaise gestion qui lui font perdre des millions $ chaque jour », a-t-il souligné.

En octobre dernier, Hydro-Québec avait également été forcée de procéder à des déversements pendant plusieurs jours sur la Côte-Nord. Du jamais-vu depuis près de 50 ans au barrage Manic-5.

Des déversements avaient aussi été observés du côté des barrages de Bersimis-1, Bersimis-2, Toulnoustuc et Outardes-2 ainsi que les évacuateurs de Manic-3, Manic-2, Manic-1 et McCormick.

Pourquoi des déversements ?

  • Hydro-Québec nage dans les surplus énergétiques en raison de ses achats d’électricité imposés par le gouvernement à des producteurs privés (éolienne et biomasse)
  • La consommation industrielle d’électricité est en déclin au Québec
  • Hydro-Québec dit avoir noté 25 à 50 % plus de neige que la moyenne historique l’hiver dernier

En quelques chiffres

  • 140 térawattheures (TWh) de stocks d’eau au 1er mars 2018.
  • Un térawattheure peut alimenter 50 000 maisons.
  • 27 réservoirs au Québec
  • 12 térawattheures (TWh) de surplus énergétiques prévus chez Hydro-Québec Distribution en 2019
  • 6,9 cents : prix moyen de vente du kilowattheure au Québec en 2017
  • Distribution d’ici 2026 : 90 térawattheures (TWh) de surplus énergétiques prévus chez Hydro-Québec
  • 4,9 cents : prix moyen de vente du kilowattheure aux États-Unis au premier trimestre de 2018